Bruxelles, 29/01/2013 (Agence Europe) - La Commission européenne pourrait proposer prochainement aux États membres d'interdire l'usage des trois néonicotinoïdes incriminés, toxiques pour les abeilles (EUROPE n° 10769). Le 16 janvier dernier, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) avait estimé que l'utilisation de trois de ces molécules - le thiaméthoxame (principe actif du Cruiser), la clothianidine et l'imidaclopride commercialisées par les groupes Syngenta et Bayer - était dangereuse pour les abeilles (EUROPE n° 10765).
La Commission pourrait, dès lors, proposer aux pays de l'UE d'interdire l'usage de ces produits sur les cultures dites « attractives » pour les abeilles, comme le colza, le tournesol et le maïs. Elle va proposer de telles mesures législatives « ambitieuses mais proportionnées », lors de la réunion du comité permanent de l'UE chargé de ces questions, prévue jeudi 31 janvier.
Une action « rapide et décisive » s'impose
Tonio Borg, le commissaire européen à la Santé et à la Protection des consommateurs, a donc annoncé aux ministres européens de l'Agriculture, réunis le 28 janvier à Bruxelles, que la Commission allait agir. « Nous proposons que l'Union européenne prenne des mesures harmonisées et juridiquement contraignantes, inspirées par le principe de précaution, mais aussi par le principe de proportionnalité. En effet, un certain nombre d'usages de ces substances ne mettent pas en danger la santé des abeilles, selon l'EFSA. Une interdiction totale ne serait donc pas justifiée », a-t-il précisé. Par exemple, le traitement des betteraves sucrières et des cultures sous serre présente peu de danger pour les butineuses. Si les États membres valident cette proposition, l'interdiction n'entrerait en application qu'à partir de 2014, car la plupart des agriculteurs ont déjà acheté leurs semences pour cette année dont on estime qu'environ un tiers est traité avec ces molécules.
Ces insecticides dits systémiques, qui sont soit appliqués en granulés soit enrobent directement les semences, pénètrent dans la plante traitée tout au long de sa croissance pour la protéger contre les attaques de ravageurs. Les molécules insecticides se retrouvent donc notamment dans le pollen et le nectar des fleurs qui sont butinées par les abeilles.
Certains États membres ont déjà pris des mesures à l'encontre de ces produits. C'est le cas de la France qui a retiré en juillet dernier l'autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR utilisé pour le colza. Mais son usage pour le maïs reste autorisé. En Italie et en Allemagne, l'usage des produits incriminés est interdit seulement pour le maïs, et en Slovénie pour toutes les cultures.
À plus long terme, la Commission européenne souhaiterait revoir en profondeur les méthodes d'évaluation de ces molécules pour mieux prendre en compte leur impact sur les abeilles avant leur mise sur le marché.
« Il y a un vrai problème avec les pesticides. Nous attendons de voir ce qui sera proposé, mais nous attendons une décision qui soit européenne pour éviter les problèmes de distorsion de concurrence », a déclaré le ministre français de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, en marge du Conseil. L'action de la Commission a été soutenue aussi par les délégations néerlandaise, belge, allemande, danoise, polonaise, grecque. Trois pays sont plus circonspects. L'Espagne a demandé que l'étude de l'EFSA aille plus loin. La Hongrie estime que les effets néfastes sur les abeilles sont dus surtout à une mauvaise utilisation des insecticides. Le Royaume-Uni souhaite avant d'agir que soient connus les résultats d'une étude nationale sur le terrain. (LC)