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Bulletin Quotidien Europe N° 10855
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) compÉtitivitÉ

Défense commerciale, fracture ouverte au Conseil

Bruxelles, 29/05/2013 (Agence Europe) - Les divisions se cristallisent entre les pays volontaristes face au commerce déloyal et les pays libre-échangistes, implicitement appuyés par les pays plus hésitants.

Ouvert au public, un échange de vues ministériel consacré à la politique industrielle de l'UE, avec un accent sur la défense commerciale, mardi 29 mai, a montré une fois encore une image préoccupante de la division qui prévaut entre les Vingt-sept sur les réponses à apporter au commerce déloyal des pays tiers. Et ce dans un moment de vives tensions commerciales avec la Chine, alimentées par le projet de droits antidumping contre ses exportations de panneaux solaires et l'enquête visant ses équipementiers télécoms.

Après une première discussion, au déjeuner, les ministres européens de l'Industrie, réunis pour la seconde session formelle du Conseil Compétitivité sous présidence irlandaise, ont évalué le suivi des actions spécifiques menées par la Commission en faveur de certains secteurs industriels confrontés à des difficultés particulières face à la crise économique, tels que l'acier, l'automobile, la construction et l'industrie navale. Le commissaire Tajani a confirmé qu'il dévoilerait le 11 juin son plan d'action pour la sidérurgie.

S'il existe « un consensus sur la nécessité de réindustrialiser l'UE » et une « reconnaissance claire par tous les États membres que le commerce est une dynamique importante », selon le ministre irlandais Richard Bruton, la question sensible de la défense commerciale a montré qu'elle était toujours aussi épineuse.

Un bref échange de vues entre les ministres européens de l'Industrie sur le projet de révision des instruments de défense commerciale mis sur la table le 10 avril par le commissaire Karel De Gucht a fait état de la cristallisation de la ligne de fracture entre les pays libre-échangistes et les grandes économies du Sud.

Ainsi, l'Espagne et l'Italie ont clairement rejoint la France dans sa demande de mesures de défense commerciale renforcées, « devant la déloyauté et l'absence de réciprocité » de certains partenaires de l'UE, pour reprendre les termes d'Arnaud Montebourg. « Des procédures en cours montrent que lorsque les mesures sont prises trop tardivement et de manière homéopathique, elles arrivent trop tard, un peu comme la cavalerie américaine », a insisté le ministre français, insistant pour le renforcement de mesures qui touchent seulement 0,25% des importations à l'heure actuelle. « Nous sommes très ouverts, très gentils, quand on voit la déloyauté de certains de nos partenaires. Il ne s'agit pas de protectionnisme, mais de rétablir une concurrence normale et équitable », a encore insisté M. Montebourg.

Face aux grandes économies du Sud, la Suède, chef de file des États membres traditionnellement libre-échangistes, juge que la proposition de la Commission « ne vas pas dans le bon sens » et fait courir le risque d'une hausse du protectionnisme des pays tiers à l'égard de l'UE. Auparavant, sa représentante avait rappelé l'importance que les instruments de défense commerciale ne pénalisent pas les distributeurs de l'UE. S'il n'a de son côté pas caché être « préoccupé » par le projet de la Commission, le Royaume-Uni, lui aussi traditionnellement libre-échangiste, a promis de « collaborer pour définir un paquet équilibré ».

De leur côté, les nouveaux États membres jugent la période actuelle peu propice pour entreprendre une révision de l'arsenal de défense commerciale. « Nous pensons que le système actuel est équilibré et prend en compte les divergences d'intérêt entre les États membres. Nous estimons que ce système est l'un des plus libéraux au monde. Le contexte est mal choisi pour le revoir », a ainsi plaidé la Pologne. Réclamant plus de transparence du système, la République tchèque a elle aussi jugé qu'il n'était « pas propice de faire de grands changements », appelant à « conserver une attitude ouverte ». Une prise de position à laquelle s'est jointe la Slovaquie, dont le représentant s'est dit « pas certain qu'il y ait lieu de modifier les règles actuelles », au risque de désavantager l'une ou l'autre des parties concernées, producteurs et importateurs.

Dans le droit fil de sa volte-face dans le dossier des panneaux solaires chinois, l'Allemagne a pris une position neutre, appelant la Commission à trouver le « bon équilibre ». « Des mesures trop restrictives seraient négatives pour nos entreprises », a insisté le ministre allemand, Philipp Rösler. (EH)

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