Bruxelles, 28/02/2011 (Agence Europe) - Catherine Ashton a « pris acte » sans tarder de la décision du Premier ministre tunisien Mohammed Ghannouchi de démissionner, dimanche soir, et a tenu, deux heures à peine après, à le « féliciter (pour) son sens des responsabilités » en ce qu'il a jeté l'éponge « de manière à éviter de nouvelles violences ». Il devrait être remplacé par un ancien ministre de l'époque Bourguiba, Beji Caïd Essebsi, qui est déjà contesté par la puissante union générale syndicaliste. Depuis quelques jours, une contestation de plus en plus forte a poussé dans la rue des dizaines de milliers de citoyens déroutés par des décisions politiques et institutionnelles mal perçues essentiellement parce que non expliquées à l'opinion. Les Tunisiens se sont vite convaincus que le gouvernement intérimaire dirigée par M. Ghannouchi était plus préoccupé de sauver un système politique, juste débarrassé de ses chefs les plus visibles mais encore vivement rejeté par les citoyens, que de s'attaquer aux problèmes les plus urgents. L'ambiance est fortement troublée: 5 morts ont été enregistrés ce week-end. Certains, dont M. Ghannouchi lui-même, dans des déclarations suivant sa démission, estiment que la situation a été exacerbée par des manœuvres occultes et laissent entendre clairement qu'elles sont de la responsabilité des tenants du système ancien dont les fidèles sont encore très présents dans le pays: un schéma à la Roumaine, résume un media local.
« Le gouvernement de transition doit assurer une transition rapide et en douceur. L'objectif est une transformation durable qui fournit la démocratie profonde et le plein respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'avenir est fermement entre les mains du peuple tunisien », a affirmé Mme Ashton pour qui la démission de M. Ghannouchi « permettra d'éviter toute nouvelle tension et permettra à la phase de transition actuelle de procéder d'une manière pacifique et stable ». « Je tiens à saluer, dans ce contexte, l'annonce par les autorités tunisiennes que les élections auront lieu avant la mi-juillet ». Cette annonce a été faite vendredi sans que soit précisé à Tunis s'il s'agira de présidentielles ou de législatives et, en réalité, les citoyens revendiquent de plus en plus fortement, appuyés par des juristes, la constitution d'un comité national de sauvegarde de la révolution et d'abord l'élection d'une assemble constituante, car un nouveau président aura parmi ses moyens institutionnels une constitution qui a bien servi Ben Ali dans sa mainmise sur le pays. « Il est important qu'un gouvernement démocratiquement élu se dégage de ces élections pour relever les défis politiques, économiques et sociaux rencontrés par le pays », estime Mme Ashton.
L'ambassadeur de l'UE à Tunis, Adrianus Koetsenruijter, interviewé par la presse locale, a précisé qu'en l'état, « il est difficile de négocier avec un gouvernement de transition. Un accord politique comme celui sur le statut avancé ne peut être conclu qu'avec un gouvernement légitime, élu démocratiquement ». Il annonce cependant que des consultations vont s'ouvrir ». « Pour ce qui est des négociations, j'ai proposé de faire une autre consultation en Tunisie avec la société civile, pas seulement les défenseurs des droits de l'homme, mais aussi avec les opérateurs économiques, les agriculteurs et les personnes qui représentent les familles en détresse en Tunisie. Nous allons mener des consultations sur le statut avancé dans plusieurs régions, pour connaître leurs attentes, en commençant par Sidi Bouzid », l'épicentre de la révolution qui secoue actuellement tout le monde arabe. (F.B.)