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Bulletin Quotidien Europe N° 10492
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Printemps arabe: répercussions en Afrique noire, problèmes financiers

Ambition panafricaine du tyran libyen. Les résultats des premières élections libres dans les trois pays du Printemps arabe ont suscité des interrogations et des perplexités dont cette rubrique a fait état la semaine dernière (bulletins n° 10487 et n° 10488), et ils ont suscité une avalanche de réactions souvent préoccupées ou perplexes. Avant d'essayer de dessiner une évaluation d'ensemble, j'estime utile d'indiquer quelques aspects supplémentaires, afin que le tableau factuel soit aussi complet que possible.

Le premier aspect concerne l'Afrique noire. Il est connu le colonel Kadhafi, obsédé par sa volonté de puissance et de vengeance, prétendait agir et s'exprimer au nom de l'Afrique entière ; dans ce but, il soutenait politiquement et financièrement les structures de l'Union Africaine et des organismes analogues. Il revient à présent aux pays concernés de définir l'avenir de ces structures, à Addis-Abeba ou ailleurs. Mais les évolutions en cours ont déjà des répercussions immédiates, parfois contradictoires.

Pour le Mali, « le printemps arabe est notre hiver ». À mon avis, M. Kadhafi s'est comporté à l'égard de l'Afrique noire d'une manière doublement ignoble: a) il a largement engagé des ressortissant d'Afrique noire pour sa milice personnelle, ne leur laissant en définitive d'autre choix que d'être considérés comme des mercenaires, obligés de se battre pour lui jusqu'à la mort ; b) il a transformé femmes et enfants noirs en otages de sa politique, en les obligeant à s'embarquer pour l'Italie dans des conditions rendues volontairement désastreuses, dans l'espoir qu'ils fassent naufrage, mettant en difficulté les autorités de Rome dont il voulait se venger. Tout ceci est du passé ; mais les répercussions subsistent. Un exemple: le président du Mali, Amadou Toumani Touré, a déclaré: « Le printemps arabe est notre hiver », en rappelant que la Libye est « un magasin d'armements et une poudrière » et que dans la zone saharo-sahélienne sont arrivées des « armées organisées avec véhicules blindés et artillerie lourde ». Il affirme que son pays est pris en otage par des réseaux qui pratiquent le rapt d'étrangers et le trafic d'armes, de munitions et de drogue.

J'ignore tout des intentions des organismes panafricains ou des autorités du Mali ; mais le problème « Afrique noire » existe. Il est d'ailleurs connu que l'OTAN et d'autres organisations se préoccupent des grandes quantités d'armes et munitions existant en Libye, sans savoir qui les détient et si elles fonctionnent.

Vigilance et clarté sur la question financière. L'aspect financier du soutien de l'UE au Printemps arabe est complexe et tordu ; il faut s'en tenir aux éléments essentiels. Les situations sont loin d'être uniformes: en fait, la Tunisie seulement a besoin d'un soutien européen rapide et significatif ; la Libye dispose et disposera amplement, dans ce domaine, de ce dont elle a besoin ; l'Égypte se situe entre les deux.

Le cas libyen est, pour cet aspect, le plus simple. Ce pays peut et pourra débloquer progressivement une très large partie des milliards de dollars, d'euros et d'autres devises que le colonel et sa famille ont déposés aux États-Unis, en Suisse et ailleurs ; en outre, bientôt le flux des exportations de gaz et de pétrole reprendra garantissant de nouvelles recettes très substantielles ; les clients se pressent à la porte. Dans quelques cas, le déblocage de ce qui est confié aux organismes bancaires pourra traîner quelque peu, l'un ou l'autre faisant valoir que telle ou telle opération a raté ; parfois, les autorités libyennes elles-mêmes ne se pressent pas trop car en attendant, les dépôts fructifient: plus on attend et plus ils gonflent. Le Parlement européen peut être tranquille ; le budget de l'UE a beaucoup plus de problèmes que celui de la Libye.

L'Égypte a quelques difficultés budgétaires, mais les richesses accumulées par la tyrannie précédente prouvent que la situation financière du pays n'était pas dramatique ; il faut simplement veiller à ce que les actifs hier volés par le tyran rejoignent maintenant les caisses publiques. Il résulte en outre que les dépenses militaires continuent à être largement couvertes par les États-Unis ; si les anciens arrangements Égypte/Israël sont respectés, les Américains confirmeront sans doute leur soutien à l'armée égyptienne.

La Tunisie a en revanche besoin du soutien communautaire, et elle l'aura sous des formes spécifiques. Mais une hypothétique évolution politique interne négative dans ce pays pourrait représenter un obstacle, car l'UE ne pourrait pas financer d'éventuelles entorses à la liberté et à la démocratie. J'ai cité la semaine dernière la remarque de Guy Verhofstadt soulignant que l'égalité hommes/femmes sera une condition nécessaire pour un appui européen sans réticences au prochain gouvernement tunisien.

Après ces considérations sur des aspects délicats, j'essayerai demain de tirer quelques conclusions.

(FR)

 

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