Bruxelles, 22/01/2013 (Agence Europe) - Le nouveau président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a essayé lundi 21 janvier de ne froisser aucune sensibilité en mettant en avant la nécessité pour l'Eurozone de retrouver la croissance, de poursuivre la consolidation des finances publiques et de redoubler d'efforts en matière de réformes structurelles. Pour une question de principe, l'Espagne n'a pas soutenu la nomination.
Honoré de succéder à Jean-Claude Juncker dont le leadership et les convictions ont été unanimement salués, M. Dijsselbloem a estimé que le temps était venu de mettre derrière soi la question de l'intégrité de la zone euro. Conscient que « les citoyens ressentent les conséquences de la crise », il a promis d'œuvrer afin de « préserver le modèle social européen que nous chérissons ». Une manière pour le nouveau président de l'Eurogroupe d'appuyer sur ses convictions social-démocrates afin de rassurer les pays en difficulté peu enthousiastes à être dirigés par un ministre issu d'un pays noté AAA et réputé pour ses demandes répétées en faveur d'une surveillance accrue des politiques budgétaires. « C'est un Néerlandais président, ce n'est pas une présidence néerlandaise », a souligné le ministre français de l'Économie, Pierre Moscovici. Il a noté que M. Dijsselbloem avait débuté son intervention en français, même si celui-ci a répondu en anglais aux journalistes.
Côté français, on est aussi d'avis que cette nouvelle présidence de l'Eurogroupe, assurée par un ministre en poste depuis trois mois et inconnu au niveau international, obligera l'Allemagne et la France à se coordonner davantage. « C'est vrai qu'il n'a pas un parcours de service aussi long que le mien, mais je suis convaincu qu'il a les qualités pour remplir cette fonction car il est un Européen convaincu », a déclaré le président sortant, Jean-Claude Juncker, dont le retrait autorisera l'emploi d'un ton plus libre.
Sur son programme de travail, le nouveau président de l'Eurogroupe s'est engagé à maintenir le rythme des travaux visant à réaliser l'union bancaire, à commencer par la mise en place d'un mécanisme unique de supervision bancaire sous l'égide de la BCE. « La stratégie actuelle de consolidation budgétaire au sein de la zone euro (…) devrait continuer à être un des piliers de notre stratégie visant à garantir la confiance des marchés et des consommateurs », écrit-il dans son programme de travail, reconnaissant aussi une mise en œuvre « différenciée » de cette stratégie selon les pays. Et d'estimer nécessaire d'accentuer les réformes structurelles pour accroître la compétitivité et combattre le chômage, « spécialement celui des jeunes ».
Pointant les difficultés ayant émaillé la communication de l'Eurogroupe au plus fort de la crise financière, M. Dijsselbloem veut communiquer d'« une voix claire et autoritaire ». Soucieux de dialoguer « régulièrement » avec le Parlement européen et les partenaires sociaux, il envisage aussi de définir « un mandat clair » pour la représentation internationale de l'euro. Et d'annoncer, pour les mois à venir, une mise à jour des « méthodes de travail » de l'Eurogroupe, inchangées depuis 2008, afin que celles-ci reflètent l'apport des récentes réformes de la gouvernance économique européenne.
La veille, le ministre irlandais, Michael Noonan, s'était félicité que M. Dijsselbloem soit issu d'un 'petit' État membre. Son homologue autrichienne, Maria Fekter, avait espéré que demeurera « la ligne dure » en matière de politique monétaire que les Néerlandais ont suivi jusqu'à présent. Opposée à toute attribution d'un poste à responsabilité au représentant d'un pays noté AAA depuis son éviction du directoire de la BCE, l'Espagne a été le seul pays à ne pas soutenir la candidature de M. Dijsselbloem, au risque d'être isolée. (MB)