Bruxelles, 05/04/2011 (Agence Europe) - Les propos rassurants d'Herman Van Rompuy sur les résultats du Conseil européen des 24 et 25 mars n'ont que très partiellement convaincu les membres du Parlement européen, lors d'un débat mardi 5 avril à Strasbourg.
Des résultats importants ont été obtenus sur le plan économique, a affirmé M. Van Rompuy, le président du Conseil européen, en citant l'accord détaillé sur la dimension, l'étendue et le fonctionnement du futur mécanisme de stabilité, les six propositions législatives sur des mesures budgétaires et macroéconomiques (l'accord final étant attendu en juin), le démarrage du semestre européen, la proposition concernant des stress tests crédibles pour les banques et le Pacte euro +, ouvert aux pays qui ne sont pas membres de la zone euro. Le président du Conseil européen s'est félicité du fait que six pays hors zone euro (Danemark, Pologne, Lettonie, Lituanie, Bulgarie et Roumanie) souhaitent adhérer à ce Pacte. Les engagements de chaque pays en ce qui concerne la compétitivité, les finances publiques, les retraites seront examinés annuellement au plus haut niveau, a-t-il expliqué, en assurant que cela ne doit nullement signifier la mise en cause de l'État providence: au contraire, nous voulons « sauver cet aspect fondamental de l'Europe », a-t-il affirmé.
Sur la Libye, certains avaient des doutes (rien n'est facile quand il s'agit de guerre et paix, a dit M. Van Rompuy) mais il a été possible d'adopter une ligne de conduite claire pour une action. Un bain de sang a été évité, et l'objectif politique défini le 11 mars (le départ de Kadhafi, et une transition politique assurée par les Libyens eux-mêmes) reste inchangé. L'accident nucléaire au Japon a des conséquences pour le monde entier: l'Union exige des normes plus strictes de sécurité et encourage les pays voisins à effectuer également des stress tests, a dit M. Van Rompuy.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a salué les « décisions structurelles très positives » du Conseil européen dans le domaine économique, notamment en ce qui concerne le renforcement de la composante économique de l'Union économique et monétaire. Sur la stratégie UE 2020, la Commission souhaite des propositions ambitieuses, notamment en ce qui concerne la lutte contre l'exclusion sociale et l'amélioration de la compétitivité. Barroso a fait plaisir aux parlementaires européens en confirmant que la Commission est prête à envisager la possibilité d'une taxe sur les transactions financières. En évoquant la situation en Afrique du Nord, M. Barroso a fait état de contacts « constructifs » avec les autorités tunisiennes, notamment sur le problème des réfugiés. Quant au nucléaire, les tests devront se faire dans la plus grande transparence, et les résultats être rendus publics.
Le dernier Conseil européen a fait progresser nos pays dans la bonne direction, selon le président du PPE, Joseph Daul, qui soutient fermement le Pacte euro+, tout en insistant pour que sa mise en œuvre se fasse selon la méthode communautaire, sous l'autorité de la Commission. Quant au nucléaire, « il y aura un avant et un après Fukushima », selon M. Daul qui souhaite une période de réflexion au niveau européen.
« On a l'impression de revoir tout le temps le même film », a protesté le président du groupe S&D, Martin Schulz: on se met d'accord sur les mesures de stabilisation financière pour un pays et le lendemain une agence de classement de Londres ou de New York déclasse ce pays, en excitant la spéculation contre l'euro. La BCE prête à 1% de l'argent aux banques qui, elles, prêtent à 10% aux membres de la zone euro. M. Schulz plaide pour une taxe sur les transactions financières, et pour des investissements publics sans lesquels la stratégie 2020 est vouée à l'échec.
Même ton du côté de du groupe ADLE: ce n'est pas avec ces mesures ponctuelles qu'on va mettre fin à la crise, a lancé Guy Verhofstadt. Le président de la banque centrale néerlandaise a critiqué les conclusions du Conseil (mesures budgétaires pas suffisamment rigoureuses, paquet gouvernance insuffisant, Pace euro+ faible, supervision financière exercée trop au niveau national) et M. Verhofstadt est d'accord avec lui. Il a réclamé: - l'abolition de l'unanimité en ce qui concerne le fonctionnement de la facilité EFSF et du mécanisme permanent ESM, si on veut éviter qu'ils soient « pris en otage » par les eurosceptiques ; - un véritable « nettoyage » des banques européennes, qui doivent être recapitalisées par la mise en place d'un véritable marché européen des euro-obligations.
Que retiennent les citoyens, a questionné Daniel Cohn-Bendit au nom des verts. « Ils entendent compétitivité et comprennent ça va nous tomber sur le dos », on leur dit qu'il faut sauver les banques, ils comprennent « tout va bien pour les banques, mais pour nous ? ». L'absence de réponse à ce sentiment d'« inégalité, d'injustice et de précarité » alimente la vague anti-européenne, selon M. Cohn-Bendit, qui a plaidé pour des investissements productifs et des mesures sociales comme un salaire minimum. Sur la Libye et l'Afrique du Nord, il a exhorté les pays de l'Union à « faire un bilan des bêtises faites dans la politique de voisinage ». Sur le nucléaire, il est radical: dans ce domaine, le risque zéro n'existe pas, le seul risque zéro est la sortie du nucléaire.
Jan Zahradil (CRE, tchèque) a souligné que la plupart des membres du groupe CRE viennent de pays qui ne sont pas dans la zone euro. Ceci ne signifie pas que nous sommes contre l'euro, mais ce qui nous gêne c'est « l'ordre du jour caché » qu'on essaie de promouvoir, en profitant de la crise pour faire de nouveaux pas vers une union fiscale et une plus grande intégration à laquelle nous disons non.
Lothar Bisky (GUE/NGL, allemand) est tout aussi critique, mais pour d'autres raisons: il prône une gouvernance économique fondée sur des bases démocratiques, empêchant le dumping salarial et régulant les marchés financiers. Quant à l'Afrique du Nord et la Libye, l'UE y est coincée dans une situation macabre, puisque Kadhafi réprime les mouvements démocratiques avec des armes qu'elle lui a fournies. Il n'est pas étonnant que les citoyens soient perplexes en ce qui concerne le nucléaire, en l'absence d'une politique européenne cohérente dans ce domaine, a conclu M. Bisky.
Pervenche Berès (S&D, française) voit « une contradiction absolue » entre la stratégie 2020 et les mesures de gouvernance économique. Pour elle, « on passe d'un système de coordination à un système de surveillance », on sauve les banques (voir le cas irlandais) et on oublie les gens. Philippe Lambert (Verts/ALE, belge) a martelé: l'Europe n'arrivera jamais à gagner la bataille des bas salaires contre la Chine, et elle est bien partie pour perdre celle de la productivité dans le domaine de l'énergie. Il faut donc rectifier le tir et investir à bon escient. Et ne pas oublier, quand on prône la réduction des dépenses, que 40% des dépenses publiques concernent le secteur social: a-t-on réfléchi aux conséquences de ces coupes ?
« Vous vous trompez de cible en vous tournant contre la Commission », a protesté M. Barroso, en regrettant que des propositions qu'elle avait faites, comme celle en matière de communautarisation « complète » du mécanisme permanent de stabilité, aient été rejetées par une majorité des États membres. « Je vous ai senti plutôt pessimistes », a conclu M. Barroso. Le président du Conseil européen s'est également montré combatif dans sa réponse. « Suis-je l'idéaliste de service ? ». Sur la gouvernance, il a admis que le résultat est peut-être trop faible, et assuré que le Conseil travaillera avec le Parlement pour les améliorer. (L.G.)