Bruxelles, 08/11/2010 (Agence Europe) - La folie des sushis dans le monde entier alimente un marché noir du thon rouge pesant 4 milliards de dollars en dix ans et où les gouvernements sont souvent de mèche avec les industriels de la pêche, selon une étude internationale publiée dimanche 7 novembre. Cette étude intervient à un moment délicat où l'UE tente de définir sa position en vue de la prochaine réunion de la CICTA (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique) à Paris du 17 au 27 novembre.
L'International Consortium for Investigative Journalists, un réseau mondial de journalistes d'enquête, est parvenu à l'issue de sept mois de recherche à la conclusion que les pêcheurs dépassent les quotas de prises en toute connaissance de cause pour alimenter un marché lucratif, malgré les menaces qui pèsent sur la survie de l'espèce. À son pic, entre 1998 et 2007, le marché noir atteignait, selon les journalistes qui ont mené cette investigation, 400 millions de dollars par an et concernait plus d'un thon rouge sur trois. « Tout le monde trichait », explique le pêcheur français Roger Del Ponte, cité dans l'enquête.
« Nous avons découvert que le système avait échoué sur toute la ligne. Les bateaux pratiquaient la surpêche et les responsables officiels faisaient mine de l'ignorer depuis des années », raconte Kate Willson qui a participé à l'enquête. La CICTA a mis en place en 2008 un nouveau système pour mieux surveiller ce commerce. Mais, selon l'étude, sa base de données s'est montrée inefficace et les thoniers se sont déplacés vers des zones moins surveillées, comme l'Afrique du Nord.
Bruno Le Maire, le ministre français de la Pêche, « regrette que cette étude ne fasse pas état des efforts accomplis par les États producteurs de thon rouge et les pêcheurs depuis plusieurs années pour atteindre une exploitation durable et responsable de cette ressource ». S'agissant des dépassements de quotas enregistrés entre 1997 et 2007, la France rappelle qu'elle a fait cesser ces pratiques en 2007. La France a déclaré tous ses dépassements de quotas et a été sanctionnée en 2008 par le remboursement de ce dépassement à travers une déduction dans les quotas des années suivantes Ainsi, en 2009, le France a obtenu un quota de 3591 tonnes au lieu de 4041 et en 2010, le quota était de 2012 tonnes au lieu de 2462. Depuis 2008, ces quotas ont été strictement respectés. S'agissant des documents de traçabilité des captures, rendus obligatoires depuis trois ans, Bruno Le Maire admet qu'ils peuvent cependant encore être améliorés. C'est pourquoi il a proposé que la prochaine réunion de la CICTA à Paris décide de la « dématérialisation » de ces documents et de leur transmission par communication satellitaire pour validation en temps réel comme c'est actuellement déjà le cas pour les déclarations de captures.
Pour le WWF et Greenpeace, cette étude « confirme qu'un petit nombre de pêcheurs et politiciens corrompus tirent profit de l'extermination du thon rouge. Cette pêche est hors de contrôle et l'Union européenne est le seul acteur qui peut changer les choses ». (L.C.)