Bruxelles, 31/01/2011 (Agence Europe) - En dépit de son caractère informel, la première réunion depuis l'été 2008 des ministres du Commerce des principales puissances à l'OMC, organisée ce week-end en marge du Forum économique mondial de Davos, était très attendue. L'UE, l'Australie, les États-Unis, le Japon et les grandes nations émergentes, le Brésil, la Chine et l'Inde, se sont engagés à relancer le round de Doha et à tout mettre en œuvre pour aboutir à un accord global en juillet.
Hôte de la ministérielle entre les sept grands acteurs de l'OMC dans la soirée de vendredi, Karel De Gucht s'est montré rassurant, à l'issue de la réunion de trois heures élargie aux ministres d'une vingtaine de pays, samedi 29 janvier, quant à l'éventualité d'une issue heureuse du round avant fin 2011, telle que l'ont souhaité les dirigeants du G-20. « Tout le monde était d'accord pour dire que nous sommes en fin de partie, que nous devons conclure un accord en juillet », a expliqué à la presse le commissaire européen au Commerce, précisant que de nouveaux projets de textes de compromis sur les modalités de libéralisation des échanges en agriculture, pour les produits industriels et les services, seront à cet égard nécessaires « en mars ». Les présidents des deux réunions, M. De Gucht et le ministre suisse de l'Économie Johann Schneider-Amman, « ont proposé d'avoir un texte révisé d'ici Pâques, si possible en avril, et d'avoir un accord global conclu en juillet », confirme le ministre japonais de l'Économie, Banri Kaieda. « Les ministres ont convenu de la nécessité d'accélérer les négociations bilatérales et plurilatérales et de combler l'écart entre les positions de chacun », assurent pour leur part les services de M. Schneider-Amman.
Si le directeur général de l'OMC Pascal Lamy a salué une « totale convergence » des participants sur l'importance de boucler cette année un round de négociations lancé en 2001 et dédié au développement, Ron Kirk s'est montré plus prudent sur les échéances, en admettant seulement qu'un « sentiment d'urgence » était partagé quant à la nécessité de « s'engager immédiatement pour saisir la fenêtre d'opportunité actuelle ». « Les États-Unis y participeront activement », a néanmoins promis le représentant américain au Commerce. Selon plusieurs sources proches des négociations, l'engagement américain à conclure le round de Doha dans les délais demandés par le G-20 est à mettre sur le compte d'un rapprochement entre les États-Unis et la Chine depuis le sommet de Séoul en novembre. À Davos, la volonté des deux pays de progresser était palpable.
Les risques d'un échec et ses conséquences pour l'économie mondiale et le système multilatéral ont aussi joué en la faveur d'un engagement renouvelé par l'ensemble des parties à Davos, où le premier ministre britannique David Cameron et la chancelière allemande Angela Merkel ont exhorté les 153 pays membres de l'OMC à conclure un round « bénéfique pour tous ». « Beaucoup de travail reste à faire », a toutefois prévenu M. De Gucht samedi. La balle est notamment dans le camp des grandes économies émergentes bien décidées à ne pas lâcher du lest sans de nouvelles concessions en retour des nations développées. « Ceux qui demandent davantage devraient aussi payer davantage », a averti le ministre brésilien des Affaires étrangères Antonio de Aguiar Patriota. Le ministre chinois Chen Denming s'est de son côté montré plus constructif, plaidant pour que les négociations à venir soient largement basées sur les compromis trouvés en juillet 2008. (E.H.)