Bruxelles, 28/02/2011 (Agence Europe) - Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a reporté sa visite prévue ce mardi 1er mars à Bruxelles où il devait notamment avoir un échange de vues avec le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, sur les possibilités de relancer les négociations d'adhésion de son pays. M. Erdogan assistera en effet ce mardi aux obsèques de Necmettin Erbakan, ancien Premier ministre et fondateur de l'islamisme moderne en Turquie qui est décédé le 27 février à l'âge de 85 ans. À la Commission, on dit espérer que la rencontre avec M. Erdogan sera reprogrammée dans le courant de la semaine. Du côté turc, on estime que la visite pourra avoir lieu dans les semaines à venir.
Le principal sujet de discussion avec M. Barroso devait être les négociations d'adhésion qui sont quasiment à l'arrêt depuis de longs mois. Après cinq ans, la Turquie n'a ouvert que 13 des 35 chapitres à négocier, dont un seul est provisoirement clos. Sous présidence belge au second semestre 2010, aucun nouveau chapitre n'a pu être ouvert. Les perspectives pour le premier semestre 2011 ne sont pas meilleures: la présidence hongroise de l'UE « n'est en ce moment pas en mesure de prévoir la tenue d'une conférence d'adhésion avec la Turquie » d'ici fin juin, nous confirment des sources bien informées. Pour des raisons politiques - suspension de huit chapitres en raison de la non-application du protocole d'Ankara par la Turquie, plusieurs chapitres bloqués par Chypre et la France -, seuls trois dossiers sont en ce moment négociables: concurrence, marchés publics, politique sociale et de l'emploi. Les travaux techniques se focalisent en ce moment sur la 'concurrence' (une réunion d'experts a eu lieu la semaine dernière à Ankara) mais la Turquie est toujours loin de remplir les critères d'ouverture (opening benchmarks) de ce domaine particulièrement complexe.
À ces difficultés techniques s'ajoute un climat politique plutôt tendu, notamment dans les relations d'Ankara avec Paris et Berlin - les deux principaux protagonistes d'un « partenariat privilégié » avec la Turquie plutôt que d'une adhésion pure et simple. M. Erdogan était dimanche et lundi (27/28 février) en Allemagne où il a critiqué des tendances « xénophobes » dans la société allemande et reproché au gouvernement d'Angela Merkel (qu'il a rencontrée lundi à Berlin) de discriminer les nombreux Turcs vivant en Allemagne. Il a aussi appelé Berlin à redevenir le « moteur » des négociations d'adhésion de la Turquie « comme c'était le cas avec d'autres gouvernements du CDU (démocrates-chrétiens) dans le passé », notamment sous l'ancien chancelier Helmut Kohl. La manière dont se déroulent les négociations d'adhésion donne l'impression qu'il y a des « discriminations » à l'égard de la Turquie, a dit M. Erdogan. En visite à Ankara vendredi 25 février pour préparer le sommet du G20, le président français Nicolas Sarkozy a réitéré son opposition à l'adhésion de la Turquie à l'UE. « Entre le tout adhésion et l'association (...) il y a un chemin d'équilibre qu'on peut trouver (...) qui ne conduise ni à la déstabilisation de l'Europe ni à l'humiliation » de la Turquie, a-t-il affirmé. Dans une atmosphère plutôt glaciale, M. Erdogan a rétorqué que l'attitude de la France concernant la Turquie est « totalement erronée ». «Si les choses continuent comme ça, alors prenez une décision et annoncez: 'nous ne voulons pas de la Turquie' dans l'Europe», a-t-il ajouté à l'adresse du président français. (H.B.)