Conseil européen: un échec ? Il faut le reconnaître: les réactions au Sommet de la semaine dernière ont été dans l'ensemble négatives. Selon le Parlement européen et une vaste partie des commentaires, les égoïsmes nationaux l'auraient emporté sur l'intérêt européen. Les explications et les raisons des chefs d'État ou de gouvernement n'ont pas eu le résultat escompté. Pourtant, ils avaient atteint leur objectif: le cadre financier 2014-2020 existe, et le Parlement européen garde la faculté de le rejeter. À chacun ses responsabilités.
À ma connaissance, notre bulletin est resté isolé, ou presque, en mettant à la disposition des lecteurs non seulement la déception et les critiques mais aussi les explications des protagonistes du Sommet.
Le titre sur toute la première page du quotidien belge le plus lu à Bruxelles, siège de l'UE ou le Sommet s'était réuni, est significatif: « L'austérité a gagné, l'Europe a perdu ». C'est un exemple d'un ton certes pas positif pour l'image de l'UE, image qui traverse un moment difficile ; il est tellement simple de la critiquer et de lui attribuer la responsabilité des difficultés nationales !
Herman van Rompuy, en présentant le compromis final du Sommet qu'il avait présidé, a invité les eurodéputés à penser aux millions de gens qui attendent les soutiens et les financements décidés: les chômeurs, les jeunes, les régions en difficulté. Était-il possible de fixer un cadre financier européen plus généreux ? Non, c'était le maximum possible, car l'unanimité était nécessaire. Pourtant, les réactions ont été largement négatives, et la légitimité même du Conseil européen a été mise en doute.
À la recherche de l'objectivité. Les chefs d'État et de gouvernement, élus par leurs peuples, ont autant de légitimité démocratique que le Parlement européen, et plusieurs parmi eux doivent faire face à des déficits budgétaires nationaux qui leur imposent l'austérité économique (ceux qui n'aiment pas ce terme l'ont remplacé par un autre). Réduire progressivement les déficits nationaux, ce n'est pas un choix, c'est une nécessité. À long terme, l'endettement coûte trop cher et il limite, voire supprime, la capacité d'action d'un pays. Ce n'est pas une question d'orientation politique ; la France est socialiste mais déterminée à réduire radicalement la dette car l'entretien de celle-ci bénéficie au monde de la finance, au détriment des citoyens et des générations futures, et il empêche la relance. Renoncer à réduire la dette signifie rendre son pays dépendant des créditeurs et subir des taux d'intérêt pharamineux à l'avantage des spéculateurs et des banques. Un pays trop endetté finit par perdre son autonomie et même son caractère national.
Démolir par principe les résultats du Conseil européen est excessif, injuste et nuisible pour l'image de l'Europe, alors que l'existence en elle-même du cadre financier de sept ans ouvre des perspectives favorables pour l'activité communautaire et pour la consolidation des politiques communes.
Il faut toutefois reconnaître que l'évolution alternative dessinée par le Parlement européen - qui a la faculté, on le sait, de rejeter les conclusions du Sommet- présente des éléments positifs et intéressants. Je ne me réfère pas à certaines accusations superficielles et virulentes qui présentent les chefs de gouvernement comme l'anti-Europe (demandez aux parlementaires polonais ce qu'ils pensent du programme défini par le Sommet) mais à ceux qui ont dessiné une authentique doctrine alternative. Les chefs des groupes politiques pro-européens (Joseph Daul pour le PPE, Hannes Swoboda pour les socialistes, Guy Verhofstadt pour les libéraux et Daniel Cohn-Bendit pour les Verts) ne mettent pas en cause la légitimité du Conseil européen mais affirment que le Parlement n'accepte pas en l'état l'accord entre les chefs de gouvernement. Ils estiment que: « c'est maintenant que les vraies négociations commencent », en indiquant leurs objectifs prioritaires: a) flexibilité entre années et entre les catégories de dépenses ; b) clause de révision, avec vote à la majorité qualifiée au sein du Conseil, qui permettrait de réviser le cadre financier dans deux ou trois ans ; c) mise en place de véritables ressources propres qui remplaceraient progressivement les contributions nationales.
Ce serait l'ouverture d'un dialogue dont les résultats permettraient au Parlement de s'exprimer positivement le mois prochain Mais des positions plus radicales existent aussi, favorables à un vote négatif du PE le mois prochain. Jean-Marie Cavada, parlementaire européen et président du Mouvement Européen-France a mis en garde: en réunissant ceux qui considèrent comme insuffisant le cadre financier défini par le Sommet, ceux qui au contraire le trouvent excessif et ceux qui s'opposent à la construction européenne en elle-même, le Parlement pourrait arriver à un vote global négatif.
Et alors on n'aurait plus de cadre financier du tout. (FR)