Bruxelles, 05/04/2011 (Agence Europe) - C'est en homme d'affaires et en philanthrope couronné de succès que l'Américain Bill Gates, coprésident avec son épouse de la « Bill and Melinda Gates Foundation », créée en 1994 pour aider les pays en développement, est venu plaider l'utilité d'une augmentation des budgets d'aide au développement devant la commission du développement du Parlement, le 5 avril à Strasbourg.
En Europe (Strasbourg, Paris, Berlin) pour présenter la 'Living proof Initiative' qui a vocation à montrer aux décideurs comment l'aide au développement peut faire la différence pour des millions de vies humaines, la visite de M. Gates à l'Assemblée de Strasbourg a été saluée comme particulièrement opportune. Elle intervenait à l'heure du débat sur le financement futur des politiques de l'UE et de la lutte pour une augmentation des fonds dévolus à la politique de développement. Michèle Striffler (PPE française) qui présidait les travaux y a vu une occasion privilégiée d'examiner les contributions des bailleurs de fonds publics et privés ainsi que les atouts d'un partenariat entre eux.
«Je suis en tournée pour propager la bonne parole, pour dire que les budgets d'aide au développement ont déjà fait la différence. C'est grâce à la générosité des contribuables que l'aide profite aux pays en développement. La plus grand part vient d'Europe (56%: NDLR) », a déclaré Bill Gates. Sa fondation dotée d'un budget de 17 milliards de dollars, mobilise la plus grosse partie de ces fonds pour la santé dans les pays en développement « car j'ai constaté que la santé est le domaine où l'on peut faire la plus grande différence », a précisé M. Gates. Mais elle investit aussi dans l'emploi, l'éducation, l'agriculture « pour aider les agriculteurs pauvres à améliorer leur productivité », priorités qu'elle partage avec l'UE. Les parlementaires ont été sensibles à l'hommage rendu « au rôle majeur joué par l'UE dans le Fonds global de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme » et ont bien accueilli le plaidoyer du philanthrope en faveur d'investissements massifs dans « une technologie admirable: les vaccins » pour lutter contre la polio (« si l'on continue, le combat peut être gagné dans deux-trois ans », a souligné Bill Gates), le paludisme, la dysenterie, sans réserver certains vaccins aux enfants des seuls pays riches, sachant que « tout ce qui tue les enfants peu être prévenu par les vaccins ». Gay Mitchell (PPE, irlandais) a enfoncé le clou: « Il est vrai qu'en Afrique, davantage de personnes meurent de maladies non transmissibles que du sida »
Charles Goerens (ADLE, luxembourgeois) a rappelé que l'UE était en voie d'atteindre son objectif d'allouer 0,7% de son RNB à l'aide publique au développement à l'horizon 2015, et s'est demandé si, en comparaison, la piètre performance des États-Unis (0,2% du PNB) tenait à la générosité de Bill Gates. Ce dernier lui a répondu: « Les États-Unis ne sont pas un exemple pour le volume de leur aide, mais c'est le plus grand bailleur de fonds pour la recherche sur le paludisme. Les États-Unis dépensent un tiers de ce qu'ils devraient dépenser ». Et d'ajouter à regret: « On se bat aujourd'hui pour qu'on ne réduise pas cette aide alors qu'un engagement avait été pris, pendant la campagne électorale, de doubler ce chiffre ». La part de l'aide privée dans l'aide internationale représente moins de 2%. « On peut augmenter cette part, notamment pour financer la recherche, pour essayer des choses nouvelles. Mais pour aider la santé, l'agriculture dans les pays en développement, l'aide qui domine est celle des gouvernements », a rappelé M. Gates.
La Fondation Bill Gates et la Commission en partenariat renforcé
José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a assuré, après s'être entretenu avec Bill Gates, que la Commission participera à l'initiative Living proof « pour que les citoyens de l'UE puissent voir l'effet de ce qu'ils font pour le développement ». L'UE est le premier donateur d'APD avec 50 milliards d'euros par an, mais la qualité importe autant que la quantité d'aide. « C'est pourquoi nous travaillons avec le secteur privé », a-t-il ajouté. La Fondation Bill Gates et la Commission vont notamment coopérer à l'établissement de corridors agricoles dans les pays en développement permettant d'assurer l'acheminement des produits vers les marchés, a assuré le président. (A.N.)