Bruxelles, 16/12/2009 (Agence Europe) - La déclaration musclée que le Conseil Affaires étrangères a adoptée le 8 décembre (EUROPE n°10036) - appelant Israël et les Palestiniens à reprendre d'urgence les pourparlers de paix en vue d'une solution fondée sur les deux États, affirmant que Jérusalem devra être la « future capitale de deux États », critiquant sévèrement l'extension des colonies juives à Jérusalem-Est et réitérant que l'UE ne reconnaîtra aucun changement des frontières d'avant 1967 qui n'ait pas fait l'objet d'un accord entre les parties - permettra-t-elle de relancer le processus de négociation ou, au contraire, aura-t-elle un impact contre-productif, notamment sur Israël qui n'a pas apprécié le langage très franc des Européens ? C'est toute la question qui était au centre du débat que les députés européens, réunis en séance plénière à Strasbourg, ont eu mardi après-midi (15 décembre) avec Cecilia Malmström (Présidence suédoise) et le Haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton.
« Bonne déclaration qui doit être suivie d'actions ». Les ministres des Affaires étrangères ont adopté une « bonne déclaration qui n'est pas anti-israélienne » même si elle souligne que l'extension des colonies juives dans les territoires palestiniens, y compris à Jérusalem-Est, est « inacceptable », estime l'Autrichien Hannes Swoboda (S&D). La Belge Annemie Neyts-Uyttebroeck (ADLE) est d'accord: il s'agit d'une « bonne déclaration », adoptée à l'unanimité, qui envoie le « bon signal » aux deux parties. « J'espère que Israël comprendra l'importance du message » et reviendra à la table des négociations pour travailler en faveur de la solution des deux États qui coexistent en paix et sécurité, a-t-elle dit. Alors que tout le monde, y compris les jeunes Israéliens et Palestiniens, sait que la future solution ne pourra que résider dans la coexistence de deux États dans les frontières de 1967, avec Jérusalem comme capitale des deux États, avec une démilitarisation de l'État palestinien et une solution appropriée aux problèmes des réfugiés palestiniens, « les dirigeants hésitent encore à se parler », a déploré le Chypriote Ioannis Kasoulides (PPE). La déclaration du Conseil est forte, « mais quand l'UE ira-t-elle au-delà des jolis mots pour enfin agir ? Nous disons toujours: Israël doit faire ceci, Israël doit faire cela, mais quels moyens de pression avons-nous ?», se demande la verte britannique Caroline Lucas. Pour elle, l'UE doit sérieusement réfléchir à une suspension de l'accord d'association UE/Israël. « Si nous sommes sérieux avec la solution de deux États, alors nous devons prendre des mesures pour protéger le caractère palestinien de Jérusalem-Est » et agir contre la colonisation juive dans cette partie orientale de la ville, a dit Mme Lucas, rappelant que les ambassadeurs de l'UE à Jérusalem ont suggéré une série de mesures dans leur récent rapport (novembre) très critique vis-à-vis d'Israël. Le Chypriote Kyriacos Triantaphyllides (GUE/NGL) est parfaitement d'accord avec Mme Lucas. « La situation sur le terrain empêche la création d'un État palestinien », dit-il. « Aujourd'hui, il y a environ cinq cent mille colons qui vivent sur un territoire palestinien! Il y a une volonté de créer un carcan étouffant autour de Jérusalem Est, forçant les Palestiniens à abandonner leur foyer », estime M. Triantaphyllides qui exige des sanctions contre Israël. Selon lui, « la violation constante des droits de l'Homme donne lieu à l'imposition de sanctions contre Israël sur la base de l'article 2 de l'Accord d'association. Si l'UE maintient sa position actuelle, soutenant le processus de paix, mais en même temps n'imposant aucune restriction, Israël consolidera encore davantage sa propre position », conclut-il. L'Irlandais Proinsias De Rossa (S&D), qui était à la tête d'une délégation du PE qui s'est vu refuser l'accès à Gaza par les autorités israéliennes seulement quelques heures après l'adoption de la déclaration par le Conseil, a également salué les conclusions des 27 qui, à son avis, peuvent donner une « nouvelle dynamique » au processus de paix. Il a sévèrement condamné le « système d'apartheid » installé par Israël contre les Palestiniens mais a plaidé pour des incitations plutôt que des sanctions contre Israël pour remettre le processus de paix sur les rails. Son collègue britannique Chris Davies (ADLE) n'a pas été tendre non plus avec Israël, parlant « d'une sorte de nettoyage ethnique » à Jérusalem-Est. « Mais qu'allons nous faire ? Les conclusions (du Conseil) sont bonnes mais nous ne faisons jamais suivre nos déclarations d'actions concrètes ! », a dit le député qui s'est aussi insurgé contre le fait que ce sont les Européens qui paient pour les destructions des maisons palestiniennes par Israël. L'UE doit maintenant mettre en œuvre les principes qu'elle mentionne dans sa déclaration et mettre Israël devant ses responsabilités. « Israël ne bougera pas tant qu'elle ne sera pas poussée », a conclu M. Davies. « Il faut agir », estime aussi le Français Patrick Le Hyaric (GUE/NGL) qui suggère de suspendre l'accord d'association « tant que les dirigeants israéliens ne respectent pas le droit international ». Son collègue maltais Simon Busuttil (PPE) salue aussi les « bonnes conclusions » du Conseil qui doivent maintenant être suivies d'actions. L'UE ne peut pas rester « silencieuse » face à ce qui se passe à Jérusalem-Est, dit-il. Le Conseil met à juste titre le doigt sur la colonisation inacceptable, mais quelles sont les mesures concrètes que l'UE peut et veut mettre en œuvre pour faire en sorte qu'Israël arrête ces activités ?, voulait savoir la Française Hélène Flautre (Verts/ALE) qui se demande aussi quel suivi sera donné au rapport Goldstone sur l'offensive israélienne à Gaza.
« Conclusions contre-productives » et « erreur diplomatique ». Toute une série de députés ont exprimé leur incompréhension et mécontentement à l'égard de la déclaration du Conseil. Elle constitue un « pas en arrière dans le processus de paix », estime par exemple le Néerlandais Bastiaan Belder (Groupe Europe libertés démocratie) qui déplore que l'UE s'immisce dans les négociations bilatérales israélo-palestiniennes (ce qui est contraire aux principes énoncés par le Quartette, dit-il) en préjugeant que Jérusalem sera la capitale de deux États. « Le Conseil et la Commission doivent cesser de faire des déclarations contre-productives », recommande M. Belder. En annonçant, fin novembre, un gel des colonisations, Israël a déjà agi dans la bonne direction « mais la partie palestinienne ne bouge pas », estime le Néerlandais Peter van Dalen (ECR) qui se demande si les Palestiniens ont vraiment « la volonté et la capacité de négocier » la paix. La Britannique Diane Dodds (NI) rappelle que « Israël est la seule démocratie fonctionnant dans la région » et que le Conseil et la Commission, dans leurs déclarations, ne tiennent pas suffisamment compte des intérêts de sécurité du pays. Le Finlandais Hannu Takkula (ADLE) estime qu'une capitale partagée (Jérusalem) pour deux États ne serait pas une bonne idée. « Israël a le droit d'avoir sa propre capitale » à elle seule, estime-t-il. Son collègue espagnol du même groupe, Ramon Tremosa i Balcells, a fustigé le Conseil pour avoir adopté une déclaration « contre-productive » qui pourrait « nuire » à la position de l'UE comme moteur dans le processus de paix. L'UE ferait mieux de « se concentrer sur le développement de la démocratie dans les territoires palestiniens », une condition « indispensable » pour aboutir à la paix avec Israël. La Belge Frédérique Ries, du même groupe, a elle aussi critiqué une « erreur diplomatique » du Conseil dans la mesure où, dans sa déclaration (notamment sur le futur statut de Jérusalem « comme future capitale de deux États »), il « préjuge le résultat des négociations » entre Israéliens et Palestiniens. (H.B.)