Strasbourg, 16/12/2009 (Agence Europe) - Si elle n'avait pas encore pour tâche de contribuer à un succès des négociations de Copenhague, la Présidence suédoise pourrait d'ores et déjà s'enorgueillir de son bilan. Dans sa grande majorité, le Parlement européen a salué, mercredi 16 décembre, une Présidence active, qui n'a pas chômé et qui a réussi à mener à bien ses principales priorités dans un contexte difficile. Réaction face à la crise (stratégies de sortie, réglementation sur la supervision financière, etc.), questions institutionnelles (référendum irlandais, entrée en vigueur du Traité, présidence stable et autres nominations), programme de Stockholm, préparation de la position de l'UE pour Copenhague, sur tous ces aspects la satisfaction prévaut, bien que certains députés fassent aussi part de déceptions ponctuelles. Majoritairement positif, le verdict des députés européens reste toutefois encore suspendu au résultat final de la conférence sur le changement climatique. Alors que l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne restera comme une marque durable de la Présidence suédoise, nombreux sont aussi ceux qui, forts du rôle accru du Parlement européen, promettent de s'affirmer davantage face au Conseil.
« Mon groupe est d'accord avec la gestion honnête et responsable des affaires européennes qui a été la marque de la Présidence suédoise », a souligné Joseph Daul, qui apprécie que l'Europe n'a pas fait de « fausses promesses » en matière économique ou sociale notamment. Attention donc à l'avenir de ne pas répéter les erreurs de la stratégie de Lisbonne (version 2010) qui, en fixant des objectifs irréalistes, « a déçu ». Il ne faudra pas faire de la stratégie pour 2020 « une nouvelle usine à gaz », a insisté le président du PPE.
« La Présidence suédoise s'est donné beaucoup de mal », a estimé son homologue du groupe S&D, Martin Schulz, en saluant une « Présidence de transition » qui a dû se contenter pour une large part d'un rôle de coordination. Le Traité de Lisbonne est un progrès et le fait que la Présidence suédoise ait pu le concrétiser, un grand succès pour elle. Mais ce traité « ne peut pas être la fin de l'évolution institutionnelle de l'Europe qui fournirait des solutions à tous les problèmes du monde » et la « Commission serait bien inspirée de chercher une majorité au PE » pour faire passer la législation à l'avenir.
La Présidence ne se termine pas aujourd'hui, « il faut encore un succès à Copenhague », a souligné Guy Verhofstadt, pour qui un accord est « possible ». Pour cela, la stratégie devrait consister à établir « une coopération triangulaire », entre les États-Unis, la Chine et l'Europe, grâce à laquelle on aura « une base sérieuse pour convaincre les autres ».
Aux yeux de Michal Tomasz Kaminski et du groupe ECR, « la Présidence suédoise a évité une politique populiste en période de crise ». Elle n'a toutefois pas véritablement obtenu de succès en matière de politique étrangère, regrettant notamment que l'Europe ne soit toujours pas chef de file au Proche-Orient.
« Cette présidence a été couronnée de succès », elle a « permis d'achever la procédure de ratification et tous les autres objectifs ont été réalisés », a déclaré José Manuel Barroso. 11ème personnalité avec qui il a travaillé dans le cadre des présidences tournantes au cours de son mandat à la tête de la Commission, M. Reinfeldt « mérite d'être sur le podium des meilleures présidences », a lancé M. Barroso.
Changement climatique. Désireux d'être « une force positive » à Copenhague, le Premier ministre suédois a concédé devant la presse que si la proposition de l'UE visant à réduire de 30% le niveau des émissions en 2020 restait sur la table, il attendait toujours un effort comparable de partenaires comme les États-Unis ou le Canada. Cette approche conditionnelle est fortement contestée par les Verts-ALE, dont la co-présidente a rappelé qu'il lui est « difficile d'entendre que l'UE joue un rôle de leader ». Pour Rebecca Harms, « le leadership s'obtient en montrant l'exemple », or l'objectif de réduction de 20% n'est pas suffisant. « Les Européens ont ouvert toutes les petites portes arrières qui leur permettent de ne pas réduire au plan national » et de nombreux experts constatent que ce qui est proposé mènerait non pas à une réduction mais à une augmentation des émissions d'ici 2020, affirme-t-elle.
« Nous nous engageons sur la base d'un texte contraignant avec des financements que je n'ai pas vus ailleurs », a rétorqué M. Reinfeldt. L'Europe a fait ce qu'elle pouvait, elle a la volonté de passer à 30% mais il faut que les autres grands pollueurs avancent aussi. Si certains se contentent de communiqués de presse, « nous avons une législation qui reprend nos objectifs », a martelé M. Barroso. Certains disent que c'est insuffisant, mais 7,2 milliards sur 3 ans « dans le contexte actuel, c'est vraiment un engagement important », pas seulement une idée lancée, mais « un véritable engagement », a-t-il insisté. Donc: « nous devons reconnaître que nous avons été pionniers ».
« J'attends de Copenhague des engagements équilibrés, sur le court et le moyen termes, vérifiables, assortis de sanctions financières en cas de non respect », a insisté Joseph Daul. Plutôt que de critiquer, comme les verts et les communistes « qui n'ont aucune responsabilité nulle part en Europe », il faut être réaliste et la Présidence suédoise l'a été sur le climat, s'est insurgé Werner Langen (PPE, allemand). Un peu moins en revanche sur la perspective d'adhésion à la zone euro, selon lui: « Vous aviez dit que vous entreriez dans l'euro ; la Suède est-elle maintenant à la porte de l'euro ? ».
Économie et finance. Le suivi des conséquences de la crise a rythmé la Présidence suédoise, mais si les résultats sont tangibles ils manquent parfois d'ambition, ont noté des parlementaires. Au nom de la GUE-NGL, Lothar Bisky a déploré que le Conseil européen n'ait pas émis de messages clairs sur la stratégie 2020 et se contente de suivre les orientations de l'ancienne Commission (Barroso I). « Pourquoi n'avez vous pas donné un signal clair pour soutenir l'économie réelle » et les PME ?, s'est aussi demandé Mario Borghezio (ELD). « Certains moments historiques » ont marqué la Présidence suédoise, mais sur certains sujets, le bilan est en « demi-teinte », a précisé la socialiste française Catherine Trautmann, qui regrette qu'en matière de supervision financière, les conclusions du Conseil ÉCOFIN restent en dessous des propositions du groupe de Larosière. Même M. Barroso a souhaité aller plus loin que ce que propose le Conseil sur ce point. « J'espère que le Parlement européen va renforcer et rééquilibrer les réglementations dans ce domaine lors de la prochaine phase de négociations », a-t-il dit, en jugeant que « le texte de la Commission a été un peu trop dilué » (notamment en introduisant la possibilité de veto).
Justice et affaires intérieures. Le programme de Stockholm peut « servir de tremplin de façon à modifier la situation en matière de liberté, sécurité et justice » qui sera « l'un des secteurs clés pour les prochaines années », a jugé M. Barroso. La Présidence suédoise n'aura toutefois pas la meilleure note chez Silvana Koch-Mehrin (ADLE). D'une part parce que « vous avez fait du Conseil européen un super gouvernement de l'UE » responsable de la politique environnementale, des finances, etc. « mais à huis clos » et, d'autre part, parce que sur le dossier Swift, vous avez mis de côté le Parlement, a jugé la libérale allemande. Un accord trouvé juste avant l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne par les ministres de l'UE a en effet permis au Trésor américain de continuer à avoir accès aux informations bancaires gérées par Swift, alors que le Parlement demandait un report de la décision de façon à pouvoir exercer ses nouvelles compétences de co-législateur en la matière. Une attitude qui n'a pas été du goût de plusieurs députés, qui, comme Judith Sargentini (Verts-ALE, néerlandaise), y voient une « lacune de votre présidence ». Åsa Westlund (S&D, suédoise) craint quant à elle que le programme de Stockholm risque d'aboutir à une forteresse européenne plutôt qu'à mieux garantir les droits des personnes. « Tout n'est pas équilibré » dans le programme de Stockholm, qui créera des dépenses exagérées, alors que ces sujets sont avant tout du domaine de la souveraineté des États, a ajouté le conservateur britannique Timothy Kirkhope. (A.B.)