M. Monti a pris les mesures appropriées. Le souci prioritaire des autorités italiennes est d'éviter que les complications internes liées au résultat des élections nationales (voir cette rubrique dans le bulletin n° 10799) compromettent le rôle du pays au niveau européen. En attendant que le Parlement national renouvelé se réunisse et qu'il donne naissance à un gouvernement, l'actuel exécutif technique reste en fonction et son président Mario Monti représentera l'Italie au Conseil européen de la semaine prochaine. En principe, M. Monti gère les affaires courantes ; mais il a pris les initiatives à son avis appropriées pour être en mesure de participer pleinement aux délibérations de Bruxelles, sur un plan d'égalité avec les autres participants, en prouvant que le pays fonctionne normalement et qu'il n'est pas à la dérive. Ceci est, à son avis, d'autant plus nécessaire que le Sommet fera le point sur le cadre financier de l'UE pour la période 2014-2020 et sur les négociations en cours avec le Parlement européen à ce sujet.
C'est pourquoi, avant de se rendre à Bruxelles, M. Monti a invité les trois gagnants des élections nationales - MM. Bersani, Grillo et Berlusconi - à procéder avec lui à un échange de vues sur les sujets qui seront discutés au Sommet, afin de légitimer les positions qu'il prendra le 15 mars avec ses collègues européens. Il rencontrait M. Bersani hier jeudi, M. Berlusconi ce vendredi et on attend de voir si M. Grillo va répondre à l'invitation. Son objectif est donc double: prouver que les événements nationaux n'ont pas provoqué le chaos dans son pays et que l'attitude à l'égard de l'UE est inchangée ; les résultats des élections nationales signifient essentiellement la volonté de corriger les lacunes internes et les abus de la classe politique, sans influencer l'attitude de l'Italie en faveur de la construction européenne et de la participation à l'euro.
Il est vrai que M. Berlusconi n'a pas exclu l'hypothèse que l'Italie quitte la zone euro ; mais les deux forces politiques classées devant lui dans les élections paraissent orientées dans le sens d'une alliance entre elles (même si rien n'est encore acquis), en laissant M. Berlusconi dans l'opposition.
M. Monti avait clarifié mercredi sa position dans une conférence de presse à Rome. Pour le moment, il entend réfléchir avec les leaders issus des élections ; mais si le résultat était un gouvernement « orienté dans le sens d'interrompre le chemin européen de l'Italie », lui-même et son parti ne seraient « pas disponibles pour s'éloigner des racines européennes, ni du chemin déjà entamé des réformes structurelles ». Il a toutefois ajouté que la possibilité d'un accord entre les forces politiques existe, tout en soulignant qu'il revient au président de la République, Giorgio Napolitano, de décider le chemin à suivre.
Pourquoi la sortie italienne de l'euro est impensable. Les incertitudes sur la situation italienne ont logiquement suscité une multiplication d'analyses sur les conséquences d'une hypothétique sortie de l'Italie de la zone euro et les conclusions sont plutôt catastrophiques, surtout pour l'Italie elle-même.
Le plus explicite à ma connaissance a été Paul De Grauwe, professeur à la London School of Economics et conseiller du président de la Commission européenne, M. Barroso. Il estime qu'il y aurait en Italie une aggravation foudroyante de la récession économique, entraînant l'explosion des taux d'intérêt et de l'inflation, avec agitation de la population et risque de violences dans les rues. Il est vrai que l'abandon de l'euro n'est pas prévu par les textes officiels, mais M. De Grauwe ne doute pas que les juristes trouveraient la voie pour le rendre possible. Le problème n'est ni juridique, ni technique, il s'agit d'une question politique: personne ne peut obliger un pays à rester dans la zone euro s'il souhaite en sortir, même si ce n'est pas prévu par les traités.
(FR)