Bruxelles, 22/01/2013 (Agence Europe) - La fracture entre pays du nord notés AAA et les autres en difficulté ou favorables à plus de solidarité est réapparue, lundi soir, lors des discussions de l'Eurogroupe sur les modalités de la recapitalisation directe des banques en difficulté par le Mécanisme européen de stabilité (MES). Objectif: l'établissement de lignes directrices du MES d'ici juin. En jeu, les conditions et l'ampleur du transfert, de l'échelon national au niveau européen, de la responsabilité liée à cette recapitalisation.
S'en tenant « strictement » aux conditions du traité instituant le MES, le ministre allemand des Finances est d'avis que toutes les banques ne pourront avoir accès au fonds de sauvetage permanent et que la recapitalisation directe ne sera possible qu'une fois en place les mécanismes uniques de supervision et de restructuration bancaires. « Il faut mettre un frein aux attentes allant au-delà. Sinon, cela surchargerait totalement le MES qui serait vidé plutôt rapidement. De toute façon, le MES doit demeurer le prêteur en dernier ressort et les États membres doivent conserver eux-mêmes une responsabilité », a déclaré M. Schäuble. Même son de cloche pour son homologue autrichienne, Maria Fekter: « On ne peut pas empiler les charges sur les contributeurs nets même si les États en difficulté aimeraient que cela aille plus vite. » Selon elle, la recapitalisation directe ne pourra pas se produire sans conditionnalité ni implication des pays où sont établies les banques en difficulté. « Sinon, il y aurait un aléa moral », avait-elle souligné à son arrivée à Bruxelles.
Le ministre français de l'Économie, Pierre Moscovici, a insisté sur la nécessité de briser le lien entre difficultés bancaires et endettement public. « La priorité pour la France, est de ne pas se contenter d'avoir un mécanisme faible, illisible, impraticable, verrouillé », a-t-il souligné. Il a réitéré le mandat du Conseil européen de juin 2012 qui avait appelé à la mise sur pied d'un mécanisme unique de supervision bancaire sous l'égide de la BCE avec, « en parallèle », un processus de recapitalisation directe de banques de la zone euro qui devra, selon lui, être « évolutif, ambitieux et flexible » et aussi agir « a posteriori ». Dans son entourage, on admet que le processus ne pourra « pas être un chèque en blanc » si bien qu'« une partie du dispositif sera prise en charge au niveau national ». Le nouveau président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a aussi évoqué la question de la rétroactivité qui permettrait aux banques ayant connu des difficultés dans le passé d'être recapitalisées par le MES. Dublin et Madrid, susceptibles d'en bénéficier, ont plaidé dans ce sens. (MB)