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Bulletin Quotidien Europe N° 10769
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Lien entre le drame du Mali et les relations de l'UE avec les pays du Maghreb - Une coopération à consolider - Musulmans en Europe: un faux problème ?

Le drame du Mali ne pose pas à l'Europe seulement les difficultés et les incertitudes de l'action sur place (voir cette rubrique d'hier), mais aussi les questions délicates des relations de l'UE avec les pays du Maghreb et de la présence dans l'UE de millions de musulmans, en grande majorité arabes.

À la recherche de l'unité maghrébine. Les liens entre les deux rives de la Méditerranée avaient été prévus au départ sur une base rhétorique et fantaisiste d'Union euro-méditerranéenne: l'UE est une réalité qui parle d'une seule voix au nom de tous les États membres, alors que dans la rive sud chaque pays est attaché à son autonomie et certains conflits non négligeables subsistent. Quelques orientations communes existent, en théorie du moins, comme pour la protection de la mer Méditerranée ; d'autres progrès sont en gestation. Il y a quelques jours, en rendant compte d'un entretien entre le président de la Commission européenne et le président et l'UMA (Union du Maghreb arabe), le commissaire Stefan Füle a observé que l'ensemble maghrébin demeure la région « la moins intégrée du monde », que les frontières entre certains pays (Maroc et Algérie) sont fermées et que les échanges commerciaux demeurent très faibles: seulement 3 % du commerce extérieur des cinq pays de l'UMA.

Un principe intouchable. Il est vrai que l'unité maghrébine progresse dans quelques domaines, mais de façon encore aléatoire. En outre, dans certains États, les élections ont consolidé des groupes extrémistes qui n'agissent pas comme une force politique qui respecte la liberté d'autrui, mais prétendent imposer leurs idées par la violence, surtout à l'égard des femmes. Même dans le pays où en principe la liberté existe, la Tunisie, le réseau euro-méditerranéen des droits de l'homme a dénoncé des procédures judiciaires qui à son avis font craindre que la justice, civile et militaire, soit utilisée à des fins politiques qui limitent la liberté. Le risque existe que les salafistes profitent des événements au Mali dans une perspective anti-européenne. C'est leur droit ; mais l'Europe doit rester ferme sur un principe: les pays qui souhaitent conclure des accords avec l'UE doivent accepter la réciprocité, notamment en matière de religion et de liberté de la presse (un domaine, ce dernier, où la Tunisie est pour le moment à l'avant-garde).

Confiance dans les musulmans qui résident en Europe. Quant à la présence dans l'UE de millions de musulmans, je ne crois pas qu'elle soit dans l'ensemble préoccupante. La grande majorité, arabe ou pas, souhaite vivre en Europe dans des conditions paisibles. Les musulmans en Europe cherchent simplement travail et respect. Un nombre croissant évite les querelles religieuses ou considère que c'est une affaire personnelle qui ne concerne pas les autres. Ceux qui restent attachés à leur religion respectent aussi celle des autres. Il existe des publications rédigées par des immigrés musulmans de toutes provenances qui sont remarquables de qualité et d'équilibre.

Certes, du côté européen, la vigilance est nécessaire, en France surtout. Les autorités européennes doivent multiplier, les mesures préventives et de sécurité et contrôler les clandestins. Mais je ne crois pas à une cassure entre les populations locales et les immigrés comme conséquence des événements du Mali.

Un survol utile. Un survol de l'histoire du Maghreb aiderait peut-être à mieux comprendre et évaluer la situation. Roland Courtinat, auteur du livre « Chroniques pour servir et remettre à l'endroit l'histoire du Maghreb », rappelle que cette région a été successivement occupée par les Phéniciens, les Romains, les Byzantins, les Vandales, les Arabes et par l'Empire ottoman ; je pourrais ajouter Carthage et quelques autres. À se demander quels sont les habitants originels.

Ceux qui habitent actuellement cette région ont autant le droit d'y vivre que ceux qui les ont précédés. Qu'ils évitent de se battre entre eux ou avec d'autres par fanatisme religieux et leur avenir sera éclairci.

Guerre entre musulmans. J'ajoute quelques remarques sur le drame parallèle de la Syrie. C'est une guerre féroce et cruelle de musulmans entre eux. Faire grief à l'UE de ce qui arrive là-bas est absurde. L'Europe n'a pas de leçons à donner car elle aussi a connu des conflits analogues, entre catholiques et protestants. Elle a su y mettre fin. En Syrie et à l'entour ce sont des conflits par volonté de puissance, de défense de privilèges et de richesses, voire en partie de haines raciales. L'UE peut s'efforcer de secourir femmes et enfants, mais n'a aucune raison de prendre position ni d'y gaspiller ses ressources.

(FR)

 

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