Bruxelles, 08/03/2011 (Agence Europe) - Partie dimanche soir pour la Libye avec un mandat technique - celui d'évaluer les besoins humanitaires éventuels à Tripoli -, la mission de haut niveau dépêchée dimanche 6 mars dans la capitale libyenne par la Haute représentante de l'UE, Catherine Ashton (EUROPE n° 10330), est rentrée lundi 7 mars au soir à Bruxelles, avec un message plutôt politique: Ahmed Garrod, directeur général des relations européennes au ministère irakien des Affaires étrangères, est demandeur d'une mission d'enquête indépendante des Nations unies ou de l'UE dans les meilleurs délais. Et les ambassadeurs des États membres en poste à Tripoli soutiennent cette idée. Prendre les autorités irakiennes au mot permettrait, selon eux, « de voir si cette mission peut être indépendante ou pas, si elle pourra vraiment se rendre où elle veut, si les autorités irakiennes sont sincères ou non, et de dresser un bilan de la situation », ont expliqué mardi à la presse des sources européennes. M. Garrod a assuré que toute la logistique et l'assistance seraient fournies à cette mission. Il a également affirmé que « tous les ambassadeurs ayant quitté Tripoli pourraient y revenir et bénéficieraient d'une protection », et que « les autorités sont prêtes à favoriser l'évacuation en toute sécurité de toute personne étrangère et qu'aucun problème ne serait créé aux citoyens étrangers, européens ou pas », ont précisé ces sources.
La mission, conduite par Agostino Miozzo, directeur chargé de la Réponse aux crises et de la coordination opérationnelle au sein du service européen pour l'action extérieure (SEAE), a pu se rendre à Tripoli par un vol affrété par le gouvernement italien. Outre le représentant du gouvernement irakien, elle a rencontré cinq diplomates et trois chargés d'affaires des ambassades de huit États membres (Bulgarie, Chypre, Grèce, Hongrie, Italie, Malte, Pays-Bas, Roumanie) encore ouvertes à Tripoli, et des représentants d'organisations humanitaires.
S'agissant de la situation humanitaire, « il n'y a pas, pour l'heure de besoins particuliers à Tripoli ». Les hauts fonctionnaires européens reconnaissent toutefois que la mission d'évaluation chargée de faire rapport à Mme Ashton en vue du Conseil européen extraordinaire du 11 mars n'avait pu avoir qu'une vision très parcellaire de la situation. Et pour cause: leur aperçu s'est limité au trajet entre l'aéroport de Tripoli et le centre ville où se trouvent le ministère irakien des Affaires étrangères et l'ambassade d'Italie. La mission a pu voir « les premiers signes de la crise à l'aéroport où 2000 à 3000 personnes (originaires d'Afrique, du Bangladesh, du Pakistan, d'Extrême-Orient) attendaient depuis plusieurs jours un avion pour rentrer chez eux. En ville, dans les parties parcourues, la situation était plutôt calme. Il n'y avait pas de magasins ouverts, mais des piétons et des enfants qui jouaient. C'était néanmoins comme le calme avant la tempête ».
Jusqu'à lundi, les estimations faisaient état de 1300 ressortissants européens toujours présents, dont 200 environ demandent à quitter le territoire, ce qui devrait être fait dans les jours à venir.
Tous les ambassadeurs européens sont préoccupés par la situation des droits de l'homme. « Ils savent, via les médias et les témoignages, qu'il y a eu des victimes civiles des bombardements, mais n'ont pas une idée claire des responsabilités. Une enquête indépendante et immédiate permettrait d'y voir plus clair », expliquent les hauts fonctionnaires européens. (A.N)