Strasbourg, 02/10/2013 (Agence Europe) - Mutilations génitales féminines, circoncision des jeunes garçons pour des motifs religieux, interventions médicales à un âge précoce sur les enfants intersexués ainsi que piercings - même pour de 'simples' boucles d'oreille -, tatouages ou opérations de chirurgie plastique, la liste des atteintes à l'intégrité physique des enfants du fait de la volonté des adultes est bien plus longue qu'on ne pourrait le penser. Elles tiennent même de l'abus de pouvoir, si l'on ose un raccourci lapidaire du rapport débattu mardi 1er octobre à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE).
Défendu par Marlene Rupprecht, socialiste allemande connue pour son combat en faveur des droits de l'enfant dans son pays, ce texte a largement remporté l'adhésion des parlementaires, tous groupes confondus. Par 77 voix pour, 19 contre et 12 abstentions, ceux-ci ont adopté une résolution recommandant vivement aux États de sensibiliser davantage leur population aux risques potentiels que peuvent présenter certaines de ces pratiques pour la santé physique et mentale des enfants.
Les divergences lors des débats, car il y en a eu, ont porté sur la question de la circoncision pratiquée dans les religions juive et musulmane. « Rien n'établit qu'elle soit nocive à long terme », a déclaré le conservateur moldave Valeriu Ghiletchi arguant au contraire « d'effets bénéfiques, semble-t-il ». Le Russe Alexander Sidyakin (Groupe des démocrates européens) a signalé que cette « tradition » ne se faisait pas dans son pays où « il n'était pas question de remettre en cause les libertés religieuses, notamment dans les républiques du Caucase ». La libérale turque Nursuna Memecan et sa compatriote du Groupe des démocrates européens Tülin Erkal Kara se sont montrées particulièrement virulentes, l'une reprochant au rapporteur « un regard étroit et biaisé », l'autre s'insurgeant contre « la mise sur le même pied de la circoncision et des mutilations génitales féminines ». Imperturbable, Marlene Rupprecht s'est référée à son rapport extrêmement documenté et a insisté sur le fait que de nouvelles enquêtes médicales indiquent que la circoncision est loin d'être sans risque alors même qu'il n'existe aucun anti-douleur efficace lorsqu'elle est pratiquée sur des nourrissons. Fondamentalement, c'est le libre arbitre de chaque être humain sur son propre corps que prône le texte adopté, l'obligation d'attendre que l'enfant - qui n'est pas une « mini personne ayant des mini droits » - puisse donner son consentement éclairé sur une quelconque atteinte à son intégrité physique. Dimension du texte qui prend un sens encore plus aigu lorsqu'est évoquée la question des nouveau-nés intersexués chez lesquels les fonctions masculines ou féminines se trouvent combinées. Ce phénomène rare est aujourd'hui plus étudié qu'il ne l'était auparavant et il ressort que plusieurs personnes concernées ont vu leur bien-être et leur santé mentale affectés par des opérations décidées avant qu'elles aient l'âge d'y consentir. Par son vote, l'APCE s'est quant à elle clairement exprimée en faveur d'une évolution de la société où doit être attendu le consentement éclairé d'enfants devenus à tout le moins adolescents avant que ne soit pratiquée toute intervention mettant définitivement en cause leur intégrité physique. (VL)