Bruxelles, 12/07/2012 (Agence Europe) - Pour garantir son avenir et sa stabilité, la région méditerranéenne doit d'abord assumer un « impératif économique et social ». En premier, le besoin sur sa rive sud « de créer 50 millions d'emplois en 10 ans et d'investir 300 milliards d'euros en infrastructures », observe IPEMED, think tank spécialisé dans les relations européennes qui présente son bilan après cinq années d'activités. Or, reconnaît-il, l'effort requis « excède largement les capacités des États de la région ». Il « nécessite la mobilisation de toutes les forces vives, l'identification de nouvelles modalités de partenariat public/privé, un partage différent de la valeur ajoutée entre le Nord et le Sud, une gouvernance rénovée et des valeurs communes fondées sur la proximité, la solidarité ». Il suggère pour cela une démarche structurée, basée plus sur l'économique que sur le politique.
Pour Radhi Meddeb, président d'IPEMED, « les réveils arabes de 2011 » mettent en lumière « avec force les exigences des peuples de la région: le droit à la voix, l'accès à de meilleures conditions sociales et à de plus grandes opportunités économiques ». Dans un tel contexte, le projet euroméditerranéen devient « inéluctable ». Il rappelle à ce sujet l'idée, que les membres de l'IPEMED ont lancée en 2005, lors du 10ème anniversaire du processus de Barcelone, de mettre en place un « centre d'expertise et d'échange qui approfondisse la réflexion, en partage le diagnostic, vulgarise les orientations et fasse avancer le projet ». L'appel a été signé par des personnalités des deux rives, « convaincues que dans sa marche inéluctable, la mondialisation passera nécessairement par la construction d'ensembles régionaux cohérents et solidaires ».
M. Meddeb précise que l'IPEM suggère une voie « en marge de la politique » qui privilégierait « la démarche économique, l'association de l'expertise, la mobilisation des entreprises, le partage des diagnostics, la parité entre le Nord et le Sud et militerait pour la définition de politiques communes ». Il n'exclut toutefois pas les sujets politiques, les concevant plus en toile de fond que comme des thèmes directement traités. Il cite l'exemple de « deux conflits majeurs qui minent les flancs est et ouest de la Méditerranée, à savoir les conflits israélo-palestinien et du Sahara occidental ».
Du règlement de ces « préalables », dépendra la création d'emplois, laquelle nécessite une grande capacité d'attraction des investissements. Sachant qu'il « n'y aura pas suffisamment d'investissements sans sécurité intérieure et extérieure et sans paix partagée dans la région ». À son avis, il faut « agir au présent pour construire (…) une sécurisation politique et juridique des investissements ; pour construire une communauté euroméditerranéenne de l'énergie (et) pour assurer la sécurité alimentaire au Maghreb ». Une démarche conforme à celle imprimée à l'UpM depuis sa relance il y a à peine quelques mois et qui vise plus les projets et les objectifs concrets. Le secrétaire général, Fathallah Sijilmassi, a même l'ambition d'en faire le point focal - le le pôle de cohérence - de toutes les réflexions sur le devenir, concret, de la Méditerranée et des projets à développer. L'UpM se concentrerait sur la recherche de partenaires et de fonds et coordonnera l'assistance à l'identification des projets en liaison avec les organismes de financement partenaires (BEI, BERD, etc.).
Dans cet esprit, IPEMED fait ses propositions et entend faire une « offre ambitieuse » pour répondre à de tels défis: « L'intégration régionale, la parité et le partenariat euroméditerranéen, et, au-delà, le rapprochement d'un grand ensemble Europe-Méditerranée- Afrique dont les PSEM (pays du sud et de l'est de la Méditerranéenne) seront demain le pivot ». En plus, le besoin de « parité entre Nord et Sud est central » et « une partie du relatif échec d'Euromed tient à la dissymétrie des deux rives: l'Europe décide et les PSEM appliquent ». Le lancement de la politique européenne de voisinage « n'a pas amélioré les choses, les PSEM ne pouvant se contenter d'être considérés comme de simples voisins ». L'ONG lance alors une série de recommandations dont l'un des premiers éléments est de « passer d'une logique d'aide à une logique d'investissements et de prêts à long terme ». Ce serait ensuite « favoriser une intégration par la production plus que par le libre-échange commercial ». En outre, il faudrait « privilégier un petit nombre de politiques euroméditerranéennes structurantes: une politique énergétique, une politique de l'eau (au-delà de la dépollution de la Méditerranée), une politique de sécurité alimentaire, le maillage de la région en transports, mettre en place des politiques et des régulations régionales, prioritairement dans l'énergie, l'eau et l'agriculture ». IPEMED appelle aussi à « créer une institution financière euroméditerranéenne » et dans le domaine des services, à « encourager une ouverture préférentielle des marchés nationaux aux opérateurs des pays de la région, à travers des packages comprenant du conseil à la maîtrise d'ouvrage (par exemple en matière d'élaboration de contrats de PPP), des échanges d'expériences, de la formation et des transferts de technologie, la facilitation de prêts pour l'investissement. Faciliter les mobilités professionnelles » et promouvoir une sorte de « CECA migratoire ». Enfin, il suggère de « donner à la région une représentation commune sur la scène politique internationale ». (FB)