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Bulletin Quotidien Europe N° 10654
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE/Méditerranée: Laurent Fabius et d'autres personnalités s'expriment

L'opinion de quelques protagonistes des relations entre l'UE et les pays tiers méditerranéens représente un complément utile et instructif à la double analyse de la situation publiée dans cette rubrique en début de semaine (bulletins 10651 et 10652).

La France souligne sa liberté de jugement. Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, a participé à Paris à un colloque sur le thème: Le monde arabe à l'âge des révolutions. Dans son allocution, il a affirmé l'appui de la France aux progrès des « transitions démocratiques, économiques et sociétales (…): il appartient à chacune de ces sociétés de trouver sa voie, et rien ne peut s'y substituer. Nous refusons tout paternalisme ». Il a toutefois ajouté: « La France conservera sa liberté de jugement et s'exprimera si et quand elle l'estime nécessaire. » Quelques grands principes sont « intangibles: égalité devant la loi, liberté d'expression, droits des femmes, droits des minorités. » Et il a précisé: « Nous serons particulièrement attentifs au respect des femmes. Le monde arabe doit leur donner toute leur place ». Il a précisé que son pays s'adressera « aux sociétés et non aux seuls gouvernements. Nos interlocuteurs seront aussi les mouvements démocratiques, les associations de défense des droits et les mouvements qui agissent pour l'éducation, la culture ».

Le ministre français est favorable à « une sorte de grand ensemble euro-méditerranéen » en précisant: « L'Union pour la Méditerranée (UpM) partait d'une ambition généreuse mais maladroite. Il n'était pas réaliste de vouloir inclure les deux rives de la Méditerranée dans un même ensemble, rigide, en prétendant passer outre aux divergences, aux différences et même aux conflits qui peuvent exister sur les deux rives. L'ambition de l'UpM n'a pas survécu aux premières difficultés. (…) Plutôt que de rouvrir le dossier institutionnel, je crois à la méthode des coopérations à géométrie variable, susceptibles de regrouper des pays volontaires pour des projets précis. Nous avons besoin de formats différenciés pour répondre à la diversité des situations et mettre en œuvre, sans attendre, des coopérations concrètes ».

Ambitions nationales de l'Algérie. Le texte du Mourad Medelci, ministre algérien des Affaires étrangères, paru dans un supplément publicitaire de Le Monde, prouve qu'un pays de la rive sud peut poursuivre des objectifs et des projets purement nationaux, en défendant le principe de la géométrie variable dans ses relations avec l'Europe. Il a souligné que le démantèlement tarifaire est négocié sur un plan bilatéral et a ajouté que l'essentiel réside dans la coopération énergétique: l'UE d'un côté, l'Algérie de l'autre.

Son pays est le premier fournisseur de gaz aux pays européens, mais il a «d'autres ambitions: aller vers de nouveaux types d'énergie.» Le ministre se réfère à l'énergie solaire, l'objectif étant un accord qui ne serait pas exclusivement commercial, mais impliquerait une véritable coopération « permettant aux Algériens de participer à la distribution de leurs produits en Europe (…) Il faut trouver les synergies, une lecture commune des intérêts des uns et des autres ; et des garanties, bien entendu ».

L'Algérie se distingue, on le sait, des autres pays de la région: son régime se fonde sur le parti unique, il dispose de réserves financières énormes, ses autorités ne cachent pas leur hostilité à l'égard du printemps arabe « porteur d'anarchie et de désordre. »

Réaction très vive d'un écrivain. Tahar Ben Jelloun, écrivain marocain bien connu en Europe, a été particulièrement virulent dans sa prise de position publiée dans différents journaux européens. À son avis, le printemps arabe et les mouvements analogues ont été absorbés par «les Islamistes qui n'en avaient pas été les promoteurs et qui n'avaient pas participé aux manifestations où les morts et les blessés ont été nombreux. Ainsi, le printemps arabe annonce une longue saison islamiste qui pourrait durer des années (…) Les anciens dictateurs ont été remplacés par des régimes ayant la même nature (…) Ce qui laisse un espoir est qu'à côté des islamistes qui agressent, interdisent et moralisent, existe une société civile, conduite surtout par des femmes qui ont résisté au nouveau type de fascisme qui infecte les esprits et fait reculer le progrès. »

Europe sous accusation. Amnesty International a dénoncé les « discriminations » dont l'UE est coupable chez elle envers les musulmans: jeunes filles empêchées d'aller à l'école si elles portent le voile, croyants qui prient dans les rues par manque de lieux de culte, refus d'horaires spéciaux au travail pendant le ramadan. Amnesty International reconnaît que des lois protectrices existent mais ne sont pas toujours respectées.

Je crois qu'Amnesty International a en partie raison et qu'il va sans doute publier un rapport analogue concernant les libertés de culte pour les chrétiens dans le monde arabe. (FR)

 

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