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Bulletin Quotidien Europe N° 10585
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INSTITUTIONNEL / (ae) avenir de l'europe

Jacques Delors, le pacte budgétaire est « une usine à gaz »

Bruxelles, 29/03/2012 (Agence Europe) - L'ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors, était invité à débattre des solutions à la crise en Europe, mercredi 28 mars, lors d'une conférence organisée par le chef de file du groupe S&D au Parlement européen, Hannes Swoboda, et par l'eurodéputé Harlem Désir, initiateur de l'appel « Pour une alternative socialiste européenne » des sociaux-démocrates européens. Apportant un soutien sans réserve à l'appel des sociaux-démocrates, Jacques Delors a salué « l'offensive sociale démocrate pour une renaissance de l'Europe » et a affirmé être « venu soutenir ce qui sonne le début de la social-démocratie en Europe ». Et M. Swoboda d'embrayer: « Nous n'aimons pas le chemin de l'austérité aveugle sur lequel est engagée l'Union européenne (…) Pour nous, socialistes, la réponse à la crise ne peut pas être moins d'Europe, mais au contraire plus d'Europe ».

M. Delors a déclaré que le pacte budgétaire est « une usine à gaz », trop complexe à mettre en œuvre, dont il manque un volet essentiel, celui pour la jeunesse, le développement et la croissance et a estimé que ce traité « doit être revu ». « Nous sommes en train de perdre une solidarité existentielle face à une droite individualiste », s'est-il indigné.

L'ancien président de la Commission a constaté que « l'Union économique et monétaire (UEM) est prise dans un étau entre le feu qui couve encore sur les marchés financiers - principal argument de ceux qui veulent nous imposer le pacte budgétaire - et le risque d'une stagnation qui entraînerait l'Europe vers son déclin ». Par conséquent, « les problèmes de l'euro occultent les problèmes de l'Europe », a-t-il déclaré.

Si M. Delors admet que la crise actuelle est due en partie aux dérives du système financier mondial, il a souligné plusieurs dysfonctionnements au sein de l'UEM, le plus sérieux d'entre eux étant « l'absence de coordination entre les politiques économiques et les politiques monétaires ». « L'euro nous protégeait de nos propres bêtises et plus personne ne se préoccupait de la balance des paiements entre les pays » de l'UE, a réagi M. Delors quant à la crise profonde qui s'est installée principalement en Grèce, en Espagne ou au Portugal.

Contrairement à la proposition des sociaux-démocrates européens de renforcer le mandat de la BCE, M. Delors s'est opposé à ce que « la BCE devienne à tout moment un prêteur de dernier ressort », à l'instar des États-Unis, jugeant que « ce serait une facilité à court terme ». Certes, « la pompe à eau serait plus grande à court terme mais ce serait un grand risque pour l'Europe sur le long terme », a-t-il estimé.

Finalement, M. Delors a pointé le « chaînon manquant » de la gouvernance de l'UE: la coopération renforcée entre États. S'il considère que la diversification et la spécialisation de l'UE constituent sa force et son dynamisme, il a déploré l'échec des « politiques de cohésion » et le manque de « solidarité territoriale », véritables moteurs de croissance et d'emplois, selon lui. « Je suis partisan d'une coopération renforcée de l'Europe des 17 qui ne se ferait pas au détriment des 27 », a répété M. Delors à plusieurs reprises.

Convié à la table des discussions, Paul Magnette, le ministre belge des Entreprises publiques, a fait état des responsabilités des sociaux-démocrates dans cette crise de la dette souveraine. Tout d'abord parce que la voix des sociaux-démocrates, au pouvoir en Europe dans les années 1990, avait du mal à se faire entendre et ensuite « avec l'arrivée au pouvoir de la droite en Europe en 2004, nous sommes entrés dans une période d'abandon de l'Europe », a regretté M. Magnette. Il a également rappelé que si ce sont les autorités nationales qui doivent assumer les efforts de rigueur budgétaire, c'est à l'Europe d'organiser la relance. M. Magnette a appelé la gauche européenne « à politiser l'Europe afin de combattre les technocrates et les populistes qui se renforcent l'un l'autre (…) mais entre les deux, il y a la politique, il y a l'Europe, il y a la gauche ». (SD/stagiaire)

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