Bruxelles, 20/07/2010 (Agence Europe) - La Commission européenne adoptera, à la mi-novembre, une communication sur l'avenir de la politique agricole commune (PAC) après 2013, date d'expiration du cadre financier actuel de l'UE. Elle devrait préconiser, notamment, des aides mieux réparties et plus équitables, le maintien des deux piliers de la PAC, des outils pour prévenir les crises, ou encore la création de nouveaux outils pour lutter contre la volatilité des revenus.
À la fin de la conférence de deux jours sur l'avenir de la PAC, Dacian Ciolos, le commissaire européen à l'Agriculture, a noté un consensus sur les grands défis que l'agriculture doit relever, tout en concédant qu'il existe « des visions différentes sur les outils » pour l'avenir. « Les agriculteurs n'ont pas à rougir du fait qu'ils sont soutenus par des fonds publics », a lancé le commissaire. Il a concédé que les soutiens doivent être « mieux répartis, mieux ciblés et plus lisibles ». L'idée d'appliquer un taux de paiement uniforme séduit certaines personnes, mais, selon le commissaire, l'équité veut dire beaucoup plus que l'égalité. Le commissaire a reconnu qu'il fallait mettre un terme aux critères historiques (utilisés pour déterminer le montant de certaines aides). « Nous devons utiliser des critères objectifs et réalistes: types d'exploitation, contexte socio-économique, climatique et environnemental », a-t-il précisé.
Sur la structure, il a défendu le maintien des deux piliers, « deux facettes complémentaires de la PAC ». Le premier pilier représente le soutien de l'ensemble des agriculteurs européens sur une base annuelle. La politique de développement rural (second pilier) a trait à l'évolution des filières et des territoires, y compris sur le plan environnemental. Elle doit être suffisamment flexible pour atteindre les objectifs.
M. Ciolos s'est dit prêt à évoquer, dans le cadre du défi qu'est la mondialisation, le sujet des protéines. Mais en tenant compte des capacités agronomiques de l'Union européenne et de l'apport environnemental des légumineuses. « Je doute fort que nous soyons en mesure de couvrir l'ensemble de nos besoins », a concédé le commissaire. S'agissant du défi environnemental, il a admis que l'agriculture doit améliorer ses pratiques de production et réduire ses émissions de carbone. S'agissant du défi économique, M. Ciolos va travailler sur les axes suivants: - renforcer « notre dispositif commun de prévention des risques et de gestion des crises ». Un « filet de sécurité solide », au-delà des aides directes, « est nécessaire », selon lui ; -conserver des outils de gestion des marchés ; - imaginer de nouveaux dispositifs pour « répondre à la problématique de la volatilité excessive des revenus ». Enfin, selon le commissaire, « la PAC doit nous permettre de préserver l'équilibre de nos territoires ». Face à ce défi, « il existe une convergence de vues claire sur la nécessité de faire évoluer la PAC et de la réformer ».
Padraig Walshe, le président du COPA (Comité des organisations professionnelles agricoles de l'UE), est intervenu lors de la conférence pour mettre en lumière les incohérences des politiques communautaires: « Tout en rendant la PAC plus 'verte' et en imposant un nombre croissant de réglementations en matière de protection de l'environnement et de sûreté des aliments aux activités des agriculteurs européens, la Commission entreprend des négociations commerciales avec les pays du Mercosur, lesquels ne sont pas tenus de respecter ces normes élevées. Et pourtant, cela aurait pour conséquence une déforestation accrue dans ces pays ainsi qu'une augmentation du chômage dans les zones rurales de l'UE », a-t-il estimé. Selon lui, les perspectives d'avenir ne sont pas très encourageantes (la volatilité des prix est en hausse, l'UE a proposé une baisse de 60% en moyenne des droits de douane sur les produits agricoles dans le cadre du cycle de négociations de Doha, la Commission s'apprête à offrir un accès préférentiel encore plus important au Brésil…). « Pire encore, nous entendons certaines personnes proposer d'exercer une pression encore plus forte à l'avenir sur les agriculteurs européens en leur imposant de nouvelles réglementations et obligations coûteuses et en réduisant toujours plus les aides de la PAC. Cela est absurde. Si ces aides venaient à être réduites, l'agriculture de l'UE deviendrait encore plus intensive », a conclu M. Walshe.
Paolo Bruni, président de la COGECA (Confédération générale des coopératives agricoles de l'UE), a demandé à la Commission européenne de « garantir de toute urgence une PAC forte, qui améliore la position compétitive des agriculteurs et renforce leur rôle économique consistant à fournir des denrées alimentaires et des services à 500 millions de consommateurs européens ». À son avis, le budget européen consacré à l'agriculture et les paiements directs destinés aux agriculteurs doivent « à tout le moins être maintenus pour préserver la compétitivité du secteur agricole de l'UE et le dynamisme des zones rurales ». (L.C.)