En résumant hier trois éléments spécifiques des relations entre l'UE et la Chine, cette rubrique a laissé de côté d'autres aspects de caractère général tout aussi significatifs, dont notamment:
Liberté et droits de l'homme: évolution encourageante ? Les personnalités et les organismes européens qui sont actifs et vigilants dans ce domaine interviennent régulièrement pour condamner avec vigueur les abus et les irrégularités dont, à leur avis, la Chine se rend coupable, en réclamant parfois des sanctions et des mesures qui, en définitive, ne sont jamais vraiment appliquées. On constate heureusement la diminution sensible du nombre de cas où les réactions sont justifiées (mais encore récemment les restrictions au détriment d'un prix Nobel chinois ont eu un écho considérable). Un certain nombre de situations qui provoquaient autrefois les critiques les plus vives et les plus justifiées, comme notamment la situation au Tibet, ont connu, d'une manière plus ou moins satisfaisante, des arrangements politiques, parfois en partie contestés c'est vrai.
Il faut reconnaître qu'en fait, les entorses chinoises à la liberté individuelle et aux droits de l'homme, avec les protestations et autres démarches qu'elles suscitaient, n'avaient jamais empêché les États-Unis et l'UE elle-même de maintenir et de développer la coopération commerciale et économique avec la Chine. Mais la pression des démarches et des protestations a peut-être contribué à l'évolution générale du comportement des autorités chinoises, dont un exemple éclatant a été l'exposition internationale de Shanghai, laquelle s'est déroulée dans un climat de liberté et a permis au monde entier de découvrir une ville accueillante et dynamique, en même temps très moderne et respectueuse de ses lieux et aspects historiques.
Autres évolutions chinoises. Les remarques qui pourraient être développées sont innombrables, au-delà des trois exemples symboliques évoqués dans cette rubrique d'hier et des évolutions des relations bilatérales passées en revue dans la session des 20/21 décembre derniers du dialogue commercial UE/Chine (dont a rendu compte notre bulletin n° 10282). On peut ajouter les constatations suivantes:
- l'excédent commercial de la Chine diminue depuis deux ou trois ans ; ces derniers mois, la balance serait même devenue négative. En même temps, la Chine diversifie ses exportations, en développant celles de spécialités alimentaires, cosmétiques, produits pharmaceutiques, et ses clients se sont beaucoup diversifiés ;
- il ne faut pas attribuer l'intérêt chinois pour l'euro (achat de bons du trésor de pays en difficulté de la zone euro) au jaillissement soudain d'un sentiment pro-européen, mais à l'intention de réduire l'excès de dollars accumulés qui, s'ils sont placés sur le marché, perdent de leur valeur (les États-Unis, on le sait, ne défendent pas la valeur de leur monnaie, c'est le marché qui la détermine, conformément au principe « le dollar est notre monnaie mais votre problème ». La Chine entend diversifier ses réserves monétaires ;
- les commissaires européens Michel Barnier et Antonio Tajani ont exprimé leur préoccupation face au fait que la Chine, en achetant des entreprises européennes d'avant-garde, réclame aussi le transfert de la technologie dont celles-ci disposent. C'est un comportement licite, mais il faudrait au moins en connaître et en évaluer l'ampleur, estiment MM. Barnier et Tajani, et envisager un monitorage sur le modèle des États-Unis ;
- les Chinois sont conscients du fait que les grandes firmes européennes qui ont transféré en Chine une partie de leur production pourraient la déplacer ailleurs, par exemple au Vietnam, pour des raisons qui ne seraient pas liées exclusivement aux coûts de production. C'est l'une des raisons qui amènent les autorités chinoises à rechercher avec l'Europe la coopération davantage que l'affrontement.
Un exemple de problème mondial. Certains aspects du comportement chinois auront une influence sur l'avenir du monde ; l'UE ne peut certes pas les négliger. Un exemple: les intentions de la Chine à propos de sa frontière avec la Sibérie. Une frontière de plusieurs milliers de km, avec d'un côté les forêts les plus antiques et étendues du monde et 6 millions de citoyens russes qui y habitent, de l'autre côté 150 millions de Chinois d'un dynamisme débordant, qui abattent les arbres par milliers chaque jour de manière plus ou moins correcte (achats, corruptions, abattages clandestins, etc.) et avec le bois fabriquent des marchandises diffusées ensuite dans le monde entier. Les Chinois ne peuvent pas oublier, plus ou moins consciemment, qu'autrefois ce territoire leur appartenait en bonne partie et qu'il n'avait été cédé à la Russie tsariste qu'en 1858. Du côté russe, on affirme que la forêt sibérienne est ainsi lentement en train de disparaître ; le monde sera ainsi moins vivable. C'est un problème chinois ou international ? Et qu'est-ce qu'on répond à Pékin ?
(F.R.)