login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10268
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Attitudes de la presse, un succès de Mme Merkel, Guy Verhofstadt insiste

Trop cher ou trop faible ? Qui aura l'envie et la patience de comparer les réactions d'une partie de la presse aux évolutions de la valeur de l'euro ? Il y a quelques semaines, le chœur des lamentations s'adressait à la cotation trop élevée de la monnaie européenne, car elle démolissait la compétitivité des produits européens en les rendant trop chers à l'exportation. La tendance de l'euro s'est ensuite renversée, et les plaintes concernent à présent le glissement de sa valeur par rapport au dollar, ce qui prouverait la chute de la confiance mondiale dans la monnaie européenne. Et les lamentations en sens opposé apparaissent dans les mêmes journaux, parfois avec la même signature ! Dans quelques cas, c'est la tendance anti-européenne qui s'exprime ; dans d'autres, c'est la conviction superficielle selon laquelle seul le sensationnel attire les lecteurs, et d'autant plus s'il est négatif. Or, il suffit de comparer les évolutions de l'euro dans la durée pour constater que les oscillations sont permanentes, que les mythiques «marchés financiers» ne se préoccupent que de gagner autant que possible par leurs spéculations, au détriment des économies réelles. Cette partie de la presse qui se complaît dans les exagérations devient parfois leur complice ; elle contribue de toute manière à entretenir la confusion.

Un élément moral dans la jungle financière. Ma deuxième constatation est plus réjouissante. Angela Merkel a réussi à introduire un élément que je qualifie de « moral » dans le nouveau Mécanisme de stabilité européenne (ESM) qui, pour les monnaies de la zone euro, deviendrait opérationnel dans la deuxième moitié de 2013: le secteur privé sera impliqué dans la restructuration éventuelle de la dette d'un État membre (voir notre bulletin n° 10266). Certes, cette implication ne sera pas automatique, elle sera décidée au cas par cas, et elle nécessite une petite révision du Traité de Lisbonne ; mais les procédures seront accélérées: Herman Van Rompuy présentera avant la fin de l'année un projet de modification du traité. Les créanciers de l'État membre endetté pourront rééchelonner le remboursement, baisser le taux d'intérêt et même réduire la valeur des titres de la dette ; et le secteur privé sera impliqué dans l'opération.

Au départ, une telle orientation avait été considérée comme une folie, même par M. Trichet, président de la Banque centrale européenne: les organismes privés auraient tout simplement renoncé à acheter les titres des pays en difficulté ! Dans mon ignorance, dépourvu de connaissances et de liens dans les milieux financiers, j'avais considéré qu'en principe l'orientation de la chancelière allemande était opportune, voire indispensable, car la seule justification à l'imposition de taux d'intérêt s'approchant de 10% est l'acceptation du risque: prétendre encaisser sans risques des intérêts de ce niveau, c'est un comportement d'usurier, condamné par toutes les religions. Les modalités de la participation des créanciers privés seront décidées au cas par cas, et après cette clarification du Conseil Écofin, même M. Trichet a défendu cette mesure devant les parlementaires européens (voir notre bulletin n° 10267).

Les banques se divisent. Il serait injuste de placer toutes les banques sur le même plan. On assiste de plus en plus à des prises de position de banquiers qui rejettent les attitudes spéculatives et les considèrent comme une déviation, une trahison de leur rôle. Ils se félicitent de la possibilité de se concentrer sur leur véritable fonction de financer et soutenir l'activité économique. Il faut souhaiter que l'hypothèse de diviser les banques en deux catégories distinctes, selon la nature de leur activité, puisse être relancée. Des objections valables ont été émises, mais des compromis sont peut-être possibles.

Guy Verhofstadt sans surprises. Le président du groupe libéral du Parlement européen a lancé son plan de sauvetage de l'euro. Au-delà des aspects techniques qu'il développe, il estime que rien de stable et d'efficace ne sera obtenu sans un progrès politique radical de la construction européenne, car l'euro ne peut pas être efficacement géré sans une politique économique unique, ce qui présuppose « un nouveau transfert de pouvoirs et de compétences » à l'Union européenne. Il estime indispensable de créer un marché unique pour les bons du Trésor des pays de la zone euro et il formule des suggestions pour qu'il puisse fonctionner. Mais sa conclusion est radicale: « Il n'y a qu'une possibilité: à côté du pilier monétaire, la zone euro a besoin d'un pilier économique et politique. C'est la seule manière de donner à l'euro et à l'Europe un vrai futur. »

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES