Bruxelles, 01/03/2012 (Agence Europe) - En affirmant, à deux reprises, que le modèle social européen n'était pas mort, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a souhaité répondre, tant aux propos du président de la BCE Mario Draghi qui avait déclaré le contraire (EUROPE nº 10564), qu'aux inquiétudes de certains notamment des syndicats européens, quant à la viabilité d'un modèle qui serait mis à mal par le pacte budgétaire, dont la signature par 25 États membres est prévue vendredi. Un modèle qui nécessiterait toutefois quelques révisions, a ajouté de son côté le président de la Commission européenne José Manuel Barroso. Des ajustements nécessaires pour que l'UE se retrouve sur un marché mondial plus que jamais parsemé de compétiteurs. Ces déclarations ont été faites à la suite du Sommet social tripartite, qui s'est déroulé à quelques heures du début du Conseil européen, jeudi 1er mars, au moment même où les dernières données de l'Office européen des statistiques (Eurostat) étaient publiées et faisaient état d'un taux chômage record dans la zone euro. Avec un taux de 10,7% au mois de janvier (10,1% pour les Vingt-sept), c'est 185 000 personnes qui ont rejoint, en un mois, les quelque 16 millions de personnes déjà au chômage.
« La situation est dramatique », a déclaré M. Barroso, en se référant à ces résultats. C'est un taux jamais atteint depuis l'année 2000, a-t-il ajouté, en réaffirmant ensuite que c'est une preuve supplémentaire qu'il faut aujourd'hui appliquer une « consolidation budgétaire intelligente ». Marier création d'emplois, croissance, assainissement budgétaire et plus de compétitivité, c'est faire preuve justement d'une approche « intelligente » et qui sera au centre du débat durant le Conseil européen, ont expliqué ensemble M. Barroso et le Premier ministre du Danemark Mme Helle Thorning-Schmidt, qui était également présente lors du sommet avec les partenaires sociaux (CES, BusinessEurope, UEAPME et CEEP).
Et, plus que jamais, la croissance et l'emploi ont été au cœur des discussions ont déclaré côte à côte la secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES) Bernadette Ségol et M. Barroso, bien que pour la CES de fortes inquiétudes demeurent quant aux implications sociales des politiques d'austérité conduites jusque-là dans la majorité des États membres. Les discussions, en filigrane de la conférence de presse, autour de la survie ou non du modèle social européen n'ont toutefois pas apportées une définition suffisamment concise et claire de ce à quoi correspondrait ce modèle, qui serait propre à l'UE. Un de ses ingrédients, le seul à être cité par les intervenants, était celui du dialogue social. Pour M. Barroso, « le dialogue social demeure une composante clé du modèle social européen » et pour M. Van Rompuy, « aujourd'hui, plus que jamais, le dialogue social a un rôle important à jouer dans nos efforts communs pour revenir à la croissance et la création d'emploi ».
Pour ce dernier objectif, le président du Conseil a souligné le rôle important des Programmes nationaux pour l'emploi qui entrent dans le cadre des Programmes nationaux de réforme que les États membres doivent transmettre à la Commission d'ici le 13 avril, en y indiquant, comment ils vont atteindre certains objectifs chiffrés, y compris relatifs à la création d'emplois et à la réduction de la pauvreté. La situation particulière de quatre États (Grèce, Portugal, Irlande et Roumanie), qui ne doivent pas produire de tels rapports, n'a pas été évoquée (EUROPE nº 10561).
Si, durant la conférence de presse, aucune situation nationale particulière n'a été relevée, les mesures d'austérité et la manière dont celles-ci sont décidées et appliquées en Grèce ont été critiquées par Mme Ségol au cours des discussions du Sommet social, selon une source bien informée. Cette critique était particulièrement dirigée contre l'affaiblissement du cadre juridique des négociations collectives et le rôle décroissant des partenaires sociaux. M. Barroso a répondu qu'aucune autre voie n'était envisageable, car des réformes structurelles profondes étaient nécessaires.
Les partenaires sociaux ont par ailleurs présenté leur programme pour les années 2012-2014, en y indiquant comme première priorité l'emploi des jeunes. « Nous allons nous concentrer sur le lien entre éducation, les attentes des jeunes et les besoins sur le marché de l'emploi », indique le programme. Une analyse comparative commune des marchés européens de l'emploi sera menée prochainement, afin « de comprendre les raisons qui font que certaines politiques nationales ont permis de surmonter la crise mieux que les autres ». Parmi les autres priorités, le programme inclut les questions sur l'amélioration de l'égalité entre hommes et femmes sur le marché de l'emploi, sur la mobilité des travailleurs, sur les voies pour mieux mettre en place les outils permettant le dialogue social en entreprise, en y améliorant notamment le rôle des partenaires sociaux et sur la gouvernance économique et sociale au sein de l'UE. Durant le sommet, BusinessEurope a présenté un rapport sur les perspectives d'emploi des jeunes, alors que le CEEMET (organisation européenne représentant les intérêts des industries de la métallurgie, de l'ingénierie et de la technologie) a présenté une étude sur les schémas d'emploi flexible. (JK)