Bruxelles, 03/07/2013 (Agence Europe) - Alors que le cycle des négociations pour un accord de libre-échange entre les États-Unis et l'Union européenne s'ouvre le 8 juillet prochain dans un contexte troublé par l'affaire d'espionnage, Momagri révèle, ce jeudi 4 juillet, que la Commission européenne s'appuie sur une étude du CEPR (Centre for Economic Policy Research) qui ne permet pas d'évaluer les opportunités et les risques pour l'agriculture.
Momagri, un think tank spécialisé dans les politiques agricoles, souhaite alerter les responsables politiques européens sur l'insuffisance de cette étude du CEPR et des outils de négociation généralement utilisés pour évaluer l'impact de la politique de libéralisation des échanges agricoles. Pourtant, José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, se sert de l'étude du CEPR pour 'vendre' un tel accord aux Européens. Pire, l'agriculture, qui est pourtant l'un des secteurs hyper-stratégiques de ce siècle, est banalisée (ses spécificités telles que la volatilité des prix ne sont pas prises en compte), voire négligée dans l'étude.
Cette étude est « entachée d'insuffisances qu'il est urgent de dénoncer », d'après Momagri. Ainsi, le modèle utilisé considère que les producteurs connaissent à l'avance les quantités qu'ils produisent et les prix auxquels ils pourront vendre. Tous les facteurs de production ont la particularité de circuler librement, qu'il s'agisse du capital ou des travailleurs. Les marchés agricoles ne font l'objet d'aucune spéculation financière. Les droits de propriété intellectuelle, qui pourtant jouent un rôle déterminant dans la compétitivité agricole d'une région, ne sont pas pris en compte. Enfin, et en conséquence, les prix agricoles ne sont pas volatils.
Et avec de telles hypothèses aussi favorables, selon le CEPR, un accord transatlantique ne procurerait qu'une croissance supplémentaire de 68 à 119 milliards d'euros par an dans l'UE et de 50 à 95 milliards d'euros pour les États-Unis.
Mais, présentés autrement, ces chiffres sont nettement moins convaincants: la croissance du PIB européen ne serait que de 0,3% à 0,5% et de 0,2 à 0,4% pour les États-Unis. Or, ces faibles résultats sont très inférieurs à la marge d'erreur du modèle et ne sont pas significatifs. De « gagnant - gagnant », cet accord pourrait basculer vers un scénario « perdant-gagnant » et se traduire par un marché de dupes, estiment les experts de Momagri.
Des économistes, tels que le Prix Nobel Joseph Stiglitz, ont pourtant dénoncé les imperfections des modèles utilisés depuis la crise financière de 2008 qu'ils (les modèles) ont été incapables d'anticiper.
Plus grave, le secteur agricole est traité comme un secteur industriel classique, occultant le fonctionnement spécifique des marchés agricoles et la volatilité des prix qui en découle. « Ce qui signifie qu'en l'état actuel, les responsables politiques ne connaissent pas l'impact d'une telle décision sur l'agriculture », dénonce Momagri.
De son côté, ce think tank évalue à l'aide de son modèle économique les conséquences d'un tel accord sur l'agriculture européenne et publiera les résultats à la rentrée.
Autre sujet d'interrogation, il est urgent d'évaluer la compatibilité de la PAC (politique agricole commune) avec le Farm Bill, voire de compléter l'actuelle réforme de la PAC, de manière à équilibrer les politiques de part et d'autre de l'Atlantique. En conclusion, les responsables politiques « doivent exiger l'utilisation d'outils plus pertinents, avant de s'engager dans un projet qui peut avoir des conséquences catastrophiques. À l'heure où les autorités européennes s'interrogent sur les pratiques d'espionnage des États-Unis, il est tout aussi utile d'être vigilant sur la qualité des outils de négociation », conclut Momagri. (LC)