Bruxelles, 12/07/2012 (Agence Europe) - Le Premier ministre roumain Victor Ponta devait tenter jeudi 12 juillet de rassurer l'UE sur la situation politique de son pays, envenimée ces derniers jours par une série de décisions touchant aux institutions du pays, à l'image de la procédure de destitution du président de centre-droit Traian Basescu, suspendu de ses fonctions. Le jeune chef de gouvernement (centre-gauche) rencontrait en effet à Bruxelles les présidents du Conseil européen et de la Commission, MM Van Rompuy et Barroso, et devait leur fournir des explications.
Jeudi midi, lors de leur rencontre avec les leaders des communautés religieuses, les deux responsables européens ont d'ailleurs réaffirmé leur inquiétude. « Notre souci », a dit M. Van Rompuy, est de s'assurer « du respect de la Constitution, tant dans sa lettre que dans son esprit », un principe qui est au cœur du projet européen, a-t-il dit. À l'issue de son entretien avec M. Ponta, Herman Van Rompuy l'a d'ailleurs invité à suivre « toutes les recommandations » de la Commission et à s'engager avec elle « dans un dialogue constructif ». Réitérant sa « profonde inquiétude », le président du Conseil européen s'est dit confiant que « le gouvernement roumain était pleinement conscient de l'importance de l'enjeu ».
Le président de la Commission José Manuel Barroso a lui enjoint au Premier ministre de respecter pleinement l'indépendance de la magistrature, restaurer les pouvoirs de la Cour constitutionnelle et veiller à ce que ses décisions soient respectées, indique un communiqué. Le gouvernement devra encore nommer un médiateur soutenu par tous les partis et « faire de l'intégrité une priorité politique ».
La veille, c'est la commissaire Viviane Reding qui avait encore affirmé voir « un grand danger » dans les événements actuels et estimé que la surveillance opérée par la Commission sur le pays, comme sur la Bulgarie, depuis 2007 dans le cadre du Mécanisme de coopération et vérification (CVM) devait être prolongée. La Commission remettra son rapport sur l'état de la démocratie dans ces deux pays e 18 juillet prochain. Et les conclusions restent encore à écrire, a-t-elle mis en garde.
Ce rapport CVM constitue en effet un moyen de pression pour l'exécutif européen en ce qu'il doit nourrir la future décision des ministres de l'Intérieur sur l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l'espace Schengen. Cette décision d'ouvrir Schengen à Bucarest et Sofia doit logiquement être discutée en septembre prochain. Mais les troubles politiques roumains actuels pourraient donner quelques arguments aux pays les moins prompts à élargir la zone de libre circulation, comme les Pays-Bas.
Déjà présent à Bruxelles mercredi pour y rencontrer notamment le président du Parlement européen Martin Schulz, le Premier ministre Victor Ponta a lui en tout cas fermement rejeté cette pression de l'UE à travers le CVM et réfuté le lien établi avec le sort de son pays dans l'espace Schengen, un lien « qui, je crois, n'est pas juste », a dit M. Ponta mercredi soir. Il a d'ailleurs demandé à la Commission de produire un rapport objectif « basé sur des faits et non des allégations ». Victor Ponta a en effet déploré que seules les déclarations émanant « d'un seul côté » soient entendues, critiquant même Mme Merkel qui n'a « appelé que M. Basescu ».
Pour le reste, Victor Ponta s'est dit prêt à répondre à toutes les interrogations et inquiétudes de ses partenaires européens, comme à procéder à tous les changements nécessaires demandés par la Commission si certaines mesures devaient contrevenir aux standards européens, a-t-il promis. Mais il a aussi défendu l'action de sa coalition et rappelé notamment que la procédure de destitution avait été avalisée par la Cour constitutionnelle. Victor Ponta, troisième Premier ministre en Roumanie depuis le début de l'année, avait initialement menacé de remplacer des juges de la Cour constitutionnelle. Y ayant renoncé face aux critiques, il gouverne désormais par des décrets d'urgence, qui prennent effet avant que la Cour puisse juger de leur validité. Un mode de gouvernance qu'a d'ailleurs critiqué Martin Schulz. (SP)