Bruxelles, 24/10/2012 (Agence Europe) - L'ex-commissaire à la Santé, John Dalli, a clamé haut et fort qu'il se battrait pour laver l'honneur de sa famille, mercredi 24 octobre lors d'une conférence de presse organisée par l'Association de la presse internationale.
« Je veux venger mon nom. (Cette affaire) ruinera mon futur et celui de ma famille. La question n'est pas retrouver mon emploi », a déclaré le dirigeant politique maltais. Et d'ajouter: « Personne ne m'a jamais proposé de l'argent pour modifier un projet législatif, que ce soit directement ou indirectement. » Selon lui, la moindre des choses, c'est qu'on lui dise sur quels éléments se base l'action entreprise par M. Barroso. « Jusqu'à présent (il ne sait) toujours pas quelle est la justification » qui a poussé le président de la Commission européenne à lui demander de démissionner, a-t-il indiqué. Avec ses avocats, M. Dalli constituera un dossier afin de porter plainte auprès de la justice maltaise ou belge ou auprès de la Cour européenne des droits de l'homme. C'est la 2ème affaire de ce type à laquelle il est confronté, après un épisode similaire au cours duquel il avait obtenu gain de cause lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères de son pays.
La semaine dernière, l'Office européen de lutte antifraude (OLAF) a rendu à M. Barroso un rapport selon lequel M. Dalli se serait rendu coupable de trafic d'influence dans le cadre d'une affaire impliquant le producteur suédois de tabac à priser, Swedish Match, et un entrepreneur maltais, M. Zammit (EUROPE n° 10711). Celui-ci, avec qui M. Dalli entretient des relations amicales, aurait servi d'intermédiaire, moyennant une forte rémunération (60 millions d'euros sont évoqués), entre l'ex-commissaire et la société suédoise en vue de modifier la législation européenne bannissant la distribution dans l'UE du tabac à priser. M. Dalli aurait eu vent de ces discussions mais il n'a pas donné l'alerte. Swedish Match a en revanche porté plainte.
« Je nie complètement » ces allégations, a affirmé plusieurs fois M. Dalli, qui n'a pas eu accès au rapport de l'OLAF. D'ailleurs, selon ses informations, l'autorité de surveillance de l'OLAF n'avait pas, au lundi 22 octobre, approuvé formellement ce rapport. « Certains éléments ont même été rejetés », a-t-il fait savoir. La Commission a transmis le rapport de l'OLAF à la justice maltaise, compétente selon elle pour traiter le dossier.
Sur le fond de l'affaire, M. Dalli a reconnu avoir rencontré une fois, à Malte en janvier 2012 et en présence de M. Zammit, « une avocate maltaise » qui lui aurait demandé quelle était la position de la Commission concernant le tabac à priser. Plusieurs fois il a nié savoir que cette avocate travaillait pour le compte de Swedish Match. Contrairement à ce qu'affirme l'OLAF, « je ne savais absolument pas » qui elle était: « Elle ne s'est pas présentée à moi en tant que lobbyiste, elle n'a fait que poser des questions, elle n'a pas essayé de me persuader », a-t-il souligné. M. Dalli a également nié avoir participé à deux autres réunions avec cette avocate qui auraient eu lieu en février.
Pourquoi avoir accepté de démissionner au lieu d'obliger M. Barroso à vous démettre ? Pressé de décider, alors qu'il demandait un temps de réflexion et la possibilité de chercher conseil, l'ex-commissaire a estimé n'avoir pas eu le choix et, au final, le résultat aurait été le même. « Je n'ai jamais offert ma démission, on m'a obligé à démissionné », a-t-il clamé. Dans une lettre ouverte, M. Barroso réfute toute pression exercée sur lui, M. Dalli ayant eu plusieurs fois l'occasion de réagir aux accusations avancées.
M. Dalli a, par ailleurs, jugé possible l'existence de motivations politiques visant à l'éliminer de la part du gouvernement maltais avec qui il entretient, selon son propre aveu, une relation « précaire ». Et aussi peut-être de l'industrie du tabac dont il a évoqué « l'attaque massive » des lobbies qui aurait visé les commissaires européens. Quant à la directive 'tabac', il a espéré que le futur commissaire maltais maintiendra le cap qu'il a lui-même poursuivi. Mercredi, la Commission a d'ailleurs demandé au Danemark de modifier sa législation pour garantir l'interdiction totale du tabac à priser. (MB)