Bruxelles, 15/12/2011 (Agence Europe) - L'UE s'est fixée pour objectif de réduire de plus de 80% ses émissions polluantes d'ici à 2050, ce qui suppose qu'elle devra produire son énergie quasiment sans émettre de carbone. Comment y parvenir tout en préservant son approvisionnement énergétique et sa compétitivité ? C'est pour répondre à cette question que la Commission européenne a présenté, jeudi 15 décembre, une « Feuille de route pour l'énergie à l'horizon 2050 » qui analyse une série de scénarios et décrit leurs conséquences dans la perspective d'un système énergétique sans émission de carbone. Cette feuille de route ambitionne de permettre à toutes les parties intéressées d'effectuer les choix énergétiques qui s'imposent et de créer un climat stable pour l'investissement privé, en particulier jusqu'en 2030. Le commissaire à l'Énergie a fait valoir, devant la presse, que « la feuille de route se veut une base de discussion pour toutes les parties intéressées ». Et Günther Oettinger d'espérer que « le débat ne durera pas trop ». « Des décisions doivent être prises d'ici 2013, en 2014 au plus tard, pour assurer une sécurité de planification aux investisseurs », a-t-il expliqué.
L'analyse contenue dans la feuille de route repose sur des scénarios illustratifs combinant, selon diverses configurations, les quatre grands axes de la « décarbonisation » (efficacité énergétique, sources d'énergies renouvelables, nucléaire et captage et stockage du carbone). Aucune de ces combinaisons n'a de chances de devenir réalité comme telle, « mais tous les scénarios renferment clairement une série d'options 'sans regret' pour les années à venir », souligne la Commission dans un communiqué. En d'autres termes, un certain nombre d'éléments ont des retombées positives dans tous les cas de figure, ce qui permet de tracer certaines perspectives fondamentales.
Il apparaît ainsi que la décarbonisation du système énergétique est techniquement et économiquement réalisable. Tous les scénarios de décarbonisation permettent la réalisation de l'objectif de réduction des émissions et peuvent se révéler moins coûteux, à terme, que la poursuite des politiques actuelles. Au pire, a fait valoir M. Oettinger, « les coûts seront les mêmes si l'on fait quelque chose qui si l'on ne fait rien ». Par ailleurs, « investir maintenant a un sens », a poursuivi le commissaire, précisant que les décisions d'investissement pour la mise en place des infrastructures nécessaires d'ici à 2030 doivent être prises maintenant, car les infrastructures construites il y a 30 ou 40 ans doivent être remplacées. Agir immédiatement permettrait d'éviter des changements plus coûteux dans vingt ans. La Commission estime que l'évolution du secteur de l'énergie dans l'UE nécessite de toute façon une modernisation et des infrastructures beaucoup plus malléables, telles que des interconnexions transfrontalières, des réseaux d'électricité « intelligents », et des technologies modernes à faible intensité de carbone pour la production, le transport et le stockage de l'énergie.
Autre perspective fondamentale: l'efficacité énergétique et le recours aux renouvelables. Quel que soit le bouquet énergétique retenu, souligne la Commission, une meilleure efficacité énergétique et une augmentation importante de la part des énergies renouvelables sont nécessaires pour atteindre les objectifs en matière de CO2 d'ici à 2050. S'agissant de l'efficacité énergétique, M. Oettinger a indiqué qu'une proposition serait présentée. Concernant le recours aux énergies renouvelables, il a estimé que le débat sur « un objectif contraignant de par exemple 30 % de renouvelables dans le 'mix énergétique' pour 2030 serait passionnant », ajoutant qu'une décision sur cet objectif contraignant devrait « être prise dans les deux ans ».
Les scénarios montrent que l'électricité est appelée à jouer un rôle plus important qu'aujourd'hui. Le gaz, le pétrole, le charbon et le nucléaire figurent dans tous les scénarios, en proportions variables, car ils permettent aux États membres de conserver de la souplesse dans leur bouquet énergétique, à condition qu'un marché intérieur bien connecté soit réalisé à brève échéance.
Les investissements effectués dès aujourd'hui permettront de garantir les meilleurs prix à l'avenir, note la Commission. Elle reconnaît que les prix de l'électricité sont voués à augmenter jusqu'en 2030, mais estime qu'ils peuvent reculer ensuite grâce à une diminution du coût d'approvisionnement, à des politiques d'économie d'énergie et au progrès technologique. « Les coûts seront compensés par le volume élevé d'investissements durables effectués dans l'économie européenne, les emplois locaux qui en résulteront et la diminution de la dépendance à l'égard des importations », fait-elle valoir. Tous les scénarios mènent à la « décarbonisation » sans différences majeures quant aux coûts globaux ou aux implications pour la sécurité d'approvisionnement.
Enfin, la Commission se montre convaincue que, par rapport à la coexistence de régimes nationaux différents, une approche européenne se traduira par une baisse des coûts et une sécurité d'approvisionnement garantie. Elle passe par la réalisation d'un marché commun de l'énergie, dont l'achèvement est prévu pour 2014.
Le groupe des Verts au Parlement européen a jugé « décevantes » les propositions de la Commission et appelé à un objectif contraignant de 45 % de renouvelables dans le 'mix énergétique' de l'UE. Frauke Thies de Greenpeace, citée par l'AFP, a quant à elle déploré que la Commission soit tentée de surévaluer l'importance du charbon et du nucléaire pour satisfaire la Pologne et la France. (OL)