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Bulletin Quotidien Europe N° 10774
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) Économie

Austérité, Rehn droit dans ses bottes face aux syndicats

Madrid, 29/01/2013 (Agence Europe) - « Nous ne voulons certainement pas attaquer les droits des travailleurs ni l'Europe sociale », a affirmé Olli Rehn, commissaire chargé de l'euro, lundi 28 janvier à Madrid lors des célébrations du 40ème anniversaire de la Confédération européenne des syndicats (CES) (EUROPE n° 10773). Il a tenté de défendre la politique menée jusqu'à présent qui fait la part belle aux coupes budgétaires.

L'Europe va mal à cause de politiques que les gouvernements mettent en place, lui a rétorqué Yannis Panagopoulos, président du syndicat grec GSEE répondent, à la mise en garde de M. Rehn contre tout relâchement des efforts. Selon le syndicaliste grec, non seulement la situation grecque « ne se stabilise pas », mais pire, elle s'étend comme une « infection » aux autres pays. Chiffres à l'appui, « nous rentrons dans une 6ème année consécutive de récession » malgré l'application des mesures prévues dans le 2ème sauvetage grec. Et de rappeler le constat récent du FMI, qui a reconnu avoir sous-estimé l'impact des mesures d'austérité préconisées.

M. Rehn a souhaité « distinguer les causes et les conséquences » de la crise qui était « déjà là » lorsque la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) est arrivée à Athènes. « La racine de la crise se trouve dans les déséquilibres économiques accumulés dans la dernière décennie. Aujourd'hui, il faut régler cela (…). Ces politiques permettent de rétablir l'équilibre dans la zone euro », a-t-il indiqué. Quand la dette est insoutenable, la consolidation budgétaire est nécessaire « mais sans que cela soit précipité ». Et de citer l'exemple de l'Espagne qui a obtenu un an supplémentaire (2014) pour respecter ses objectifs budgétaires.

« Le problème n'est pas l'intervention, mais la brutalité de l'intervention et la non prise en compte du dialogue social », a expliqué Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT française, convaincu que « le plus dur n'est pas derrière pour les travailleurs ». À plusieurs reprises, les syndicats ont rejeté l'affirmation de certains décideurs européens pour qui le pire de la crise est passé. Ils ont dénoncé l'inégalité de traitement réservée aux acteurs financiers par rapport aux travailleurs. Les banques « n'ont pas payé la crise qu'elles ont engendrée » alors que les travailleurs sont « écrasés dans le corset des politiques qu'on leur impose », a critiqué M. Panagopoulos.

Pour M. Rehn, tout n'est pas à jeter dans la stratégie européenne. Les négociations menées fin 2012 entre les Dix-sept pour ramener la dette grecque sur une trajectoire viable ont abouti à un « accord durable pour la Grèce » (EUROPE n° 10739). L'Eurozone bénéficie aujourd'hui d'une embellie sur les marchés, la confiance revenant peu à peu. Mais cela reste fragile, a prévenu M. Rehn, rappelant comment l'Italie avait relâché ses efforts en 2011 et vu ses taux d'emprunt grimper, la plongeant dans une crise politique. Autres mesures positives, selon le commissaire, le paquet 'Emploi' et les mesures destinées à lutter contre le chômage des jeunes. L'augmentation de 10 milliards d'euros du capital de la BEI devrait permettre 180 milliards d'euros d'investissements supplémentaires sur trois ans.

M. Panagopoulos a réclamé l'annulation d'une partie de la dette pour la Grèce et les autres pays de la zone euro en difficulté, rappelant que le FMI s'était positionné en faveur d'une telle option. Mais pour M. Rehn, difficile de demander à des pays comme la Finlande et l'Autriche de nouvelles réductions de la dette grecque, après avoir accepté de diminuer les taux d'intérêts sur les prêts accordés en décembre dernier.

« Nous étions en faveur des euro-obligations. Sur le plan technique on peut se demander s'il vaut mieux mutualiser les dettes ou réduire les taux d'intérêts » sur dette souveraine, a considéré l'Autrichien Erich Foglar, président de l'ÖBG. Mais sur le principe, il s'agit de « tous perdre ensemble ou de tous gagner ensemble », a-t-il poursuivi.

Si le commissaire finlandais s'est dit satisfait que les discussions aient révélé un agenda commun focalisé sur la croissance et l'emploi entre la Commission et les syndicats, la représentante britannique, Frances O'Grady, aurait tout de même « voulu entendre l'aveu que l'austérité a été une catastrophe ». (EL)

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