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Bulletin Quotidien Europe N° 10331
INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) pe/Économie

Gouvernance économique, le contenu divise, la méthode unit

Bruxelles, 08/03/2011 (Agence Europe) - Le clivage gauche-droite est réapparu dans l'hémicycle clairsemé du Parlement européen, mardi 8 mars, sur le contenu du 'Pacte pour la compétitivité' que le Sommet de l'Eurozone devrait sceller vendredi 11 mars. Tous les eurodéputés soulignent l'importance de la méthode communautaire pour obtenir des résultats tangibles en matière de convergence des politiques économiques.

Pour le groupe PPE, le sommet de vendredi est une chance à ne pas laisser passer. Devant tirer les leçons de la crise financière, les pays de la zone euro ne doivent plus considérer comme « un tabou » une coopération plus étroite dans les domaines fiscaux et sociaux, a déclaré son président le Français Joseph Daul. « La solidarité fonctionne si les règles fiscales et sociales sont comparables, pas identiques, mais comparables », a-t-il ajouté. Et en contrepartie d'une solidarité accrue, l'Eurozone doit renforcer ses règles budgétaires. En quoi l'endettement d'un pays devrait-il être considéré plus soutenable que celui d'une entreprise ?, s'est interrogé le chef de file du PPE. Et de prôner la création d'un Mécanisme européen de stabilité après mi-2013 afin de garantir la stabilité de la zone euro et protéger l'économie sociale de marché.

Finalement, les États membres acceptent l'idée d'union économique, c'est déjà « un pas en avant », a déclaré le Belge Guy Verhofstadt, au nom des libéraux. L'ancien Premier ministre belge a appelé de ses vœux « un système global de gouvernance économique », plus étoffé que les projets de 'Pacte pour la compétitivité', qui comporte des mesures sur « les régimes de retraites, les marchés du travail, les politiques salariales et la fiscalité ». Il exhorté la Commission européenne à exercer son droit d'initiative pour proposer ce qu'il nomme « un Acte communautaire pour la gouvernance économique » (EUROPE n°10329). Cette proposition devrait aussi s'accompagner d'« un mécanisme de crise pour les banques ».

À gauche, on dénonce l'excès de mesures d'austérité dans le futur 'Pacte pour la compétitivité' au détriment des mesures de relance économique et de protection sociale. Le président du groupe S&D, l'Allemand Martin Schulz, a souhaité un rééquilibrage en faveur de « mesures sociales ». Il a douté fortement du « sérieux » de la dégradation, lundi, de la notation attribuée à la Grèce par l'agence de rating Moody's (EUROPE n°10330). Une notation désormais classée dans la catégorie des valeurs spéculatives et qui arrive désormais après celle de pays comme l'Égypte et le Bélarus. « Tout axer sur les mesures d'austérité ne fonctionne pas », a renchéri la co-présidente du groupe Verts/ALE, l'Allemande Rebecca Harms, en prenant aussi l'exemple de la Grèce. Elle a critiqué le refus allemand d'autoriser l'actuel fonds européen de sauvetage, la Facilité EFSF, à racheter des titres de dette souveraine de pays lourdement endettés. Au nom du groupe GUE/NGL, l'Allemand Lothar Bisky a dit son « scepticisme » vis-à-vis du 'Pacte pour la compétitivité'. Selon lui, une telle démarche pourrait comporter des « attentions cachées »: la remise en cause de l'indexation des salaires sur l'inflation conduirait à une réduction du niveau des retraites.

Méthode communautaire. L'ensemble des groupes politiques du PE demande que les institutions européennes jouent un rôle important en matière de convergence des politiques économiques. Se défendant de tout « fétichisme institutionnel », le président de la Commission européenne, José Manuel Durão Barroso, a assuré se battre sans relâche auprès des États membres pour une reconnaissance de la méthode communautaire. « L'intergouvernementalisme n'a jamais fonctionné dans l'Union européenne ! », a martelé M. Verhofstadt. Sylvie Goulard (ADLE, française) a fustigé « le Conseil européen qui nie la séparation des pouvoirs entre ceux qui décident et ceux qui contrôlent ».

Nonobstant les « interrogations légitimes » vis-à-vis de la création d'une Europe à deux vitesses, d'une absence de mesures stimulant la reprise économique et de la remise en cause de la méthode communautaire, M. Barroso a salué la volonté des pays de la zone euro de faire converger certains domaines relevant de la compétence nationale pour gagner en compétitivité. Il a formulé plusieurs exigences: le 'Pacte pour la compétitivité' doit s'inscrire dans le système gouvernance économique européen, constituer une valeur ajoutée par rapport aux mesures déjà sur la table, être ouvert aux pays non membres de l'Eurozone, respecter les règles de dialogue social et le marché unique, la Commission doit en contrôler les résultats. M. Barroso a de nouveau plaidé pour un renforcement des capacités et des compétences de la Facilité EFSF.

Portugal. Que gagnerait le Portugal en faisant appel au fonds européen stabilité ?, a questionné Miguel Portas (GUE/NGL, portugais). M. Barroso a reconnu qu'un pays avait intérêt à éviter à demander une aide financière internationale en raison des « coûts », économiques mais aussi politiques, qu'une telle requête implique. D'avis que l'intérêt du Portugal est d'avoir une Europe forte, la socialiste portugaise Elisa Ferreira a prôné un fonds européen de stabilité « solide » et accessible par le biais de taux « crédibles ». L'eurosceptique britannique Nigel Farage a quant à lui critiqué l'action de la Banque centrale européenne qui aurait, selon lui, racheté 95% des émissions de titres de dette portugaise. (M.B.)

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