Strasbourg, 15/02/2011 (Agence Europe) - Maintien des moyens financiers de la PAC, régulation des marchés financiers face à la volatilité des prix des matières premières, accord avec le Mercosur seulement sur la base d'une réciprocité stricte des règles sanitaires et environnementales imposées aux agriculteurs européens: à l'issue d'entretiens avec les députés européens mardi 15 février à Strasbourg, le ministre français de l'Agriculture Bruno Le Maire a rappelé, lors d'un point presse, les orientations et lignes rouges défendues par Paris.
Réforme de la PAC. M. Le Maire assure « progresser » dans ses discussions au Parlement européen « dans le sens du maintien des moyens de la PAC ». « Nous ne voulons pas que le budget de la PAC perde un seul centime d'euro. Nous avons besoin d'un budget fort si nous voulons une PAC forte. Nous voulons aussi avancer dans le sens de la régulation des marchés agricoles. Nous avons vu dans les discussions sur le paquet « lait » et le travail remarquable de Dacian Ciolos (le commissaire à l'Agriculture, NDLR) que nous pouvions nous mettre d'accord sur un certain nombre de mesures qui permettent de réguler le marché, de lutter contre la volatilité des prix et d'avoir une organisation du marché qui soit plus équitable et plus avantageuse pour les producteurs qui sont les plus faibles de l'ensemble de la chaîne alimentaire », explique le ministre français. S'il se félicite que le rapport Lyon sur le budget a établi « très clairement », avec l'appui des parlementaires « toutes tendances politiques confondues », que le maintien des moyens financiers est nécessaire, M. Le Maire est aussi satisfait des progrès sur le chapitre régulation de la politique agricole de l'UE. « L'Europe était engagée dans un mouvement de libéralisation totale des marchés agricoles qui était une folie, aujourd'hui elle revient vers l'idée de la régulation, et nos idées progressent », se réjouit-il, tout en soulignant la nécessité que la PAC « gagne en légitimité » lors de la réforme des perspectives financières de 2013. À cet égard, « le verdissement proposé par M. Ciolos mérite d'être défendu, pourvu qu'il ne se traduise pas par des charges administratives en plus pour les agriculteurs européens », ajoute-t-il.
Accord de libre-échange UE/ Mercosur. Au lendemain de la visite du commissaire au Commerce Karel De Gucht au Paraguay et en Uruguay, et à la veille de l'échange des offres en mars, M. Le Maire insiste sur la nécessité d'un accord « sur la base d'une réciprocité stricte entre les règles qui s'imposent aux producteurs européens et celles qui s'imposent à des produits venus de l'extérieur de l'UE. On ne peut pas demander aux producteurs européens de respecter des règles sanitaires, environnementales et de bien-être animal parmi les plus strictes du monde et en même temps supprimer tous les tarifs douaniers pour des produits venant d'autres continents, mais qui ne respectent pas les mêmes règles à 100%. Sinon la concurrence est déloyale et le commerce inéquitable », insiste le ministre français.
Matières premières et volatilité des prix. Le chef de l'État français Nicolas Sarkozy a fait de la lutte contre les fluctuations des prix des matières premières et denrées alimentaires la priorité de son exercice de la présidence du G20. « L'enjeu est non seulement européen, il est mondial: il s'agit de nourrir correctement la planète », explique M. Le Maire. « La volatilité est un problème pour tous les États de la planète. Quand le prix de la tonne de blé passe en quelques mois de 110 euros à 260 euros, c'est un problème pour tous les paysans, éleveurs et consommateurs en France, au Brésil ou en Chine », poursuit-il, pointant aussi du doigt « le risque d'instabilité et d'émeutes de la faim dans certaines régions du monde, en particulier en Afrique ». La France propose donc de progresser sur quatre pistes. D'abord favoriser l'indépendance des pays en développement, en développant leur production agricole. « La première responsabilité du G20, c'est d'assurer l'autonomie des pays en développement », insiste le ministre français, qui espère que le décaissement des 20 milliards de dollars promis à cet effet lors du G8 de L'Aquila en 2008 se fera « dans de bonnes conditions ». Paris propose aussi de progresser vers plus de transparence sur les stocks. « Si nous avions plus de transparence sur les stocks de blé, de maïs, de riz à travers le monde, nous aurions une volatilité réduite. Chacun peut faire des efforts dans ce sens », insiste M. Le Maire. Troisième piste: une coopération accrue entre les pays du G20. « À l'OMC, il existe des dispositifs de limitation des restrictions à l'importation, pourquoi n'existerait-il pas dans le cadre du G20 des dispositifs de limitation des restrictions à l'exportation, en particulier vers les pays en développement. Si un pays fait face à une crise agricole, il limite ses exportations pour garantir la sécurité alimentaire intérieure de ses propres citoyens, mais il évite de faire des restrictions vers les pays les plus pauvres », soutient le ministre français. Enfin, Paris plaide pour la régulation des marchés financiers sur les matières premières agricoles. « Il ne s'agit pas d'aller contre le marché mais de mieux l'organiser, d'éviter qu'il y ait de la spéculation, d'éviter que des intervenants financiers puissent de manière artificielle réduire les stocks disponibles en achetant des volumes très importants pour les revendre deux trois jours plus tard en profitant de la hausse des prix qu'ils ont eux-mêmes créée ». (E.H.)