Bruxelles, 22/01/2013 (Agence Europe) - 'Abeilles ou OGM, il faut choisir': le groupe des Verts/ALE au Parlement européen a lancé mardi 22 janvier sa campagne pour donner une chance aux abeilles ('Give Bees a Chance'). Objectif: agir sur différents fronts pour renforcer l'étiquetage du miel (indication de la présence d'OGM) et obtenir l'interdiction des insecticides qui font des dégâts dans les colonies d'abeilles.
L'eurodéputé Bart Staes (Verts/ALE, belge) a présenté les demandes de son groupe dans cette campagne: - une transition urgente vers une agriculture durable et bienveillante à l'égard des abeilles ; - des pratiques agricoles durables au cœur de la politique agricole commune (interdiction des pesticides, rotation des cultures, pâturages permanents, et zones d'intérêt écologique) ; - l'interdiction immédiate des tueurs d'abeilles les plus toxiques (neurotoxines systémiques tels que les néonicotinoïdes) et une diminution rapide de l'utilisation d'autres pesticides ; - une interdiction des cultures d'OGM ; - un étiquetage obligatoire du miel contaminé par du pollen qui serait issu de plantes transgéniques ; - la maintien en l'état de la 'directive miel' (2001/110).
Le président de l'Unaf (Union nationale de l'apiculture française), Olivier Belval, a indiqué avoir défendu (devant la commission des pétitions du PE) la pétition sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) et l'apiculture. Cette pétition rassemble plus de 300 000 signatures. L'arrêt de la Cour de justice du 6 septembre 2011 a changé énormément les règles concernant l'étiquetage du miel, selon M. Belval. Tous les miels contenant les pollens issus de plantes génétiquement modifiées « devraient être étiquetés 'contient des OGM', ce qui n'est pas le cas actuellement », a souligné Olivier Belval. Il demande que la législation soit appliquée et que les miels importés de zones où les pollens proviennent de plantes transgéniques soient étiquetés. Actuellement, plus de la moitié du miel vendu sur le territoire de l'UE est du miel en provenance de zones très largement cultivées en plantes génétiquement modifiées.
Les apiculteurs espagnols ont rejoint les apiculteurs français dans leur combat contre la proposition de la Commission (modification de la 'directive miel') visant à faire disparaître l'obligation d'étiquetage du miel contenant des OGM. « Les consommateurs veulent qu'on leur garantisse la transparence. Le miel ne doit pas avoir d'exception en matière d'étiquetage », a fait valoir le président de l'Unaf. Les Espagnols et les Français s'opposent à la tentative de la Commission de modifier la définition des caractéristiques du miel (annexe de la 'directive miel'), car cela « met en danger » la qualité du produit vendu dans l'UE. Il y a un risque de voir arriver des produits sucrés dans lesquels on aurait enlevé toute trace de pollen dans le miel et de voir les produits ultra filtrés vendus sous la même dénomination que les miels purs. Le président de l'Unaf demande de faire rentrer le miel dans la liste des produits qui, comme le fromage, ont des mesures particulières sur les règles d'étiquetage. « Il ne faut pas modifier la directive miel mais trouver d'autres méthodes alternatives. »
Une autre pétition concerne les pesticides néonicotinoïdes. Cette pétition va dans le sens de ce que défendent les apiculteurs européens. Depuis 17 ans, les apiculteurs déclarent que les ruches se dépeuplent sur les zones de grandes cultures. Depuis, la science a mis en avant les raison du syndrome de dépeuplement des colonies d'abeilles. « Le facteur majoritaire et principal reste la présence de cette nouvelle famille de produits, les insecticides néonicotinoïdes, dans l'environnement des abeilles. Faisons comme en Italie, en imposant sur l'ensemble du territoire européen une suspension de toutes ces molécules pendant une durée minimale de trois ans », a expliqué Olivier Belval. Il faut selon lui une longue période d'arrêt de ces produits pour pouvoir voir la production européenne remonter. La production française de miel est passée de 32 000 tonnes en 1995 à moins de 15 000 tonnes en 2012. Cette catastrophe est liée à la disparition des abeilles.
Après la publication du rapport de l'EFSA, l'Unaf demande une décision urgente de suspension des trois molécules incriminées et aussi de l'ensemble de la famille des produits néonicotinoïodes. « Ces traitements préventifs et systématiques sont utilisés comme des traitements de confort par les agriculteurs. On traite (avec ces produits) des millions d'hectares en Europe de plantes non malades », a conclu Olivier Belval.
Sandrine Bélier (Verts/ALE, française) a expliqué que les citoyens français et espagnols s'adressent à leurs parlementaires pour leur dire 'maintenant agissez' dans le domaine des OGM (après l'arrêt de la Cour de justice de l'UE) et des pesticides (des rapports confirment le lien entre pesticides et mortalité des abeilles).
Jeudi 24 janvier, en commission de l'environnement du PE, le rapport sur la directive miel sera discuté, de même qu'une question orale sur la réglementation des pesticides en lien avec leur impact sur les abeilles. Bart Staes a précisé que le rapporteur souhaite aller très vite et adopter la proposition initiale de la Commission européenne sans changements. Le groupe des Verts/ALE n'est pas d'accord avec cette approche. (LC)