Bruxelles, 08/11/2010 (Agence Europe) - Les déséquilibres monétaires et de change fragilisent l'agriculture européenne. Une étude réalisée par le think tank momagri©, qui sera dévoilée ce mardi 9 novembre, montre en effet que la sous-évaluation du dollar par rapport à l'euro confère à l'agriculture américaine un avantage compétitif estimé à 14,4 milliards de dollars en 2009, soit l'équivalent de 50 Airbus A380. Ceci alors que la « guerre des monnaies » risque de dominer le sommet du G20, les 11 et 12 novembre, à Séoul.
Le think tank momagri©, mouvement pour une organisation mondiale de l'agriculture, explique que « la communauté internationale ne prend pas assez en compte l'impact des déséquilibres monétaires et de change sur le secteur agricole ». Pourtant, les taux de change et les taux directeurs définis par les banques centrales sont devenus « des variables essentielles de la compétitivité agricole ».
Une comparaison entre l'Europe et les États-Unis l'illustre: - la sous-évaluation du dollar par rapport à l'euro a constitué ces deux dernières années un avantage, indirect mais effectif, pour l'agriculture américaine par rapport à l'agriculture européenne évalué à 17,8 milliards de dollars en 2008 et à 14,4 milliards de dollars en 2009 ; - les taux d'intérêt plus avantageux pratiqués par la Banque centrale américaine (la FED) par rapport à ceux de la BCE (Banque centrale européenne) se sont traduits par un avantage, au profit des farmers américains, de 2,9 milliards de dollars en 2008 et 106 millions de dollars en 2009. Cela représente au total un avantage compétitif pour l'agriculture américaine estimé à 20,7 milliards de dollars en 2008 et 14,5 milliards de dollars en 2009 (le prix de 50 Airbus A380 !), soit l'équivalent de, respectivement, 6,5% et de 5% de la valeur de la production agricole américaine.
Selon Pierre Pagesse (président de Limagrain), à la tête de momagri©, « il est essentiel de prendre en compte ces variables de change et monétaires dès le prochain G20 car les marchés agricoles, devenus plus instables avec la spéculation, sont porteurs d'une nouvelle crise financière et alimentaire. Sans compter que la menace d'une libéralisation sans régulation du commerce agricole international est toujours présente à l'OMC ». Christian Pèes, vice-président de momagri©, estime que « ceux qui subissent ces déséquilibres sont soumis à des pressions permanentes qui s'aggravent d'autant dans les périodes de forte volatilité des prix ».
Momagri rassemble des responsables du monde agricole et des personnalités d'horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense, etc.). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d'évaluation (modèle économique, indicateurs…) et en formulant des propositions pour une politique agricole et alimentaire internationale.
Toute décision de régulation des marchés financiers et plus largement de réforme du système monétaire international peut avoir un impact non négligeable sur la compétitivité internationale des secteurs économiques, et notamment l'agriculture.
« Si les taux de change et les politiques monétaires pratiquées par les différentes banques centrales ont toujours eu un impact sur la compétitivité à l'export des secteurs agricoles, leur influence s'est fortement accrue depuis 2005 », expliquent les experts de Momagri. Qui font valoir trois raisons: - le développement du recours à l'endettement des agriculteurs et la crise de la dette confèrent un rôle accru aux taux directeurs définis par les banques centrales ; - la libéralisation progressive des marchés agricoles et l'accroissement des volumes échangés donnent aux taux de change un effet prépondérant dans l'orientation des flux commerciaux ; - les marchés agricoles sont soumis à une financiarisation croissante, faisant des variables économiques et financières des critères de décision clés. Aussi, « avant de réguler les marchés financiers et financiarisés, il est indispensable d'identifier la manière dont la compétitivité des autres secteurs économiques, notamment le secteur agricole, est affectée par une modification des taux de change ou de la politique monétaire », explique le think tank.
Momagri© conduit une analyse des soutiens accordés par les États à leur agriculture, dans le cadre de son projet de développement d'une « Agence de notation sur l'agriculture ». Un premier rapport sur les comparaisons UE/États-Unis sera publié mi-janvier 2011. Il permettra de mesurer les soutiens directs (budgets des politiques agricoles) et indirects (politiques financières et monétaires, aides alimentaires…) à l'agriculture pratiqués dans les deux principales régions productrices de la planète.
Plus d'infos sur le site Internet (http://www.momagri.org ). (L.C.)