Bruxelles, 29/03/2012 (Agence Europe) - Les députés européens ont appelé, jeudi 29 mars, la Turquie à améliorer ses relations avec ses voisins. Dans la résolution de Ria Oomen-Ruijten (PPE, néerlandaise) sur le rapport 2011 sur les progrès accomplis par la Turquie qu'ils ont adoptée par 517 voix pour, 66 contre et 63 abstentions, ils insistent sur le fait que des relations « sereines » entre la Turquie et les États membres voisins sont un « facteur clé de la refonte des négociations et du dialogue ». Appuyant les négociations sur la réunification de Chypre, le Parlement déplore les menaces d'Ankara de geler ses relations avec la présidence chypriote au second semestre 2012 si le conflit n'est pas réglé. Le Parlement prend acte de l'intensification des relations entre la Turquie et Athènes pour améliorer leurs relations et demande à Ankara de normaliser ses relations avec l'Arménie et d'agir sur la question kurde. Les élus demandent aussi aux États membres et à la communauté internationale de soutenir Ankara dans ses efforts pour gérer la dimension humanitaire de la crise en Syrie.
Les députés insistent aussi sur l'interdépendance entre l'UE et ses États membres et la Turquie, d'un point de vue économique, migratoire, énergétique et en termes de politiques étrangère, de sécurité et de voisinage, estimant que cette interdépendance ne peut apporter des « résultats positifs » que si c'est « un engagement mutuel, avec un dialogue stratégique et une coopération efficace, des avancées dans les réformes et leur mise en œuvre et de bonnes relations entre Ankara et les États membres voisins ».
Ils appellent le gouvernement turc à mettre pleinement en œuvre le protocole additionnel à l'accord d'association « de manière intégrale et non discriminatoire », vis-à-vis de l'ensemble des États membres. Le Parlement souligne aussi que la Turquie est le seul pays candidat à ne pas bénéficier d'une libéralisation du régime de visas.
Ils expriment leur « soutien plein et entier » à la rédaction d'une nouvelle constitution civile et souhaitent que sa négociation se fasse sur la base « d'un consensus et d'un compromis constructif ». Le Parlement explique aussi que la réforme du système judiciaire doit déboucher sur un système « moderne, efficace, pleinement indépendant et impartial ».
Rappelant que la liberté d'expression et le pluralisme des médias sont au cœur des valeurs européennes et des sociétés démocratiques, le Parlement réitère ses inquiétudes sur les poursuites pénales contre des défenseurs des droits de l'Homme, des militants et des journalistes qui soulèvent des « questions d'intérêt public » et de la « grande marge » d'interprétation et d'application de la loi antiterrorisme. Le Parlement demande aussi « instamment » au gouvernement de veiller à ce que l'égalité soit garantie dans le droit turc et respectée, « sans distinction fondée sur le genre, l'identité de genre, la race ou l'origine ethnique, la religion ou les convictions, un handicap, l'âge ou l'orientation sexuelle ».
Un débat tendu sur Chypre
La veille, lors du débat, les députés se sont affrontés sur les problèmes de relations entre la Turquie et Chypre. « Si Ankara refuse d'avoir des contacts avec la présidence chypriote, c'est une insulte à tous », a précisé Takis Hadjigeorgiou (GUE/NGL, chypriote), alors que son collègue Barry Madlener (NI, néerlandais) a déclaré que « si la Turquie boycotte pendant la présidente chypriote, elle ne devrait jamais revenir à la table des négociations ». Pour Geoffrey Van Orden (ECR, britannique), le problème chypriote ne devrait pas faire partie des négociations d'adhésion. « Nous demandons un geste unilatéral (sur le problème chypriote) mais ne faisons rien en échange », a-t-il ajouté.
« Il n'y a rien de plus intellectuel ou stratégique que de voir la présidence chypriote (…) ouvrir les chapitres 23 et 24 (sur les droits fondamentaux, la justice, liberté et sécurité). J'insiste pour que la présidence chypriote soit sensibilisée à ces responsabilités », a souligné Andrew Duff (ADLE, britannique). Hélène Flautre (Verts/ALE, francaise) a elle aussi appelé à ce que « toutes les mesures soient prises pour ouvrir ces chapitres », mais aussi sur le régime des visas. Elle a demandé le changement de la loi antiterroriste et la résolution de la question kurde. Bastiaan Belder (EFD, néerlandais) a lui mis en avant les problèmes religieux. « Il faut certes demander l'ouverture de nouveaux chapitres mais insister sur la liberté d'expression, l'utilisation abusive de la loi anti terrorisme, la détention provisoire abusive des journalistes et activistes... », a ajouté Raimon Obiols (S&D, espagnol), mettant aussi l'accent sur l'agenda positif, tout comme le rapporteur Ria Oomen Ruijten. (CG)