Bruxelles, 15/02/2011 (Agence Europe) - L'Italie a formellement demandé dans la soirée du lundi 14 février à la Commission européenne une aide de l'UE pour faire face à l'afflux d'immigrants tunisiens observé ces derniers jours sur l'île de Lampedusa, au sud de la Sicile, où 5 500 Tunisiens sont arrivés, a indiqué mardi Michele Cercone, porte-parole de la commissaire aux Affaires intérieures Cécilia Malmström (voir aussi autre nouvelle en « Journée politique »). L'Italie, plus précisément, a demandé via son ministre de l'Intérieur Roberto Maroni l'assistance de l'agence Frontex et par la voix de son chef de gouvernement Silvio Berlusconi, au cours d'un entretien avec Herman Van Rompuy, une aide financière de l'UE de 100 millions d'euros. M. Berlusconi a évoqué également la possibilité de discuter le plus vite possible du sujet au niveau des 27 chefs d'État et de gouvernement. Mais, pour l'heure, un débat doit déjà se tenir le 24 février prochain au niveau du Conseil des ministres de l'Intérieur à Bruxelles.
Ces demandes formelles des autorités italiennes mettent en tout cas un terme à la polémique de la veille (EUROPE n° 10315), Rome ayant accusé Bruxelles de l'avoir laissée seule face à cette problématique et Bruxelles ayant au contraire assuré que l'Italie avait refusé son aide. La Commission a ainsi annoncé mardi midi que les outils d'intervention de l'UE avaient été activés et qu'elle réfléchissait à une enveloppe financière d'urgence dans le cadre du Fonds européen pour les réfugiés et du Fonds européen pour la gestion des frontières ; en outre, l'agence Frontex « se prépare à lancer une mission », a ajouté M. Cercone, refusant cependant de se prononcer sur le montant de l'aide qui pourrait être allouée à l'Italie. Mme Malmström va également rencontrer les autorités italiennes pour décider de la marche à suivre « et des prochaines étapes ».
L'agence Frontex, selon son fonctionnement, doit solliciter les 27 pour qu'ils mettent des moyens à sa disposition, les contributions des États membres se faisant sur une base volontaire. Et, selon le directeur de l'agence, Ilkka Laitinen, cité mardi par l'AFP, cette mission devrait être opérationnelle « d'ici quelques jours », « 30 à 50 personnes seraient mobilisées » et « quelques navires et quelques avions ».
En octobre 2010, la Grèce avait elle aussi demandé une mission Frontex au niveau de sa frontière avec la Turquie et avait obtenu en « moins de dix jours » la mission RABIT, rappelle une source. Elle avait aussi bénéficié d'une aide de 9,8 millions d'euros de l'UE pour l'aider à gérer les flux de clandestins et de demandeurs d'asile. Mais mardi à Strasbourg, lors d'un débat avec les députés, Mme Malmström a appelé à éviter une « concurrence » entre les missions menées en Grèce (jusqu'au 2 mars) et celle envisagée pour l'Italie, la commissaire rappelant l'importance de continuer à aider la Grèce.
Le fonctionnement de Frontex et ses missions devraient en tout cas être au cœur des discussions du Conseil JAI du 24 février, reprend une source, le Conseil et le Parlement planchant d'ailleurs depuis plusieurs mois sur le renforcement de l'agence européenne, via un nouveau règlement. Frontex ne dispose en effet d'aucun moyen propre ni d'aucun staff, ce que le Conseil et le PE, co-législateur, voudraient améliorer.
En attendant, sur le front des arrivées à Lampedusa, la Commission a confirmé mardi que le flux s'était tari dans la nuit de lundi à mardi. Selon l'agence AP, toutefois, 32 clandestins auraient été interceptés au large de Raguse, venant ici d' Égypte. Se pose aussi aujourd'hui la question de la prise en charge par l'UE des 5000 Tunisiens arrivés à Lampedusa. Selon l'AFP, la France ne s'est dite prête mardi à accueillir des Tunisiens « que dans des cas très marginaux » car elle ne veut pas donner « une prime à l'immigration illégale », a dit le ministre des Affaires européennes, Laurent Wauquiez. Paris étudiera les choses au cas par cas, entre ceux qui nécessiteront une protection internationale et ceux qui seront renvoyés. Pour la France, a poursuivi le ministre, « ce qui se passe sur les rivages italiens est très comparable à ce qui s'est passé en Grèce et avant en Espagne. Ce n'est pas un problème italien » et « nous prendrons des décisions avec l'ensemble de l'Europe ».
La protection internationale et le droit d'asile dans l'UE, Mme Malmström en a également parlé mardi à Strasbourg devant les députés, commentant l'arrêt de la Cour européenne des droits de l'Homme du 21 janvier qui avait condamné la Belgique et la Grèce. Une fois encore, Mme Malmström a appelé les 27 à réviser le système actuel de Dublin et à mettre en place un mécanisme de suspension temporaire des renvois de demandeurs d'asile de pays à pays, une demande soutenue par le PE. Sur la question des immigrants tunisiens, Mme Malmström a aussi rappelé qu'il convenait de prendre en compte le caractère vulnérable de certaines de ces personnes et de leur « accorder la protection spéciale à laquelle ils ont droit ». C'est également la demande des Verts qui demandent que soit activée la directive de 2001, « jamais utilisée » de protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes. (S.P.)