*** MICHAEL DOUGAN, NIAMH NIC SHUIBHNE, ELEANOR SPAVENTA (sous la dir. de): Empowerment and Disempowerment of the European Citizen. Hart Publishing (16c Worcester Place, Oxford, OX1 2JW, UK. Tél.: (44-1865) 517530 - fax: 510710 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http://www.hartpub.co.uk ). Collection “Modern Studies in European Law”, n° 35. 2012, 319 p., 52 £. ISBN 978-1-84946-235-8.
Fruit d'une collaboration au long cours des Universités de Durham, Édimbourg et Liverpool, ce livre coordonné par trois professeurs de droit européen et tout entier œuvre de juristes instruit le procès, à charge et à décharge, de l'allégation inlassablement répétée selon laquelle le citoyen européen est véritablement au cœur de la législation de l'Union européenne et des politiques qui y sont élaborées. Dans le contexte de crise et de désabusement citoyen qui est le nôtre, les préoccupations des citoyens sont-elles réellement autant prises en compte que celles des responsables politiques nationaux et européens, voire celle des juges de Luxembourg ? Voilà l'une des questions cinglantes qui sert de fil conducteur aux contributions réunies dans ces pages. Les réponses qui y sont apportées par les scientifiques sont évidemment pertinentes et solidement étayées, mais certaines d'entre elles sont aussi et surtout dérangeantes en ce qu'elles montrent qu'il y aurait loin de la coupe aux lèvres…
L'ouvrage est structuré en quatre parties. Dans la première, trois auteurs se demandent si l'Union est un catalyseur pour la construction de nouveaux espaces et de nouvelles identités, ce qui amène notamment Charlotte O'Brien (Université de York) à relever que les États et l'Union elle-même sont mal à l'aise avec les « Groupements européens de coopération territoriale » qui bravent les frontières, les premiers par peur d'y perdre un peu de leur souveraineté et l'autre parce que ces initiatives sont le reflet d'identités locales, non point de « nature européenne ». Cette première remarque… saumâtre n'est rien en comparaison de celles qui suivent. Consacrée à vérifier si les institutions traduisent réellement les grands principes en actes, la deuxième partie ne prête guère à sourire. Ainsi, le Pr. Deirdre Curtin (Université d'Amsterdam et Utrecht School of Governance) montre que les principes d'ouverture et de transparence dont elles ne cessent de se gargariser sont au mieux de la « translucidité », la comitologie, le fonctionnement de la Commission, les trilogues et le poids des États membres témoignant du fait qu'un écran de fumée reste très souvent présent. Plus grave, le Pr. Bruno De Witte (Université de Maastricht et Institut universitaire européen de Florence) jette une grosse pierre dans le jardin de la Cour de justice, coupable de ne pas défendre les intérêts des citoyens autant qu'elle le pourrait. Selon lui, les juges de Luxembourg jugeraient le fruit que le fruit du travail des législateurs européens est « inévitable », ce qui biaiserait la réalité en ce que « trop souvent, il n'y a pas reconnaissance du fait que, dans certains cas, les décisions reflètent un choix (politique) entre deux alternatives herméneutiquement valables ». La solution pourrait résider, selon cet auteur, dans la publication d'opinions dissidentes minoritaires qui dévoileraient les raisons du choix majoritaire. De manière plus théorique, le Pr. Michelle Everson (Université de Londres) égratigne aussi la Cour de justice en ce que celle-ci ne verrait en réalité dans le citoyen européen que l'homo economicus…
S'attaquant à des domaines politiques d'importance, la troisième partie est la plus assassine de toutes. Ainsi, Fabian Amtenbrink (Université Erasme de Rotterdam) constate notamment que l'Union monétaire ne sert en rien la cause de la citoyenneté européenne et de la solidarité entre Européens, la crise actuelle de la zone euro ayant même plutôt tendance à les fragiliser en ce qu'elle crée un climat où la critique prend le pas sur le désintérêt. Cette investigation l'amène aussi à constater que les citoyens, tout en appréciant les « aspects de bien commun » de l'Union économique et monétaire, n'admettent pas que les politiques européennes ont un impact positif sur leur vie. Il constate encore que la crise, si elle contraint jusqu'à un certain point les États à faire preuve de solidarité, n'incite nullement les citoyens à resserrer les rangs pour y faire face, ce qui est peut-être la conséquence d'un « paradoxe virulent » qu'il résume en ces termes bien sentis: « Les citoyens sont laissés avec l'impression - souvent basée sur des déclarations publiques de politiciens nationaux - qu'ils doivent payer la facture pour le style de vie extravagant des autres Européens. Ce qui est rarement expliqué, c'est que c'est le résultat naturel d'un système de gouvernance économique qui a été mis en place par les élus ». CQFD ! Le reste n'est pas moins digne d'intérêt. Joanne Scott (University College de Londres) montre ainsi que le leadership assumé par l'Union dans le domaine de la lutte contre le changement climatique répond aux vœux des citoyens ordinaires, mais que l'opposition à un cavalier seul européen en la matière croît aussi. Ester Herlin-Karnell (Université VU d'Amsterdam) avance notamment, en s'employant à vérifier si la protection du citoyen est bien la motivation première de l'agenda européen en matière de droit pénal, que la protection de l'individu laisse trop souvent à désirer, Helen Stalford (Université de Liverpool) analysant avec la même expertise critique le droit familial transfrontalier.
La dernière partie s'intéresse enfin aux nouveaux modes de participation citoyenne, Luis Bouza García (Université Robert Gordon d'Aberdeen) et Graham Smith (Université de Southampton) y consacrent deux contributions à l'Initiative citoyenne introduite par le Traité de Lisbonne, Matt Qvortrup (Université Cranfield) l'étudiant pour sa part à la lumière des expériences du même type enregistrées dans certains pays. Est-il utile de préciser que cette partie finale n'est pas la moins intéressante ?
Michel Theys
*** LORENZ PLASSMANN: Comme dans une nuit de Pâques ? Les relations franco-grecques, 1944-1981. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Enjeux internationaux", n° 20. 2012, 461 p., 53 €. ISBN 978-90-5201-769-3.
La référence religieuse du titre de cet ouvrage a trait à l'effervescence qui accompagna, dans la nuit du 23 au 24 juillet 1974, le retour en Grèce de Constantin Caramanlis après onze années d'exil volontaire à Paris. Fruit d'intenses recherches, notamment dans les archives présidentielles de Valéry Giscard d'Estaing, et d'une connaissance intime de la période étudiée - du lendemain, très problématique en Grèce, de la Seconde Guerre mondiale à 1981, année de l'adhésion à l'Europe communautaire - et des acteurs en présence, cet ouvrage prolonge, en la… raccourcissant, une thèse de doctorat en histoire qui raconte par le menu et avec fiabilité la manière dont la France a accompagné la Grèce dans son parcours chaotique de ces années-là. L'auteur y met en lumière le progressif effacement de la France dans la perception grecque au cours de cette période, même si les ponts ne furent jamais coupés sur les plans culturel, spirituel et philosophique. L'embellie apparut sous le septennat de Valéry Giscard d'Estaing: après avoir fait revivre « avec un particulier bonheur littéraire » la période des Colonels - pour lesquels Pompidou fit « preuve d'une grande prudence », résume Georges-Henri Soutou dans son avant-propos - et le retour de Caramanlis, Lorenz Plassmann montre combien son successeur à l'Élysée a été déterminant pour imposer l'adhésion de la Grèce à la Communauté européenne de l'époque. L'argument culturel était à ses yeux « fondamental », mais il eut du mal à en convaincre ses partenaires - et même beaucoup de Français qui restaient hostiles à l'entrée de la Grèce après le virage de Charles de Gaulle en faveur d'Ankara à partir de 1964, au détour des prémices de la crise chypriote. Rien n'y fit toutefois: ainsi que le souligne le membre de l'Institut, Giscard voulait faire de l'arrivée au pouvoir de Caramanlis « le point de départ d'une politique européenne indépendante », ce qui se traduisit par des ventes de matériel militaire accélérées à Athènes et, révélation de l'auteur, la promesse d'un soutien de la France, en cas de crise avec la Turquie, « par des fournitures accélérées supplémentaires de matériels et éventuellement l'envoi de la Marine nationale en mer Égée ». En fin de compte, cet ouvrage montre, selon le géopoliticien Georges Prévélakis, que « la complémentarité géopolitique franco-hellénique, sur fond d'affinité culturelle et identitaire », reste un potentiel de nature à permettre à l'Union « de trouver un meilleur équilibre entre sa vocation méditerranéenne et celles atlantique et euro-asiatique ». (MT)
*** NICOLAS HAYOZ, LESZEK JESIEN, DANIELA KOLEVA (sous la dir. de): 20 Years after the Collapse of Communism. Expectations, achievements and disillusions of 1989. Peter Lang (1 Moostrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection “Interdisciplinary Studies on Central and Eastern Europe", n° 9. 2011, 679 p., 54,50 €. ISBN 978-3-0343-0538-9.
À l'occasion d'une conférence organisée par l'Institut interfacultaire pour l'Europe centrale et orientale actif au sein de l'Université de Fribourg, des politologues, anthropologues, historiens, critiques littéraires, spécialistes de la culture et autres philosophes se sont employé à prendre la mesure des conséquences de l'effondrement du communisme vingt ans auparavant, ce tant dans les différents pays concernés que sur un plan régional. Cet imposant volume rend compte de leurs travaux qui, ainsi que l'expliquent les coordinateurs dans leur chapitre introductif, mettent en lumière le fait que le chemin emprunté à la chute du communisme a été de trois ordres. Un premier groupe de pays a opté pour « une transformation accélérée avec l'Europe jouant le rôle d'un mythe efficace », ce qui les a conduits à devenir membres de l'Union et de l'Otan. Le deuxième groupe est exemplifié par l'ancienne Yougoslavie qui, bien qu'ayant été la plus proche de l'Ouest, a plongé dans la violence, exception faite de la Slovénie et, jusqu'à un certain point, de la Croatie. Il y a enfin le cas problématique des pays qui, à l'instar de la Russie, du Belarus et de l'Ukraine, semblent avoir abandonné la voie des transformations et se sont coupé de l'Europe démocratique en cultivant des régimes autoritaires. Les trois parties du livre voient des auteurs étudier d'abord les « ambiguïtés de transformations inachevées », chercher ensuite à donner un sens au passé et à ses implications pour le présent, enfin réfléchir aux valeurs et significations dans des contextes changeants. Au fil des pages, des auteurs observent notamment que dans les nouveaux États membres de l'Union, « la démocratie est parfois pratiquée de manière populiste », qu'il peut exister dans la région des « démocraties sans démocrates », que la Pologne est l'exemple d'une européanisation réussie et que, pour les pays où l'adhésion à terme n'est pas garantie « pour des raisons politiques, le mythe positif de l'Europe pourrait devenir négatif et la crédibilité de l'Union pourrait être mise en jeu ». Une mine d'informations éclairantes sur une région qui reste largement à comprendre ! (PBo)
*** RAIVO VETIK (sous la dir. de): Nation-Building in the Context of Post-Communist Transformation and Globalization. The Case of Estonia. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Baltische Studien zur Erziehungs- und Sozialwissenschaft », n° 24. 2012, 328 p., 49,80 €. ISBN 978-3-631-63524-7.
Les neuf auteurs de cet ouvrage, tous issus du monde académique, analysent différentes facettes de la construction nationale qui a été entamée en Estonie lorsque le pays a recouvré son indépendance en 1991. Cette expérience est jaugée en termes politiques et sociaux, les contributions analysant les conflits qui résultent à la fois de l'héritage post-communiste - le terrain d'entente qui a été (et qui reste) à trouver entre Estoniens de souche et une communauté de russophones - et de l'affirmation des effets de la mondialisation, ceux-ci faisant assez largement obstacle à l'édification de nations homogènes. En analysant très finement les zones de tensions qui ont été - et sont toujours, pour certaines - observées dans le processus, le Pr. Vetik (Université de Tallinn) et ses complices arguent que l'intégration nationale ne pourra progresser dans ce pays que par « la formation d'une identité fédératrice (…) intégrée dans des processus politiques démocratiques ». (PBo)
*** MARTA GRZECHNIK: Regional Histories and Historical Regions. The Concept of the Baltic Sea Region in Polish and Swedish Historiographies. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Geschichte Erinnerung Politik", n° 3. 2012, 185 p., 39,80 €. ISBN 978-3-631-63172-0
Alors que la Ligue hanséatique a été, d'une certaine manière, une sorte de préfiguration du marché sans frontières intérieures, l'accueil enthousiaste qui a été réservé aux pays baltes à la chute de l'empire soviétique a redonné des couleurs à l'image d'un ensemble unifié par son passé. C'est à vérifier qu'il en est bien ainsi que s'emploie Marta Grzechnik dans ces pages. Enseignante à l'Institut d'études scandinaves et de linguistique appliquée de l'Université de Gdansk, elle étudie en profondeur la manière dont les trois pays qui composent la région balte ont été perçus dans l'entre-deux guerres par des pays situés de part et d'autre du rideau de fer, à savoir la Pologne et la Suède, ce qui l'amène entre autres à examiner de manière approfondie la lutte polonaise pour la Poméranie et l'attitude empreinte de prudence de la Suède au lendemain de la Première Guerre mondiale, dans le contexte de l'empire défunt et de l'unité nordique. (PBo)
*** Erinnerungskultur des 20. Jahrhunderts. Analysen deutscher und polnischer Erinnerungsorte. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2011, 241 p., 27,90 €. ISBN 978-3-631-61998-8.
Par cet ouvrage, le Musée de l'insurrection de Varsovie et l'association allemande Jugend bewegt Europa, qui œuvre notamment pour une meilleure connaissance de l'Europe culturelle, tiennent à rappeler les liens historiques qui ont uni l'Allemagne et la Pologne au cours du XXe siècle. Ce livre fait référence à un cycle de séminaires intitulé organisé conjointement par les deux pays et présenté en début d'ouvrage. La première partie du livre fournit l'analyse de dix-neuf lieux de mémoire répartis en Allemagne et en Pologne, dont la plupart ont pour objet la Seconde Guerre mondiale, et plus précisément la Shoah. La seconde partie reprend cinq essais qui visent à comparer la manière dont est perçue et organisée la « culture du souvenir » dans les deux pays. L'objectif premier des auteurs est par ailleurs de confronter les similitudes et les différences de perception en la matière. (SH)