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Bulletin Quotidien Europe N° 10316
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Énergie: retour malheureux aux sommets européens 'vieux style'

Le reflexe approprié de M. Van Rompuy. Une fois de plus, le président permanent du Conseil européen a eu le bon réflexe au bon moment. Il avait annoncé depuis quelques mois la convocation pour le 4 février du premier Sommet européen consacré à l'énergie ; et cette annonce avait eu un écho considérable et suscité beaucoup d'attentes, y compris dans cette rubrique. Quelques jours avant la réunion, changement de programme: ce jour-là, le Conseil européen discuterait de toutes les questions d'actualité, et surtout - ainsi qu'il l'a fait - des questions économiques et monétaires (avec d'ailleurs des résultats significatifs et, à mon avis, très prometteurs, même s'ils ne sont pas encore définitivement acquis).

Je suis certain que ce changement de programme ne répondait pas seulement au souci de coller à l'actualité, mais aussi à la conviction, acquise entre-temps par le président du Conseil européen pendant les travaux préparatoires, qu'aucun résultat significatif ne pouvait être atteint en ce moment dans le domaine de l'énergie. La preuve est maintenant sous les yeux de tous: un long texte qui ne dit pratiquement rien d'opérationnel.

Énergie et Innovation, manque d'éléments concrets. Les Conclusions du Sommet sont une longue énumération de principes généraux et de bonnes intentions qui ressemble comme un frère aux Conclusions du passé que M. Van Rompuy avait heureusement remplacées par des textes plus brefs et surtout plus concrets. J'ai le soupçon, pour ne pas dire la certitude, que la plupart des chefs d'État ou de gouvernement ne l'ont même pas lu, en laissant à leurs collaborateurs la responsabilité de contrôler qu'il ne contienne pas quelques affirmations non conformes aux positions de leur pays. Déjà la première phrase est indicative: « Une énergie sûre, durable, financièrement abordable, dont l'approvisionnement est garanti et qui contribue à la compétitivité européenne, reste une priorité pour l'Europe ». Qui pourrait en douter ?La suite est tout aussi vague: « L'UE a besoin d'un marché intérieur de l'énergie intégré, interconnecté et pleinement opérationnel ». Le malheur est que pour les objectifs on passe au conditionnel: « Le marché intérieur devrait être achevé d'ici 2014 ». Et surtout, la partie, disons ainsi, opérationnelle ne contient que des invitations à la Commission européenne ou à d'autres organismes de mettre à l'étude ceci ou à « accélérer les travaux » sur cela ; le maximum d'audace consiste à annoncer que « le Conseil européen attend avec intérêt la proposition que la Commission devrait présenter prochainement » sur tel ou tel sujet. Lorsque un objectif est indiqué, il est ancien et il est cité pour constater qu'il n'a pas été atteint: « Il faut réaliser l'objectif d'une augmentation de 20% de l'efficacité énergétique d'ici 2010 qui n'est pas en voie d'être atteint (paragraphe 8). Et au paragraphe 15: « Le Conseil européen attend avec intérêt l'élaboration d'une stratégie visant à réduire les émissions de CO2 d'ici 2050 ». Et lorsqu'enfin un point sensible et important est évoqué, c'est sous la forme d'un vœu: « Il conviendrait de faire progresser les travaux visant à mettre en place un partenariat avec la Russie » (par.13).

Le chapitre Innovation n'est pas plus concret: « Le Conseil européen a pris note des tendances et des évolutions » (par. 17) ; « L'Europe a besoin... Il convient de ne ménager aucun effort… », ou bien tout au plus (par. 25): « Il est essentiel de simplifier les instruments… ». Et une découverte dans les dernières lignes: « Il importe plus que jamais d'améliorer l'efficacité des dépenses publiques au niveau national et au niveau de l'UE ». Fallait-il convoquer un Sommet ad hoc pour enfiler l'une après l'autre une série de vœux et de banalités ? Sans même évoquer les vrais problèmes ? M. Van Rompuy a compris en temps utile qu'il fallait changer la nature du Sommet annoncé, et en rendant compte des résultats la presse ne s'est occupée que des autres sujets de l'ordre du jour.

Réactions perplexes ou négatives. Notre bulletin n° 10310 a résumé les réactions du Parlement européen. Le président du groupe PPE s'est limité à dire que le texte du Conseil « va dans la bonne direction » ; les autres groupes ont été très critiques, chacun se plaignant de l'une ou l'autre lacune, concernant les économies d'énergie, ou l'efficacité énergétique ou la course à la production. Pour M. Cohn-Bendit, « les conclusions du Sommet n'apportent aucune valeur ajoutée, la politique énergétique de l'UE reste au point mort ».

Les vrais problèmes. Quelles sont alors les questions véritables auxquelles l'UE devrait donner des réponses et sur lesquelles pour le moment le Conseil européen n'est pas en mesure de s'exprimer ? Cette rubrique s'efforcera de les indiquer et clarifier demain. Mais je crains que M. Van Rompuy doive encore attendre avant d'organiser un véritable débat approfondi à leur égard…

(F.R.)

 

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