Bruxelles, 15/02/2011 (Agence Europe) - « Nous nous sommes d'ores et déjà mis d'accord sur le volume » du Mécanisme européen de stabilité (ESM), a déclaré le ministre des Finances luxembourgeois Jean-Claude Juncker, lundi soir à l'issue d'une réunion de l'Eurogroupe élargie aux pays non membres de la zone euro. L'ESM est destiné à remplacer mi-2013 les instruments provisoires mis en place en 2010 pour garantir la stabilité de la zone euro. « Le montant de la capacité de prêt sera de 500 milliards d'euros, à réviser toutes les deux années. (Cette) capacité de prêt doit être effective », a ajouté le président de l'Eurogroupe.
Ces 500 milliards correspondent à un doublement de la capacité d'emprunt de l'actuelle Facilité EFSF, le fonds européen de sauvetage mobilisé pour soutenir l'Irlande. S'ajouteront à ce montant une participation du FMI et « la contribution volontaire des pays non membres de la zone euro » sous forme de « prêts bilatéraux », a indiqué le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn. La contribution communautaire à ce mécanisme serait nulle, alors que l'UE participe actuellement au soutien à l'Irlande à travers le Mécanisme EFSM doté de 60 milliards d'euros.
Le ministre italien des Finances Giulio Tremonti a indiqué, mardi 15 février, que la contribution à l'ESM correspondrait, comme pour l'EFSF, à la contribution des pays de la zone euro à la Banque centrale européenne. Son homologue slovaque Ivan Mikloš aurait préféré une autre clé de répartition, comme la part du PIB national dans le PIB de la zone euro ou la part du marché financier national dans le marché financier de l'Eurozone. Interrogé par la presse, M. Rehn n'a pas précisé si les contributions à l'ESM se feront sous forme de garanties ou d'apport en capital.
Réponse exhaustive à la crise de la dette. Ces discussions interviennent dans le cadre de négociations intensives sur une réponse exhaustive à la crise de la dette souveraine dans la zone euro. « Le travail suit son cours, il sera finalisé pour le Conseil européen du 24 mars », a souligné M. Juncker qui espère terminer les travaux au niveau ministériel lundi 14 mars à moins qu'une réunion extraordinaire de l'Eurogroupe soit nécessaire le lundi 21 mars. « Tant qu'il n'y accord sur tout, il n'y accord sur rien », a-t-il prévenu. Les questions de compétitivité faisant partie de cette réponse exhaustive à la crise de la dette n'ont pas été abordées lundi puisqu'il revient au président du Conseil européen Herman Van Rompuy de mener des consultations avec les Vingt-Sept dans ce domaine. Lors du dernier Conseil européen, le Premier ministre luxembourgeois avait fermement critiqué l'idée de supprimer l'indexation des salaires par rapport à l'inflation, promue par l'Allemagne et la France à travers leur 'Pacte pour la compétitivité' (EUROPE n° 10309).
« Nous devons et nous allons nous mettre d'accord en mars sur une stratégie globale pour surmonter la crise de la dette. L'examen annuel de la croissance de la Commission fournit une base solide pour une telle stratégie: consolidation budgétaire, réformes structurelles favorables à la croissance, assainissement du secteur financier, renforcement des instruments financiers à la fois en termes de force et de compétences », a déclaré M. Rehn d'un ton ferme. Il a insisté sur la nécessité d'agir « à l'intérieur du cadre communautaire ». Il s'est inscrit en faux contre l'assertion de l'Autriche et de l'Allemagne qui considèrent qu'une augmentation de la dotation de la Facilité EFSF n'est pas utile à ce stade puisque la dotation à l'ESM est arrêtée.
Pour le ministre portugais des Finances Fernando Teixeira dos Santos, les discussions sur le renforcement de la force de frappe et la flexibilisation de la Facilité EFSF ont trop duré. Le Portugal, considéré comme le pays de la zone le plus en difficulté après la Grèce et l'Irlande, a vu ses coûts d'emprunt remonter à des niveaux presque insoutenables. M. Juncker et Rehn ont reconnu que la situation sur les marchés de la dette souveraine restait préoccupante. Louant les actions entreprises par Lisbonne pour assainir les finances publiques nationales et stimuler la croissance, M. Juncker n'a vu aucun élément qui devrait changer l'attitude du Portugal ou celle de l'Eurogroupe concernant une possible demande d'aide financière. (M.B.)