Bruxelles, 28/02/2011 (Agence Europe) - 3 millions d'euros d'aide humanitaire d'urgence, c'est le maximum que pouvait mobiliser la Commission européenne vendredi 25 février au soir pour parer immédiatement au plus pressé en Libye et dans les pays voisins (EUROPE n° 10324), mais c'est à une aide humanitaire massive que se prépare l'UE. Kristalina Georgieva, commissaire européenne à l'Aide humanitaire et la Réponse aux crises, l'a affirmé lundi 28 février en exprimant, à la presse européenne à Bruxelles, son extrême préoccupation quant à l'évolution d'une crise dont on peut redouter l'ampleur, à en croire les informations recueillies par les partenaires d'ECHO: les Nations unies et les Sociétés du Croissant rouge auxquelles Mme Georgieva a rendu un hommage appuyé. Les experts d'ECHO, eux, n'avaient toujours pas réussi, lundi, à entrer à l'intérieur de la Libye, mais leur expertise, quand elle pourra s'exercer, permettra à la Commission d'augmenter son aide, en ciblant les besoins dûment identifiés.
« Les derniers jours, la situation humanitaire s'est détériorée de façon significative. Parce qu'en Libye, la présence des Nations unies était très limitée, et que celle des ONG l'est aussi. Les chiffres sont difficiles à évaluer, mais ce que l'on sait de la situation sur le terrain, c'est que 100 000 personnes ont quitté le pays depuis le début de la crise. Le nombre de victimes est difficile à vérifier. On parle de plus de 1000, certains disent plus de 2000. Il y a aussi de nombreux blessés », a déclaré Mme Georgieva. De même, on estime à 1,5 million le nombre d'étrangers en Libye qui pourraient fuir le pays, mais une chose est sûre: «la pression aux frontières va continuer à s'intensifier ».
La décision d'aide humanitaire d'urgence approuvée vendredi visait principalement l'aide médicale d'urgence et l'aide requise aux frontières tunisienne et égyptienne pour gérer les implications immédiates d'un afflux massif de réfugiés. « Les équipes médicales du Comité international de la Croix rouge et de Médecins sans frontières sont à pied d'œuvre, mais leur travail est difficile », a indiqué la commissaire. 3 millions d'euros, n'est-ce pas dérisoire ? Mme Georgieva, en convient, consciente que « les besoins ne font que s'accroître rapidement ». Mais ajoute-t-elle, « c'est le montant maximum que j'ai pu débloquer » comme c'est l'usage pour une aide d'urgence initiale. L'équipe d'experts de la Commission « va rentrer dans le pays dès que possible. Nous travaillons avec les Nations unies pour évaluer les besoins. Nous allons fournir une aide supplémentaire, mais pour l'heure, ce n'est pas de l'argent que réclament les organisations partenaires, mais un soutien sécuritaire. Je leur ai assuré qu'il y aura de la part de l'Europe une aide beaucoup plus importante et de l'aide en nature, en particulier de l'aide médicale, de la part des États membres », avec lesquels la commissaire est en contact permanent. Mme Georgieva a également eu un contact avec le sous-secrétaire d'État américain responsable de l'aide humanitaire. Tous les points de vue convergent: « Il faut être prêt à fournir une aide humanitaire massive », et OCHA s'apprête à accroître sa présence en Libye.
Encore 650 Européens à évacuer. Seule « bonne nouvelle » au milieu de cette catastrophe qui s'annonce, c'est, selon la commissaire, le fait qu'une « grande partie des 10 000 citoyens européens sont maintenant évacués », avec le concours du MIC, le système d'information et de suivi du mécanisme de protection civile de l'UE chargé de coordonner les offres d'assistance - y compris le déploiement de moyens militaires - des États membres qui ont fait preuve d'un « grand degré de coopération » pour permettre l'évacuation par mer vers l'Égypte ou par air. « On a suivi la situation de très près avec le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) et l'organisation internationale des migrations. Mais ceux qui restent dans le pays - 650 ressortissants qui demandent encore à être évacués - sont en difficulté. Aussi la coordination se poursuit-elle pour trouver comment les évacuer ».
La commissaire a fait état de l'insécurité grandissante dans le pays. « C'est à Tripoli que la situation humanitaire est la plus grave. Il faut que les personnes qui traversent la frontière vers l'Égypte ou la Tunisie puissent le faire rapidement ». Selon elle, à ce stade, « l'intervention de l'OTAN n'est pas nécessaire, mais il faut suivre la situation de près ». Les organisations en meilleure position pour agir sont les sociétés du Croissant rouge libyen, tunisien et égyptien, en coopération avec le CICR. Une autre préoccupation taraude la commissaire, celle de l'augmentation des prix alimentaires, corollaire de la flambée du prix du pétrole. « La tendance se poursuit, et pourrait pousser des millions et des millions de personnes dans la faim. Il y en avait 1 milliard avant la crise. Ce chiffre est susceptible d'augmenter encore ». (A.N.)