Bruxelles, 22/01/2012 (Agence Europe) - L'OMC et l'OCDE donnent naissance à un nouvel instrument statistique pour mieux évaluer la valeur ajoutée des biens et services exportés.
Le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, et le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurria, ont rendu publique le 16 janvier à Paris une nouvelle méthode de mesure des échanges qui prend mieux en compte la réalité de la mondialisation dans le commerce international. Cette nouvelle manière de calculer les échanges en prenant en compte la valeur ajoutée « rompt avec les statistiques classiques qui mesurent les flux bruts de biens et services à chaque franchissement de frontière. Elle cherche plutôt à analyser la valeur ajoutée par les pays dans la production des biens ou services exportés et offre ainsi une vision plus complète des relations commerciales entre les nations », soulignent les deux institutions, dans un communiqué.
« Un bien produit dans l'UE et exporté aux États-Unis inclut des composants de Chine et du Japon, utilisant eux-mêmes des matières premières et des services en provenance d'Australie, de Russie ou d'Inde », a expliqué M. Gurria, devant la presse le 16 janvier. Les produits sont désormais made in the world (fabriqués dans le monde), et non plus made in France, made in USA ou made in China, a fait valoir M. Lamy.
Parmi les principaux enseignements tirés de cette première étude, qui sera approfondie dans les prochains mois, l'OMC et l'OCDE tirent déjà plusieurs conclusions intéressantes. Par exemple, l'excédent commercial bilatéral de la Chine avec les États-Unis est inférieur de 25 % lorsqu'il est calculé en valeur ajoutée, écart qui s'explique par le contenu local élevé des exportations chinoises. Autres exemples: un tiers de la valeur totale des véhicules automobiles exportés d'Allemagne vient en fait d'autres pays, et le contenu étranger représente près de 40 % de la valeur totale des exportations de produits électroniques chinois.
Cette nouvelle méthode met aussi en exergue le poids plus de deux fois plus grand des services, qui représentent seulement 20 % du commerce mondial dans les calculs traditionnels. Enfin, les grands exportateurs de produits de base comme l'Australie, le Brésil et le Canada présentent avec leurs principaux partenaires commerciaux des excédents commerciaux bilatéraux moins importants en valeur ajoutée, car leurs matières premières sont transformées avant d'être réexportées par ces partenaires commerciaux, lesquels voient ainsi se dégager les domaines qui leur offrent des possibilités de progression dans la chaîne de valeur.
« Il y a une différence entre le commerce et les exportations, le made in France ne correspond pas à la réalité sur le terrain (…) Pour exporter il faut importer », avait expliqué Karel De Gucht devant le Parlement français le 16 janvier, dans la foulée de la conférence de presse conjointe de l'OCDE et de l'OMC à laquelle le commissaire au Commerce avait participé aux côtés de MM. Gurria et Lamy. « Avec cette méthode, on se base sur la valeur ajoutée, pas sur le produit fini (…) Cela met en valeur la propriété intellectuelle », avait-il encore argumenté, non mécontent que ces statistiques soient plus favorables à l'Europe en changeant considérablement l'équilibre de sa balance commerciale avec l'Asie. (EH)