*** ALEXANDER N. KRYLOV, AXEL SELL (sous la dir. de): Government Relations. Interaktionen zwischen Wirtschaft, Politik und Gesellschaft. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2009, 300 p., 48,10 €. ISBN 978-3-631-58487-3.
Partout dans le monde, les gouvernements nationaux ont de tout temps entretenu des relations avec le monde de l'industrie, qu'ils soient issus de systèmes démocratiques ou non. De son côté, le monde industriel a toujours été organisé de façon à peser, avec plus ou moins de succès, sur les décisions prises par les organes gouvernementaux. L'ouvrage proposé par Alexander Krylov, directeur de l'Institut Est-Ouest de Berlin, et par Axel Sell, de l'Université de Brême, analyse ce thème, qui reste plus que jamais d'actualité.
Bien que les différentes contributions se concentrent principalement sur des cas nationaux, elles n'en présentent pas moins un intérêt évident pour ceux qui s'intéressent aux affaires européennes. C'est que, pour certains citoyens européens, les pratiques de la Commission - associer l'industrie ainsi que les organisations professionnelles et interprofessionnelles en les invitant à envoyer leurs commentaires sur les propositions de législations - sont à tout le moins inhabituelles, voire carrément anti-démocratiques. Allant au-delà d'une simple interaction entre un gouvernement et le monde industriel, cette manière de procéder touche au cœur de la gestion des affaires publiques et de leur organisation institutionnelle. Ces éléments conduisent à une remise en question totale du rôle de l'État. Un État a-t-il le droit de privilégier un intérêt privé aux dépens d'un intérêt public ? Doit-il laisser une place aux entreprises dans son schéma institutionnel, ou doit-il être fermé à toute influence économique ? C'est que la puissance étatique a une influence sans égale pour une entreprise: un gouvernement a le monopole législatif et le rôle de l'État, ainsi que son organisation, constitue un élément prépondérant dans toute décision économique. Depuis des décennies, les entreprises et leurs organisations professionnelles sont, dès lors, organisées pour défendre leurs intérêts tant au niveau national qu'au niveau international. Certaines entreprises actives dans plusieurs pays modifient leur manière de fonctionner selon les normes législatives existant dans un pays donné. Dès lors, leur objectif est d'influencer le processus législatif de ce pays. Un exemple frappant - et d'actualité - est sans conteste, à ce propos, celui des prises de position de certains gouvernements en défaveur d'une éventuelle taxe sur les émissions de dioxyde de carbone.
Cette influence est aussi pour beaucoup synonyme de lobbying. Ce terme renvoie dans certains pays à l'image d'une antichambre de la corruption. La question de l'État de droit est discutée parallèlement au rôle que joue l'État dans ses interactions avec le monde économique. Le rôle de l'industrie dans le processus politique doit donc être défini et bien encadré, ce thème revenant à plusieurs reprises dans l'ouvrage. Les institutions internationales ont elles aussi une influence sur les décisions gouvernementales dans le domaine économique. Comme le souligne Axel Sell, les lignes directrices de certaines organisations internationales, comme par exemple celles de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ou encore celles du Fonds monétaire international (FMI), vont dans le sens d'une inclusion des milieux économiques dans les procédures décisionnelles. De plus, les fonds alloués à un pays sous-développé sont souvent conditionnés à ces lignes directrices. Le rôle de ces institutions ne peut donc être négligé. Enfin, l'influence ne vient pas seulement des associations professionnelles, ou syndicales, mais aussi de l'État lui-même. Dans certains pays, force est de constater que l'État est à la tête de certaines industries particulièrement lucratives ou que son rôle de contrôle peut empêcher l'éclosion d'entreprises. La Russie ou la Chine constituent aujourd'hui les deux exemples les plus pertinents en la matière.
Tous ces thèmes sont traités par différents auteurs. L'ouvrage est divisé en quatre chapitres reprenant quatre articles sur les différents sujets susmentionnés. Le premier chapitre, le plus théorique, se concentre sur les structures des relations gouvernementales, le deuxième portant sur les relations entre marchés et État. Le troisième chapitre, ne comportant que deux articles, analyse la différence entre la défense d'intérêts et la corruption. Enfin, le dernier, plus pragmatique, analyse les différentes pratiques du monde de l'industrie pour influencer le processus normatif d'un État.
Julien Demoustier
*** KENNETH DYSON, LUCIA QUAGLIA: European Economic Governance & Policies. Volume I: Commentary on Key Historical & Institutional Documents. Oxford University Press (Great Clarendon Street, Oxford OX2 6DP, UK. Tél.: (44-1865) 556767 - fax: 241701 - Courriel: bookshop.uk@oup.com - Internet: http://www.oup.com ). 2010, 873 p.. ISBN 978-0-19-959451-1.
Ouvrage tout simplement exceptionnel que celui-ci ! Conçu par deux scientifiques, il réunit une série impressionnante de documents de première main qui racontent la lente et tortueuse mais inexorable affirmation de la nécessité d'une gouvernance économique et monétaire en Europe. En l'occurrence, les auteurs remontent loin dans l'histoire puisque le premier document exhumé est celui de la Convention de 1866 qui avait donné naissance à l'Union monétaire latine, la parole étant ensuite laissée à Keynes dénonçant l'incapacité des États à procéder à la reconstruction économique du continent au lendemain de la Première Guerre mondiale. Dans ce premier chapitre sont aussi rappelés, entre autres, la Convention monétaire Benelux, l'Union européenne des paiements et l'américanisation triomphante au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec les dispositions monétaires du Plan Marshall, puis les germes contenus dans les - et en marge des - Traités de Paris et de Rome, ainsi que la dynamique créée par les premiers pas de l'intégration européenne. Le deuxième chapitre éclaire, lui, le temps de « l'ambition déçue », du Plan Werner à la coordination des taux de change, à savoir la période allant de 1970 à 1987, les auteurs passant en revue, analysant et commentant de manière aussi éclairée qu'approfondie des faits tels que l'établissement du « serpent monétaire européen » et son échec, la création du Fonds européen de coopération monétaires et, enfin, le lancement du Système monétaire européen et les réformes qu'il nécessita bien vite. Dans le même esprit, la troisième partie s'intéresse au temps de « la redécouverte de l'ambition » avec la route conduisant à Maastricht de 1988 à 1991, tandis que la quatrième est vouée à celui de « l'ambition réalisée », de la ratification du Traité de Maastricht et des crises monétaire des années 1992 et 1993 aux différentes étapes ayant conduit au lancement de la monnaie unique. De la sorte, les auteurs parviennent à faire comprendre quel était l'état d'esprit des décideurs et les obstacles de nature diverse qu'ils eurent à surmonter ou contourner. La deuxième partie du livre est, elle, spécifiquement consacrée à l'émergence de la Banque centrale européenne et à son positionnement dans la constellation communautaire, un autre chapitre s'intéressant - toujours sur la base de différents documents et témoignages analysés et commentés - aux arrangements institutionnels intervenus dans la zone euro avec, en particulier, l'apparition de l'Eurogroupe, sa progressive institutionnalisation et sa montée en puissance en termes de prérogatives. En guise de conclusion, le Pr. Kenneth Dyson (Université de Cardiff) s'intéresse aux « paradoxes et problèmes de l'action collective dans la gouvernance économique européenne » en se demandant si les pays de la zone euro ne créent pas « une nouvelle Europe dans de vieilles bouteilles ». À noter encore que cette brique volumineuse est illustrée par quelques dessins de presse et qu'elle sera complétée par un deuxième volume consacré, lui, à l'actualité plus récente de la zone euro, en clair notamment à la crise née en 2008 et au défi des dettes souveraines. C'est que, comme l'expliquent les auteurs dès l'entame de leur propos, si ce volume est teinté d'optimisme, c'est parce que les décideurs européens ont finalement compris, au terme de décennies de tergiversations souverainistes, quelles étaient « les vertus de la coopération politique économique et de l'intégration », mais il reste néanmoins à vérifier à la lumière des dures réalités des temps de crise « s'ils ont appris les bonnes leçons et se sont comportés comme les propriétaires de l'Union monétaire ».
(MT)
*** RAFFAELE POLI: Le marché des footballeurs. Réseaux et circuits dans l'économie globale. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « « Savoirs Sportifs », n° 1. 2010, 164 p., 23,20 €. ISBN 978-3-0343-0358-3.
Œuvre d'un docteur en géographie qui enseigne notamment à l'Institut des Sciences du Sport de l'Université de Lausanne tout en dirigeant l'Observatoire des footballeurs professionnels, groupe de recherche franco-suisse étudiant l'évolution du marché du travail européen des footballeurs, cet ouvrage éclaire utilement les logiques sous-jacentes à la mondialisation du marché des footballeurs. Dans son introduction, l'auteur rappelle que cette mondialisation-là a débuté dès le début du siècle dernier, voire même dès la fin du XIXe siècle. Depuis, le phénomène s'est amplifié, en particulier au niveau des pays européens qui sont spécialement passés sous la loupe de l'expert, notamment à la lumière du contesté arrêt Bosman. L'ouvrage est structuré en trois parties. La première présente le cadre théorique développé pour appréhender le marché des footballeurs et introduit les principaux concepts mobilisés. La deuxième est consacrée à une analyse géoéconomique de la production et du commerce des joueurs, l'auteur y quantifiant notamment l'évolution des flux internationaux de joueurs et des montants dépensés pour leur recrutement par les clubs des grands championnats européens. La troisième partie expose enfin, au travers de multiples exemples, les logiques de fonctionnement des réseaux de transfert et en identifie les acteurs clés, en particulier à la lumière du cas spécifique des joueurs africains.
(MT)
*** CAROLA DRECHSLER: Europaïsche Förderung audiovisueller Medien zwischen Welthandel und Anspruch auf kulturelle Vielfalt. Unter besonderer berücksichtigung der Kulturkompetenz der Europäischen Gemeinschaf. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Studien zum deutschen und europäischen Medienrecht », n° 40. 2009, 332 p., 55,90 €. ISBN 978-3-631-59532-9.
La Commission cherche depuis plusieurs années à promouvoir l'offre audiovisuelle européenne. Visant notamment à contrer la domination américaine dans ce domaine, ce programme de promotion pourrait buter contre les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Afin de veiller à une saine concurrence entre les États, l'OMC dispose d'instruments visant à bloquer toutes les politiques cherchant à favoriser un produit par rapport aux autres. Néanmoins, d'autres dispositions du droit international, notamment sous l'égide de l'Unesco qui a pour mission de veiller à la promotion et à la diffusion de la diversité culturelle, pourraient permettre à la Commission de poursuivre son combat. Cette tension se trouve au cœur de ce livre qui s'ouvre sur une description utile des paradigmes les plus utilisés dans le reste de l'analyse développée par l'auteur. Bien qu'il n'apporte pas d'éléments nouveaux, ce chapitre est indispensable pour la bonne compréhension de la suite de l'ouvrage. La deuxième partie étudie les mesures européennes dans le domaine des médias audiovisuels et leur base juridique. Au-delà d'une description des actions européennes, elle explique quels sont les acteurs présents dans ce domaine et la manière dont ils peuvent agir. Carola Drechsler appréhende ensuite ce sujet au niveau international, décortiquant notamment les différentes dispositions (GATT, GATS) relatives aux subventions données à des industries, notamment aux médias télévisuels. La compatibilité des actions européennes avec ces dispositions est étudiée de manière détaillée, l'auteur les envisageant pour terminer à l'aune de la Convention de l'Unesco.
(JD)
*** CAROLINE HAHN: Die Aufsicht des öffentlich-rechtlichen Rundfunks. Peter Lang, (voir coordonnées supra). Collection « Studien zum deutschen und europäischen Medienrecht », n° 42. 2009, 307 p., 54 €. ISBN 978-3-631-59808-5.
Comme partout ailleurs dans le monde ou presque, il existe en Allemagne des chaînes de télévision publique, ce depuis près de soixante ans. Ces chaînes sont financées et indirectement gérées par les pouvoirs publics. Leurs programmes, leurs comptes et leur fonctionnement sont soumis au contrôle de l'autorité étatique. On peut dès lors se demander légitimement si ce contrôle n'est pas juste l'héritage d'un temps révolu et s'il ne menace pas le principe de la liberté de la presse. À cette question qu'elle pose, Caroline Hahn n'apporte pas seulement des réponses visant à déterminer si un tel contrôle est devenu obsolète: elle analyse également le fonctionnement du service public dans le domaine audiovisuel et propose de nouvelles idées pour une réforme ultérieure. Elle va jusqu'à avancer ce qui pourrait être une future position commune européenne à ce sujet. Le livre est divisé en cinq parties. La première a pour objectif de poser le sujet d'étude: la liberté de la presse dans la législation allemande et la portée du contrôle sur les chaînes de télévision en Allemagne sont discutées. Le chapitre qui suit est sans doute celui qui intéressera le plus un lecteur motivé par la dimension européenne, l'auteur s'attachant à y comparer le contrôle des chaînes en Allemagne et chez ses voisins européens. Dans ces pages, le cas d'Arte, la chaîne transnationale franco-allemande, est analysé de manière spécifique. Par la suite, l'auteur offre tour à tour une analyse détaillée des problèmes que soulève le contrôle des chaînes publiques et une réflexion sur sa réforme possible en Allemagne. C'est dans la dernière partie qu'une solution au niveau européen est envisagée à la lumière, en particulier, du Mémorandum de la Commission sur les chaînes de télévision.
(JD)
*** KATHLEEN ARENDT, PATRICK ROSSLER, ANJA KALCH, FRANZISKA SPITZNER: Children's Film in Europe. A Literature Review. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2010, 164 p., 32,50 €. ISBN 978-3-631-60454-0.
Fruit du travail de recherche mené par des chercheurs allemands, cet ouvrage donne un aperçu complet de la littérature scientifique consacrée aux films pour enfants en Europe depuis 2010. Cette analyse couvre pas moins de 42 pays européens et se focalise tout particulièrement sur le financement des films pour enfants, sur leur production et distribution, enfin sur la culture qui les imprègne. Les auteurs ont veillé à croiser toutes les sources disponibles (sources en ligne et Internet, catalogues de librairie, entretiens avec des experts), au plan national comme transnational, ce qui conduit notamment à observer une grande disparité en la matière.
(PBo)