Strasbourg, 08/03/2011 (Agence Europe) - À la veille du Conseil européen extraordinaire du 11 mars, la crise libyenne cristallisait toutes les attentions au Parlement européen, en début de session plénière à Strasbourg mardi 8 mars. Par l'intermédiaire des libéraux, deux représentants du Conseil national de transition constitué par l'opposition en Libye devaient rencontrer la commissaire à l'Aide humanitaire Kristalina Georgieva mardi, puis la Haute représentante Catherine Ahston mercredi. Dans le même temps, les députés européens tentaient de trouver un terrain d'entente sur les mesures à prendre pour la Libye et sur un projet de résolution à adopter jeudi.
Deux représentants du Conseil national de transition constitué par l'opposition libyenne à Benghazi, l'ex-ministre du Plan de développement national Mahmoud Jebril et l'ancien ambassadeur de Libye en Égypte Ali Al-Esawi, se sont rendus à Strasbourg mardi, à l'invitation du président du groupe ADLE au Parlement européen, l'ex-Premier ministre belge Guy Verhofstadt, pour informer les instances communautaires de l'évolution de la situation en Libye. MM. Jebril et Al-Esawi devaient rencontrer mardi la commissaire Georgieva, avant de s'entretenir avec Mme Ahston mercredi. La Haute représentante est en effet attendue à Strasbourg pour un débat sur la Libye avant le sommet européen de vendredi. Les deux représentants de l'opposition libyenne devraient aussi s'entretenir mercredi avec le chef de la diplomatie française, Alain Juppé.
Alors que les députés européens doivent débattre mercredi des mesures que l'UE devrait mettre en œuvre pour aider l'opposition libyenne, et fixer leur position dans une résolution à adopter jeudi, les chefs de groupes politiques se sont montrés divisés mardi. Si les leaders verts et les libéraux, le Français Daniel Cohn-Bendit et le Belge Guy Verhofstadt ont plaidé mardi pour l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne pour empêcher les forces armées du chef de l'État libyen Mouammar Kadhafi de bombarder l'opposition, le président des sociaux-démocrates, l'Allemand Martin Schulz, s'est lui montré plus prudent, précisant qu'un mandat de l'ONU et une participation de la Ligue arabe sont des conditions sine qua non pour instaurer une zone d'exclusion aérienne.
« Notre groupe va demander que la Haute représentante prenne l'initiative de demander une zone d'exclusion aérienne », a assuré M. Cohn-Bendit devant la presse, ironisant: « Si Kadhafi gagne, ce sera le business as usual, on refera des affaires avec lui ». « Il faut soutenir les révoltés, prendre des contacts avec les autorités de transition à Benghazi, dont les porte-parole demandent l'exclusion aérienne. J'attends du Conseil européen qu'il définisse que l'objectif de l'UE est que Kadhafi ne gagne pas. Il faut savoir ce que nous voulons. Les Libyens veulent se débarrasser de Kadhafi, nous devons trouver les moyens pour soutenir ceux qui se battent contre lui et empêcher une guerre civile », a ajouté le député français. « La zone d'exclusion aérienne aurait dû être décidée depuis longtemps. Cela irait dans le bon sens », a renchéri Guy Verhofstadt.
« Il faut trouver la voie médiane entre le sentiment que nous avons de vouloir aider immédiatement et l'intervention militaire. Toute intervention sans vote de l'ONU n'est pas possible, on veut aussi avoir l'avis de la Ligue arabe », a quant à lui estimé Martin Schulz, appelant par ailleurs à ne pas laisser Malte, Chypre et l'Italie « résoudre seuls le problème des réfugiés ». « Si les Vingt-sept partagent la charge, ce sera plus facile pour ces pays de trouver des solutions », a-t-il insisté.
Le président des conservateurs, le Français Joseph Daul, a pour sa part promis d'œuvrer pour une « coordination totale » entre les gouvernements issus du groupe PPE, la Haute représentante et les commissaires concernés par la crise libyenne. Peu après, son collègue italien Mario Mauro a fait part à la presse de la volonté de la délégation italienne conservatrice de « concilier l'urgence politique et l'urgence humanitaire », alors que, a-t-il fait valoir, certaines délégations veulent établir une distinction entre ces deux nécessités. (E.H.)