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Bulletin Quotidien Europe N° 10325
Sommaire Publication complète Par article 36 / 37
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 904

*** EDGAR MORIN: La Voie. Pour l'avenir de l'humanité. Librairie Arthème Fayard (13 rue de Montparnasse, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 45498200 - Internet: http://www.editions-fayard.fr ). 2011, 308 p., 19 €. ISBN 978-2-213-65560-4.

Depuis les années 90, Edgar Morin est chaque année plus pénétré par la conviction que « le vaisseau spatial Terre, propulsé par quatre moteurs incontrôlés - science, technique, économie, profit - est emporté vers de très probables catastrophes en chaîne - le probable ne signifiant pas l'inéluctable et n'excluant pas la possibilité d'un changement de cap ». D'où ce livre hors du commun dans lequel ce sociologue et philosophe bientôt nonagénaire s'emploie à discerner une myriade de voies réformatrices capables de nourrir la Voie qui serait encore susceptible de sauver l'humanité des désastres la menaçant. « Il ne suffit plus de dénoncer. Il nous faut désormais énoncer », explique l'auteur dans le chapitre introductif. Il s'y risque dans les quatre parties de l'ouvrage, défrichant des voies alternatives en penseur transdisciplinaire et indiscipliné qu'il est, au risque de se faire taxer d'arrogance ou de rêverie intellectuelles. Toutefois, nulle arrogance ni rêverie dans son propos, seulement l'angoisse d'un sage « branché sur le patrimoine planétaire, animé par la religion de ce qui relie, le rejet de ce qui rejette », dont le dernier espoir est aujourd'hui, se mariant à un zeste d'utopie militante que, « même si le Titanic fait naufrage, peut-être une bouteille jetée à la mer parviendra-t-elle sur le rivage d'un monde où tout serait à recommencer… »

Dans son chapitre introductif, le père de la « pensée complexe » commence par planter le décor, celui d'une globalisation née après l'effondrement des économies dites socialistes (la mondialisation avait, elle, commencé dès le XVe siècle) et qui a produit « l'infra-texture d'une société-monde », mais sans se donner les moyens de contrôler son économie ni parvenir à faire prendre « conscience d'une communauté de destin indispensable pour que cette société devienne Terre-Patrie ». Du coup, la globalisation a développé une crise aux multiples visages. Une crise « de l'unification techno-économique du globe » d'abord, dans la mesure où il y a « coïncidence entre la prolifération d'États souverains, l'accroissement de leur interdépendance et leur refermeture ethno-religieuse », ce qui s'explique notamment par « l'effondrement généralisé de l'espoir mis dans le Progrès », ce « grand mythe providentiel de l'Occident ». Il y a ensuite des « poly-crises », à savoir la crise de l'économie mondiale, la crise écologique, la crise de la civilisation occidentale (« Les effets égoïstes de l'individualisme détruisent les anciennes solidarités. Un mal-être psychique et moral s'installe au cœur du bien-être matériel », diagnostique Morin), la crise démographique, la crise urbaine (avec des mégapoles « où d'énormes ghettos pauvres s'accroissent tandis que les ghettos riches s'emmurent »), la crise des campagnes (avec une désertification notamment provoquée par « l'extension des monocultures industrialisées, livrées aux pesticides (…) ainsi que par la dimension concentrationnaire de l'élevage industrialisé, producteur de nourritures dégradées par les hormones et les antibiotiques »), la crise du politique qui se trouve « aggravée par l'incapacité à penser et à affronter la nouveauté, l'ampleur et la complexité des problèmes »… Et puis, il y a surtout et avant tout la crise du « développement techno-économique », cette locomotive « censée entraîner les wagons du bien-être, de l'harmonie sociale, de la démocratie » - au fait, qu'en pensent les travailleurs et démocrates chinois ? Sa tare principale est d'avoir pour moteur infaillible la croissance, Edgar Morin citant à ce propos l'économiste Kenneth Boulding pour qui « quiconque croit qu'une croissance exponentielle peut durer toujours dans un monde fini est ou un fou, ou un économiste ». N'étant ni l'un ni l'autre, l'auteur prône le remplacement de « l'idée fixe de croissance (…) par un complexe comportant croissances diverses, décroissances diverses, stabilisations diverses » et invite à corriger les dégâts causés par « le déchaînement d'un capitalisme planétaire sans freins » qu'a permis « la globalisation néolibérale (privatisation des services publics et des entreprises d'État, recul des activités publiques au profit des activités privées, primauté des investissements spéculatifs internationaux, déréglementations généralisées) ». Il invite aussi à s'attaquer à l'éducation formatée par ce type de « développement », lorsque « l'éducation hyperspécialisée remplace les anciennes ignorances par un nouvel aveuglement », au développement « qui ne connaît que le calcul comme instrument de connaissance » avec ses « statistiques prétendant tout mesurer » alors qu'elles oublient les activités non monétarisées, les services mutuels, l'usage de biens communs, « mais aussi et surtout tout ce qui ne peut être calculé ni mesuré: la joie, l'amour, la souffrance, la dignité, autrement dit le tissu même de nos vies ».

L'auteur de ces lignes n'en est qu'à la moitié de ce qui lui parle dans cette seule introduction. C'est dire si la « crise planétaire » que nourrissent la globalisation, l'occidentalisation et le développement n'est rien d'autre, selon Morin, que « la crise de l'humanité qui n'arrive pas à accéder à l'humanité », ce qui conduit « au moment crucial d'une folle aventure commencée il y a huit mille ans » qui, « dans et par cette crise », voit aussi une « recrudescence de la formidable lutte entre les forces de mort et les forces de vie ». Tout pousse désormais « vers l'abîme », et celui-ci est probable. Mais il n'est pas (encore) inéluctable car, cette fois, « les menaces mortelles et les problèmes fondamentaux créent une communauté de destin pour l'humanité entière ». Le temps est-il donc venu de la sublimation de nos différences et différends par le biais de ce qu'Edgar Morin appelle « la métamorphose » ? Peut-être, pour autant que des minorités, voire des marginaux comme le furent en leur temps Jésus, Paul de Tarse, Mahomet, Christophe Colomb, Galilée, Bacon et Descartes, se lèvent et entraînent à changer de voie. Si ces minorités et ces marginaux viennent à se manifester et à réussir dans leur entreprise, il restera à considérer que Morin a été, avec ce livre prodigieux, leur prophète.

Michel Theys

*** PHILIPPE ASKENAZY, THOMAS COUTROT, ANDRÉ ORLÉAN, HENRI STERDYNIAK (sous la dir. de): Manifeste d'économistes atterrés. Crise et dettes en Europe: 10 fausses évidences, 22 mesures en débat pour sortir de l'impasse. Éditions Les Liens qui Libèrent (2 Impasse Conti, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 43291039 - Internet: http://www.editionslesliensquiliberent.fr ). 2010, 70 p., 5,50 € (France). ISBN 978-2-918597-26-1.

Déjà signé, à la fin de l'année dernière, par plus de sept cents économistes français venus d'horizons théoriques très divers, ce Manifeste se veut un cri d'alarme et un appel à la rébellion. Il est le fait de personnes qui jugent que la crise économico-financière ayant déferlé sur le monde depuis 2007 « exige une refondation de la pensée économique » et qui « ne se résignent pas à voir l'orthodoxie néolibérale réaffirmée », notamment par les institutions européennes. De manière très claire, il soumet à la critique dix « fausses évidences » qui, mal fondées scientifiquement à leurs yeux, sont « invoquées pour justifier les politiques actuellement menées en Europe » et propose vingt-deux propositions pour qu'émerge une autre stratégie économique et sociale. Les « fausses évidences » dénoncées sont la prétendue efficience des marchés financiers, le fait que ceux-ci seraient favorables à la croissance économique ou « de bons juges de la solvabilité des États ». Les auteurs démentent aussi que l'envolée des dettes publiques résulte d'un excès de dépenses, qu'il soit nécessaire de réduire les dépenses pour réduire la dette publique (« une réduction simultanée et massive des dépenses publiques de l'ensemble des pays de l'Union ne peut avoir pour effet qu'une récession aggravée et donc un nouvel alourdissement de la dette publique », avertissent-ils), l'affirmation selon laquelle la dette publique reporte « le prix de nos excès sur nos petits-enfants » ou qu'il faille rassurer les marchés financiers pour pouvoir financer la dette publique. Les auteurs du Manifeste se font particulièrement féroces lorsque l'Europe communautaire se retrouve dans leur ligne de mire. Ainsi, accusent-ils, il est faux de laisser croire que l'Union défend le modèle social européen, « la vision dominante actuellement à Bruxelles et au sein de la plupart des gouvernements nationaux » étant « celle d'une Europe libérale, dont l'objectif est d'adapter les sociétés européennes aux exigences de la mondialisation », à tel point que la construction européenne s'avère être « un moyen d'imposer aux peuples des réformes néolibérales ». De même, l'euro n'est en rien, à leurs yeux, « un bouclier contre la crise » parce que la monnaie unique a engendré une « course au moins-disant social » en faisant porter tout le poids des ajustements sur le travail. Enfin, pour eux, la crise grecque n'a pas « enfin permis d'avancer vers un gouvernement économique et une vraie solidarité », tant il est vrai que s'il y a bien eu avancée dans ce sens, « c'est vers un gouvernement qui, au lieu de desserrer l'étau de la finance, va imposer l'austérité et approfondir les réformes structurelles au détriment des solidarités sociales dans chaque pays et entre les pays ». Pour contrecarrer cette tendance, ils proposent notamment de développer une fiscalité européenne et un budget européen digne de ce nom. Autant de dénonciations et de suggestions destinées à faire comprendre aux citoyens que d'autres pistes s'ouvrent à eux et qu'il leur appartient, et non point aux « experts », de faire en sorte qu'elles soient empruntées, le cas échéant à moins de vingt-sept États membres.

(MT)

*** BERNHARD SELIGER, JÜRI SEPP, RALPH WROBEL: Das Konzept der Sozialen Marktwirtschaft und seine Anwendung. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Europäische Hochschulschriften ». 2009, 314 p., 46,50 €. ISBN 978-3-631-58772-0.

Prolongement d'une conférence organisée à la Haute École de Zwickau en novembre 2007, cet ouvrage a pour thème l'économie sociale de marché et son application en prenant tout particulièrement l'Allemagne comme lieu d'observation, même si plusieurs chapitres se penchent sur d'autres pays d'Europe et d'ailleurs. Sur la base du constat que l'Allemagne est économiquement bien présente au niveau mondial mais que ses valeurs sociales ne le sont pas fatalement partout, ce recueil de contributions participe à une réflexion qui a lieu depuis plusieurs années dans ce pays, mais aussi au sein de l'Union européenne. En effet, alors que l'Europe tente depuis plusieurs décennies de rattraper certaines économies dont celle des États-Unis, beaucoup d'observateurs considèrent que son manque de compétitivité a pour cause le régime social dans lequel baignent les économies européennes. Les différents auteurs tentent de vérifier cette impression, ce de manière tout à la fois analytique et comparative. La situation en Allemagne est bien sûr décrite de manière détaillée dans les deux premières parties du livre, avant que ne soit abordé le cas des pays ayant une économie en transition. Dans ces chapitres, les pays baltes sont notamment discutés, ainsi que les pays du Sud-Est asiatique témoignant d'une « deuxième vague » de développement économique. L'ouvrage contient aussi un article particulièrement intéressant sur l'économie kosovare sous l'égide de l'Union européenne et des Nations Unies. Une place importante est laissée à l'analyse théorique de la compétitivité économique au niveau mondial.

(JD)

*** GEORGE CHOBANOV, JÜRGEN PLOHN, HORST SCHELLHAASS (sous la dir. de): Policies of Economic and Social Development in Europe. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Sofia Conferences on Social and Economic Development in Europe », n° 2. 2010, 200 p., 41,90 €. ISBN 978-3-631-60412-0.

Cet ouvrage rend compte de la 11ème conférence organisée par la Faculté d'économie de l'Université de Sofia, à l'occasion du 120ème anniversaire de celle-ci. Les seize contributions retenues, signées par dix-neuf scientifiques originaires de six pays (Allemagne, Bulgarie, France, Roumanie, Russie et Suisse), sont réparties en quatre thématiques. De portée horizontale, la première voit notamment le Pr. Jean-Pierre Gern (Université de Neuchâtel) soupeser de manière critique le concept même de développement durable. La deuxième partie se focalise sur l'Europe de l'Est, notamment à la lumière des chocs monétaires qui y sont enregistrés, tandis que la troisième porte sur l'Europe du Sud-Est avec, entre autres, des contributions consacrées aux performances du secteur bancaire roumain et à trois regards spécifiques sur la Bulgarie. Enfin, la quatrième partie est riche de trois études, deux d'entre elles portant sur les situations budgétaires difficiles et sur l'état des services sociaux et de santé dans l'Union européenne, la dernière étant consacrée au passage du chômage à l'auto-emploi en Allemagne.

(PBo)

*** SEBASTIAN VOLLMER: A Contribution to the Empirics of Economic and Human Development. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Göttinger Studien zur Entwicklungsökonomik / Göttingen Studies in Development Economics », n° 27. 2009, 139 p., 35,30 €. ISBN 978-3-631-58793-5.

Œuvre d'un économiste et mathématicien, ce livre enrichit la littérature consacrée au développement et humain. Par conséquent, il ne s'adresse qu'à un public spécialisé. Dans un premier temps, l'auteur porte son attention sur la question de la répartition du revenu mondial, étudiant notamment son évolution dans le temps et les implications qui en résultent en termes de réduction de la pauvreté. Il étudie ensuite les effets en termes de bien-être qui découlent des Accords de partenariat économique récemment noués entre l'Union européenne et l'Afrique, avant de finalement s'employer à vérifier si la démocratie favorise l'état de la santé et le niveau de l'éducation.

(PBo)

*** MICHEL HERBILLON, CHRISTOPHE CARESCHE: Pour un gouvernement économique européen. Commission des Affaires européennes de l'Assemblée nationale (Boutique de l'Assemblée nationale, 7 rue Aristide Briand, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40630033 - Internet: http://www.assemblee-nationale.fr ). Collection « Documents d'information », n° 2922. 2010, 53 p., 3,50 €. ISBN 978-2-11-128352-7.

Dans ce rapport d'information, deux députés procèdent à une évaluation des travaux menés et des initiatives prises afin de donner un gouvernement économique à l'Union européenne. Ils passent en revue les acquis, « encourageants », les incertitudes et les lacunes qui demeurent, ainsi que les orientations à soutenir. Pour eux, « l'Europe est sur la bonne voie ».

(MT)

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