Bruxelles, 07/03/2013 (Agence Europe) - Tout faire pour empêcher que 10 millions de tonnes de particules de plastique se retrouvent chaque année dans les mers et les océans de la planète comme c'est le cas aujourd'hui, ce n'est plus une option mais une nécessité pour préserver la santé humaine, l'environnement et la biodiversité. Janez Potocnik, commissaire européen à l'Environnement, en est convaincu, et pourtant les mesures pour y parvenir à l'échelle de l'UE ne sont pas pour demain. À ce stade, c'est uniquement à une vaste réflexion sur les moyens les plus adéquats de s'attaquer à ce fléau qu'invite le Livre vert de la Commission européenne « sur une stratégie européenne relative aux déchets du plastique dans l'environnement », présenté jeudi 7 mars à la presse à Bruxelles (EUROPE n° 10799). Jeremy Irons, réalisateur britannique du film documentaire « Trashed » ('saccagé') qui a vocation à sensibiliser le public à l'urgence de parvenir à « zéro déchet » pour préserver la planète et la qualité de vie des générations futures, était à ses côtés. La présentation de la bande annonce du film s'est accompagnée d'un plaidoyer pour le recyclage comme unique moyen, économiquement rentable, de relever le défi, à titre individuel et collectivement.
Comment passer de la mise en décharge au recyclage des déchets plastiques pour empêcher qu'ils ne finissent dans les rivières, les mers et les océans ? Comment réduire les déchets plastiques et comment s'attaquer au problème des produits du plastique à usage unique ? Faut-t-il intégrer dans le prix du plastique un matériau bon marché, le coût de la facture environnementale et sanitaire liée à l'omniprésence de ce matériau contenant des produits chimiques et des perturbateurs endocriniens ? Ce sont les principales questions sur les 36 contenues dans le Livre vert et soumises à consultation jusqu'au début du mois de juin. Les résultats guideront la Commission dans l'élaboration de nouvelles mesures attendues en 2014 dans le cadre du réexamen des objectifs fixés par la législation pour la valorisation et la mise en décharge des déchets. Pour une législation de l'UE « sur les sacs plastique à usage unique », Janez Potocnik a confirmé qu'elle avait du retard mais qu'elle était bien en préparation. Et il semble qu'il n'est plus question d'interdire ces sacs.
« Nous voulons recueillir l'avis de tout le monde - les experts, mais aussi les profanes - pour nous attaquer à l'un des problèmes les plus urgents. Les déchets plastiques représentent près de 80% de la pollution marine, il s'agit essentiellement de particules qui transforment nos mers et nos océans en la plus grande décharge de plastique au monde. Le Livre vert entend s'attaquer à la racine du problème mais souligne aussi l'énorme potentiel de possibilités offertes en termes d'utilisation efficace des ressources pour faire du plastique une matière première véritablement durable. Dans une économie circulaire où des taux de recyclage élevés permettent de faire face à la raréfaction des matériaux, je pense que les matières plastiques ont un avenir», a expliqué Janez Potocnik. Pour commencer, il faudrait réfléchir aux moyens de mettre un terme à la mise en décharge qui demeure encore l'option privilégiée pour 50% des déchets plastique (tout comme elle le demeure à 37% pour les déchets municipaux selon les dernières statistiques d'EUROSTAT - EUROPE n°10798) au mépris de la hiérarchie des méthodes de traitement des déchets imposée par la législation de l'UE (priorité à la prévention, puis réutilisation, recyclage et autres modes de valorisation, l'élimination par incinération étant la solution de dernier recours, la moins souhaitable). « Les taxes d'enfouissement doivent être complétées par des taxes sur la récupération énergétique et nous devons trouver un équilibre entre la valorisation énergétique et le recyclage », a averti le commissaire. À un journaliste qui lui faisait observer que certains États membres contournent la hiérarchie imposée par la législation en faisant passer l'incinération pour de la valorisation thermique plus respectueuse de l'environnement que la mise en décharge, Janez Potocnik a simplement répondu qu'à l'avenir, les fonds de cohésion et les fonds structurels n'octroieront de cofinancement qu'aux installations poursuivant véritablement des objectifs de recyclage.
Des marchés publics verts, une meilleure mise en œuvre de la législation existante relative à la gestion des déchets « pour qu'aucun plastique n'échappe à l'obligation de traitement », la fermeture des décharges illégales, des producteurs plus responsables concevant des produits durables tout au long de leur cycle de vie, donc réparables et recyclables, des consommateurs plus responsables aussi sont les pistes d'action énoncées tout comme l'internalisation des coûts environnementaux dans le prix. « Nous payons peu ou presque rien pour le plastique. Il faut trouver un moyen de faire payer les pollueurs plutôt que les générations futures », a précisé M. Potocnik. S'il est « urgent de prendre des mesures », le commissaire estime que dans un premier temps, la sensibilisation accrue de toutes les parties prenantes est indispensable et que le film « Trashed » peut y contribuer car « il montre que les déchets sont un problème mondial appelant une solution mondiale ». Raison pour laquelle, d'ailleurs, la Commission européenne organisera, conjointement avec l'Allemagne, une conférence internationale sur la prévention et la gestion durable des déchets en avril à Berlin.
« En anglais, le mot déchet est à la fois un nom et un verbe, donc une action. J'espère que ce film attirera l'attention sur une situation qui devient intolérable. J'espère qu'il fera réfléchir certaines personnes et qu'il fera agir certains décideurs politiques », a déclaré Jeremy Irons. Il espère aussi que son film sera projeté dans les écoles car « les enfants sont ceux qui peuvent faire changer nos comportements ». Et d'ajouter: « Bien sûr qu'on peut faire de l'argent en recyclant. Cela demande de se réorganiser, mais cela demande surtout de la volonté. » Le sac plastique étant le symbole du plastique, il suffirait selon lui « d'un petit basculement » - celui de la taxation - pour faire bouger les choses. Quant à savoir si cette option ne va pas désavantager les populations les plus modestes, le réalisateur répond: « Les États qui recycleront économiseront. » Au principe du pollueur-payeur, il préfère faire valoir auprès de chaque citoyen le slogan « réfléchissez avant de jeter. » (AN)