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Bulletin Quotidien Europe N° 10863
Sommaire Publication complète Par article 36 / 36
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1007

*** MARIO TELO, FREDERIK PONJAERT (sous la dir. de): The EU's Foreign Policy. What Kind of Power and Diplomatic Action? Ashgate Publishing Ltd (Wey Court East, Union Road, Farnham, Surrey, GU9 7PT, UK. Tél.: (44-1252) 736600 - Courriel: info@ashgatepublishing.com - Internet: http://www.ashgate.com ). Collection "The Globalisation, Europe, Multilateralism Series". 2013, 248 p., 20 £. ISBN 978-1-4094-6452-5.

Fruit de projets de recherche multidisciplinaire sur la gouvernance multilatérale globale soutenus par la Commission européenne, cet ouvrage inaugure une collection appelée à faire date en ce qu'elle rendra compte de travaux académiques consacrés à la manière dont l'Union européenne se positionne et se comporte dans le monde qui ne relèveront pas de la seule introspection mais relèveront aussi du regard porté par l'Autre, depuis Mexico, Boston et Cape Town, depuis Beijing, Tokyo et Singapour… Ainsi, explique Mario Telò (au nom de l'Université libre de Bruxelles qui assure la coordination de la collection), les chercheurs auront les moyens de se dégager du confort apporté par les théories fonctionnalistes et du chant des sirènes qui hantent les courants eurosceptiques pour développer une évaluation scientifique rigoureuse de l'état de la politique étrangère de l'Union et de ses résultats concrets. Le premier volume de la collection tend à prouver que cette piste s'avère à la fois concluante sur le plan scientifique et… rassurante pour tous ceux qui ont la mission de conduire l'action extérieure de l'Union: le message qui ressort des contributions réunies dans ces pages, peut ainsi se réjouir l'ambassadeur français Pierre Vimont, secrétaire général exécutif du Service européen pour l'action extérieure, confirme que « l'Europe reste une aventure exceptionnelle pleine de possibilités qui pourraient ouvrir la voie à de réels progrès à la condition - et ce n'est nullement négligeable - que ses membres montrent la volonté politique d'aller dans cette direction ».

Transformer cette potentialité en réalité reste toutefois une gageure. Consacrée au contexte global pour le moins mouvant et incertain dans lequel l'Union s'insère, la première partie en atteste à elle seule. Evaluant le type de monde multipolaire qui pourrait émerger alors que les États-Unis sont en perte de vitesse et que les puissances émergentes restent sur plus d'un point fragiles en dépit de leur dynamisme économique, le Pr. Andrew Gamble (Université de Cambridge) observe que l'Union, du fait de l'absence de contrepoids politique et économique à son union monétaire, est bien fragile pour aborder un monde toujours plus interdépendant où la coopération institutionnalisée est confrontée à des défis croissants. Toutefois, il convient, selon lui, de ne pas sous-estimer la résilience manifestée par les Vingt-sept, raison pour laquelle il n'exclut pas qu'un nouveau scénario multilatéral puisse finir par s'imposer. Procédant à une évaluation de l'efficacité et de l'impact des politiques de sécurité et de défense à la lumière de l'évolution du lien entre la Politique commune de sécurité et de défense et l'Otan, le Pr. Jolyon Howorth (Université de Yale) s'avère bien plus chagrin, lui qui juge que l'intervention en Libye, impossible sans les moyens de l'Alliance atlantique, a définitivement balayé les illusions d'une « Europe puissance » en tant qu'acteur de sécurité indépendant, raison pour laquelle il invite les deux enceintes à resserrer les rangs. Le Pr. Telò (Université libre de Bruxelles) enfonce le clou, discernant dans plusieurs facteurs - les résultats de la Politique étrangère et de sécurité commune et de la Politique commune de sécurité en Libye, ainsi que dans le contexte des « printemps arabes », l'impact interne de la crise de la zone euro, l'irrésistible démilitarisation de pays européens presque ruinés, les conséquences négatives d'une complexité institutionnelle grandissante - l'évidence que « le roi est (encore) nu ». Toutefois, l'Union dispose d'autres atouts qui le conduisent à penser que l'Union pourrait toujours contribuer, « même sous un leadership allemand inévitablement accru », à une meilleure gouvernance multilatérale mondiale si elle parvenait à combiner politique étrangère structurelle à long terme et action diplomatique plus coordonnée et proactive. Et le politologue de l'ULB de conclure: « Au-delà de deux alternatives opposées - une Union européenne marginalisée, non pertinente et tournée sur elle-même ou l'ardeur missionnaire de ces dernières décennies - cette troisième voie centrée sur la transformation progressive de l'ordre westphalien reste une solution possible pour sortir de l'impasse actuelle ».

Dans la deuxième partie, les atouts dont l'Union dipose suite aux dernières révisions des Traités pour transformer l'essai ainsi esquissé sont analysés avec la même rigueur scientifique ; les faiblesses qui subsistent dans la machinerie institutionnelle le sont aussi, ce qui conduit les trois auteurs impliqués dans cette partie à ne pas se faire trop d'illusions, l'un de leurs messages étant que l'on assiste aujourd'hui à une diplomatisation de l'Union plutôt qu'à une européanisation des politiques étrangères des États membres. Dans la troisième partie, d'autres auteurs évaluent enfin l'action extérieure de l'Union sur les terrains, d'une part à la lumière de la Politique européenne de voisinage jugée très sévèrement et des différents Partenariats stratégiques noués au fil du temps, plus prometteurs. Les trois derniers chapitres sont précisément consacrés à voir ce qu'on en pense du côté de Beijing, Tokyo et New-Dehli. Eclairant de bout en bout !

Michel Theys

*** ANTONIO MISSIROLI: Strategic foresight - and the EU. Institut d'études de sécurité de l'UE (100 av. de Suffrein, F-75015 Paris. Tél.: (33-1) 56891930 - fax: 56891931 - Internet: http://www.iss.europa.eu ). Collection « Briefs », n° 13. 2013, 4 p..

Dans cette étude, Antonio Missiroli questionne le regain d'intérêt pour la réflexion stratégique en Europe en s'intéressant plus particulièrement à la pertinence du modèle de prévision stratégique. Le directeur de l'Institut d'études de sécurité de l'Union souligne combien les données qui sous-tendent la modélisation stratégique sont devenues volatiles (crise économique et financières, apparition de nouveaux acteurs stratégiques, affaiblissement des États et multiplication des acteurs incontrôlés, contestations politiques et sociales, accélération de la communication, etc.). Dès lors, « l'avenir, même le futur immédiat, sont hautement imprévisibles », constate l'auteur qui rappelle aussi qu'à l'exception de la stratégie de sécurité de 2003 - laquelle était, en dépit de ses imperfections, un résultat remarquable à un moment où les États membres étaient divisés sur l'Irak -, les précédents exercices de réflexion stratégique à l'échelle européenne n'ont apporté aucune réelle valeur ajoutée (il fait notamment référence à l'évaluation faite par Javier Solana des trois stratégies communes sur la Russie, l'Ukraine et la Méditerranée). Pour Antonio Missiroli, cela s'explique à la fois par l'absence de définition claire et communément acceptée de ce qu'est une stratégie (et de ce qui est stratégique, aurait-on envie d'ajouter) ainsi que par le mode d'élaboration de ces textes, trop souvent soumis à des négociations intergouvernementales qui débouchent sur des « arbres de noël ». Et de conclure en suggérant de lancer une forme de « dialogue permanent sur nos intérêts stratégiques et les meilleurs moyens de les préserver ».

(EDD)

*** HANS-GEORG HEINRICH, LUDMILLA LOBOVA (sous la dir. de): Legal Systems in Transition. A Comparison of Seven Post-Soviet Countries. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2012, 299 p., 47,95 €. ISBN 978-3-631-62186-8.

À travers cet ouvrage, plusieurs auteurs liés de près ou de loin aux sciences politiques ou au domaine juridique, et provenant de différents pays, s'intéressent aux modèles juridique, économique et judiciaire en vigueur dans leurs pays respectifs. Outre la Russie, six pays de l'ex-Union soviétique aujourd'hui indépendants sont ainsi passés en revue, à savoir la Biélorussie, l'Azerbaïdjan, l'Arménie, l'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie.

(SH)

*** DANIELA MARIE WÖRNER, ANNETTE ROENSCH (sous la dir. de): (Un)abhängig ?! Beziehungen zwischen Lateinamerika und der EU. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Schriftenreihe zu den Passauer LateinAmerikagesprächen », n° 6. 2012, 99 p., 16,95 €. ISBN 978-3-631-63947-4.

Rédigé par quatre politologues, cet ouvrage met en lumière les relations existant entre l'Amérique latine et l'Union européenne. Il se divise en deux parties, l'une se concentrant sur les aspects politiques, l'autre sur les aspects économiques. Dans la première, un auteur commence par traiter du dialogue politique entre l'Europe et l'Amérique latine en établissant un bilan critique et en donnant des conseils pour sa relance. Un deuxième intervenant s'attarde ensuite sur la perception de l'Amérique latine par le public et la sphère politique. Dans la seconde partie, une contribution - rédigée en espagnol - est tout entière dédiée aux relations économiques entre l'Amérique latine et l'Union, un dernier auteur se focalisant enfin sur les conséquences désastreuses que la culture du soja en Amérique du Sud entraîne pour les êtres humains et la nature.

(SH)

*** CEREN ZEYNEP PIRIM: Un exemple d'association à la Communauté européenne: le cas de la Turquie. Editions Bruylant (Groupe De Boeck, 39 rue des Minimes, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-10) 482500 - fax: 482519 - Courriel: commande@deboeckservices.com - Internet: http://www.bruylant.be ). Collection « Organisation internationale et relations internationales ». 2012, 573 p., 95 €. ISBN 978-2-8027-3720-9.

Cet ouvrage résulte d'une thèse de doctorat soutenue voici trois ans à l'Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne. Aujourd'hui maître de conférences en droit européen à l'Université Bahcesehir d'Istanbul, Ceren Zeynep Pirim y défend avec passion et une conviction communicative le bon droit de la Turquie à revendiquer son intégration dans l'Union européenne. Elle fonde son argumentation sur l'accord d'association qui, depuis sa signature le 12 septembre 1963 et son entrée en vigueur le 1er décembre 1964, constitue, selon elle, « la base juridique fondamentale de toute discussion de toute nature relative à l'intégration » de son pays dans l'Union. Elle montre ainsi que le pays envers lequel celle-ci a manifesté le plus de réticences est le pays tiers « avec qui elle a établi ses liens juridiques les plus étroits », en faisant de facto son partenaire le plus proche. Toutefois, le droit de l'association et son système institutionnel ont divisé plus que rapproché. Aujourd'hui, la question se pose de savoir si l'association continuera, comme prévu, à préparer l'adhésion ou accouchera d'une alternative. A cet égard, l'auteur juge que « l'intégrabilité » de la Turquie est « difficilement discutable » pour qui veut bien regarder l'union douanière - et l'intégration juridique qu'elle implique déjà… - et les progrès réalisés par Ankara pour satisfaire aux critères. Plutôt que de camper sur la défensive, l'auteur attaque en argumentant que l'association, avec les droits juridiques et économiques qui en découlent, a été conclue dans la perspective de l'adhésion pleine et entière de la Turquie. Remettre en question cet objectif reviendrait à léser ce pays, obligé d'appliquer des « politiques construites sans sa propre intervention » sans rien recevoir en retour. Autrement dit, sans plus de perspective d'adhésion, bien malin qui, à Bruxelles, pourrait trouver un moyen juridique pour forcer Ankara à respecter l'union douanière. D'où la conclusion de Ceren Zeynep Pirim: soit « l'intégration complète » redevient d'actualité, soit l'union douanière doit céder la place à un autre arrangement.

(MT)

*** Main Focus Turkish Foreign Policy. Challenges and Chances. Südeuropa-Gesellschaft (49 Widenmayerstraße, D-80538 Munich. Tél.: (49-89) 212154-0 - fax: 2289469 - Courriel: info@sogde.org - Internet: http://www.sogde.org ). 2013, n° 1, 127 p..

Dans ce numéro, ce bimestriel publié par une association d'information sur l'Europe du Sud-Est fondé en 1952 a pour thème principal la politique étrangère turque et le voisinage de ce pays. Une première partie comprend ainsi des analyses et des essais consacrés au manque de compétitivité de la Grèce (en dépit des aides européennes) et à la nécessité pour l'Union européenne de repenser sa politique de cohésion, à la phase finale de l'adhésion de la Croatie et à la politique turque envers la Syrie. Une seconde partie voit plusieurs auteurs entrer dans le vif du sujet avec des contributions consacrées à l'avenir des relations entre la Turquie et les pays occidentaux, au moteur interne de la politique turque vis-à-vis du Moyen-Orient, aux facteurs qui influencent la politique étrangère d'Ankara, à l'importance de la libéralisation des visas ou encore aux relations entre la Turquie et l'Union, la complexité de ces dernières étant dument relevée et analysée.

(SH)

*** MOHAMMAD-REZA DJALILI, THIERRY KELLNER: L'Iran et la Turquie face au « printemps arabe ». Vers une nouvelle rivalité stratégique au Moyen-Orient ? Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (Grip, 467 ch. de Louvain, B-1030 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2418420 - fax: 2451933 - Internet: http://www.grip.org ). 2012, 120 p.. ISBN 978-2-87291-034-2.

Mohammad-Reza Djalili et Thierry Kellner retracent l'histoire complexe des rapports économiques et politiques des puissances régionales que sont l'Iran et la Turquie, et analysent leurs attitudes respectives face au « printemps arabe » et à ses suites. L'enjeu est de taille puisqu'il conditionne à la fois l'influence de ces deux protagonistes en Méditerranée orientale, en Afrique du Nord et dans le monde arabe et les perspectives d'évolution géostratégique dans cette vaste zone. La guerre civile qui déchire actuellement la Syrie nourrit une résurgence de la rivalité stratégique entre une Turquie, qui tente de concilier sunnisme et modernisme et ne peut rester indifférente à la répression menée par le régime de Damas, et un Iran chiite empêtré dans sa dictature pseudo-théocratique et pour lequel le soutien à Bachar al-Assad apparaît comme la rançon à payer pour éviter un isolement total sur la scène internationale. Dans ce jeu, la Turquie, puissance émergente de la région, marque des points, alors que le régime de Téhéran, non seulement n'inspire pas les révoltes dans le monde arabe, comme le rappellent les auteurs, mais s'essouffle sous le poids des sanctions liées au dossier nucléaire et pourrait de surcroît perdre son allié syrien.

(EDD)

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