Bruxelles, 29/03/2012 (Agence Europe) - Le Parlement européen a souligné jeudi 29 mars en adoptant en plénière une résolution sur le Kosovo qu'il souhaiterait que les cinq États membres de l'UE qui ne l'ont pas encore fait reconnaissent la déclaration d'indépendance du Kosovo et qu'ils jouent un rôle plus actif dans les discussions entre la Serbie et le Kosovo, précisant que l'engagement de l'UE envers le Kosovo « est primordial pour le maintien de la stabilité et de la sécurité dans son voisinage immédiat ».
En adoptant le rapport de Mme Ulrike Lunacek (Verts/ALE, autrichienne) sur le processus d'intégration européenne du Kosovo, le PE note que la déclaration d'indépendance du Kosovo a été reconnue par 88 pays, dont 22 États membres de l'Union européenne. Il « souhaiterait que les cinq derniers États membres fassent de même » et déplore que la Serbie exerce des pressions diplomatiques pour dissuader certains pays de reconnaître le Kosovo. Le PE salue le lancement le 27 mars 2012 d'une étude de faisabilité au sujet d'un accord de stabilisation et d'association entre le Kosovo et l'UE (cette étude devrait être achevée, au plus tard, à l'automne 2012). Le PE se félicite du lancement du dialogue sur les visas, et attend de la Commission qu'elle présente ce printemps une feuille de route pour la libéralisation du régime des visas, « en adoptant la même approche que pour les autres pays des Balkans occidentaux ».
S'agissant du dialogue Pristina/Belgrade (coopération régionale), le PE se félicite du fait que neuf cycles se soient déjà déroulés et qu'ils aient débouché sur plusieurs accords préliminaires, dont celui du 2 décembre 2011 sur la gestion intégrée des points de passage des frontières (GIF) dans le nord du pays. Le PE s'inquiète cependant du fait que des accords précédents (tenue de tous les registres civils par les autorités kosovares et cachets de douane) n'aient pas été pleinement mis en œuvre par la partie serbe. Le PE invite le gouvernement serbe à manifester sa volonté d'atteindre les objectifs du dialogue. En outre, les eurodéputés se félicitent des accords conclus par Belgrade et Pristina sur la GIF et, le 24 février, sur la coopération régionale intégrée. Ils soulignent l'extrême importance de la mise en œuvre de bonne foi des accords conclus (ils déplorent, dans ce contexte, les récents désaccords entre les parties quant à l'usage d'une note en bas de page au sujet de la délégation du Kosovo).
Le PE avertit les autorités serbes que l'organisation d'élections locales au Kosovo serait « contraire au droit international, et qu'elle saperait la stabilité de la région comme le dialogue bilatéral en cours avec le Kosovo ».
Les députés mettent en avant la nécessité pour le Kosovo de faire des réformes: - constitutionnelle et électorale ; - en matière d'administration publique et de professionnalisme des juges et des procureurs ; - en matière de promotion de médias pluralistes et indépendants ; - sur la question de l'État de droit, qui « reste très préoccupante ». Le Parlement appelle à lutter contre la corruption et contre la criminalité organisée. Il rappelle aussi sa préoccupation concernant la discrimination, « un problème majeur à l'échelle du pays ».
Lors du débat la veille, le ministre danois des Affaires européennes Nicolai Wammen a dit que le Conseil, en décembre, a rappelé l'importance cruciale du dialogue entre la Serbie et le Kosovo dans plusieurs domaines (liberté de mouvement des personnes, douanes, cadastre, mise en œuvre d'une gestion intégrée pour les points de passages). « Cet appel a été certainement entendu à la fois à Belgrade et à Pristina. Des progrès ont été réalisés au cours des mois suivants, et les deux capitales ont fait montre de beaucoup de courage politique. Ces évolutions sont très positives, elles démontrent la puissance du processus d'élargissement pour promouvoir les réformes », a dit M. Wammen.
« Les Kosovars ont enfin la chance de pouvoir créer un État démocratique européen. Même s'il reste des difficultés, ils ont déjà fait beaucoup. C'est notre rôle de reconnaître (ces efforts) et d'aider les Kosovars », a dit Bernd Posselt (PPE, allemand). Il a demandé l'équité. La Serbie a le statut de pays candidat, tandis que le Kossovo n'est pas encore reconnu par cinq pays de l'UE, « cela doit changer ». Il a précisé qu'il y avait neuf accords entre Pristina et Belgrade, « mais les plus importants n'ont pas encore été signés et seulement deux ont été à moitié transposés. On veut voir non pas des promesses, mais des actes concrets avant les élections serbes ». Bernd Posselt a dit que le PE « ne veut pas de partition du Kosovo, de nouvelle question du statut, mais une évolution européenne d'une jeune démocratie ». Pier Antonio Panzeri (S&D, italien) a dit que « notre objectif est d'encourager les autorités du Kosovo à poursuivre sur la voie des réformes démocratiques », tout en admettant que beaucoup de problèmes se posent. Il a salué l'accord historique entre Pristina et Belgrade en matière de coopération régionale et le lancement de l'étude de faisabilité. « Il faut insister sur cette voie, cela permettra de pacifier et de rendre plus fructueux le dialogue entre la Serbie et le Kosovo et de surmonter les méfiances des pays de l'UE qui n'ont pas reconnu le Kosovo », a déclaré M. Panzeri. « Enfin les citoyens du Kosovo reçoivent de bonnes nouvelles de Bruxelles », a estimé Jelko Kacin (ADLE). Le Kosovo a besoin d'un dialogue urgent avec la communauté serbe du nord du Kosovo et avec les serbes de la rive sud de l'Ibar, a ajouté M. Kacin. « Il faut que le nord, dominé par les Serbes, puisse définir son avenir. Ce sera difficile tant que certains États membres ne modifieront pas leur position sur l'indépendance du Kosovo », a conclu M. Kacin. (LC avec CG)