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Bulletin Quotidien Europe N° 10042
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/onu/climat

Les chefs d'État devront faire des miracles s'ils veulent vraiment un accord climatique ambitieux

Copenhague, 16/12/2009 (Agence Europe) - Bien malin qui pouvait prédire, mercredi 16 décembre, ce qui sortira de la conférence de Copenhague entrée dans sa dernière ligne droite (COP 15, 7-18 décembre). Mais, sauf sursaut des ministres de l'Environnement dans la nuit, le risque semblait grand que les dirigeants de la planète n'aient pas le temps de se pencher sur les détails de textes beaucoup trop volumineux. À quelques heures de l'arrivée de 140 chefs d'État ou de gouvernement - Fredrik Reinfeldt, président du Conseil européen et José Manuel Barroso, président de la Commission sont arrivés dans la soirée -, les négociations étaient bel et bien dans l'impasse. La réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés, les engagements des pays en développement, comme le financement à court et à long termes de l'aide aux pays pauvres sont restés au point mort, au grand dam du G77 conduit par le Soudan, et à la déception de l'UE. Le fait que la Chine et les États-Unis, les deux plus gros émetteurs de CO2, aient chacun invité l'autre à faire plus a favorisé l'immobilisme général.

Artur Runge- Metzger, le négociateur en chef de la Commission européenne, n'a pas caché que « les chances d'un grand accord s'amenuisent ». L'UE veut toujours voir inclus les engagements des pays industrialisés et des pays en développement, un système solide de contrôle, de 'reporting' et de vérification des engagements, et un fonds pour le financement de l'aide immédiate aux pays en développement « Plus l'on attend et plus le texte devra être court », a-t-il averti. Or pour l'heure, on est en face de deux projets de texte d'une soixantaine de pages au total,« impossibles à négocier », d'autant qu'ils comportent des centaines de parenthèses (pour identifier les points en suspens: NDLR). Le négociateur européen a reconnu que pour le financement à long terme, il ne fallait pas s'attendre à plus qu'une « formule » décrivant la manière dont l'argent sera généré, et à un ordre de grandeur, « car personne ne peut s'engager sur un montant à l'horizon 2020 », en contournant les parlements nationaux.

Au terme d'âpres discussions d'experts et à la clôture des groupes de travail sur les mécanismes du Protocole de Kyoto et les attentes à l'égard des pays en développement, une question majeure restait à trancher: quel lien établir entre la piste de travail sur le Protocole de Kyoto - la seule qui intéresse le groupe des pays en développement (parce que Kyoto contient des engagements contraignants pour les seuls pays industrialisés) - et la piste de négociation du cadre de coopération à long terme auquel participent les États-Unis ? Ces derniers, qui ne participent pas du tout aux discussions sur la deuxième période d'engagements du Protocole, font passer leur message via l'Australie et le Canada. Pour accroître la pression sur les États-Unis, l'UE et le Japon ont fait savoir qu'ils ne souhaitaient pas travailler sur le cadre de coopération à long terme, aussi longtemps que les États-Unis ne s'engageront pas au titre du Protocole de Kyoto. Mais en guise d'ouverture, l'UE a réitéré qu'elle est prête à voir converger les deux textes en un texte unique pour peu que les États-Unis prennent des engagements comparables aux siens. Quoi qu'il en soit, à l'ouverture de la session de haut niveau, mercredi après-midi, le Premier ministre danois Lars Loeke Rasmussen, qui a pris, à la présidence de la COP15, le relais de la ministre danoise au Climat et à l'Énergie, a en vain appelé les parties à rapprocher leurs points de vue. Le G 77, par la voix de la Chine, l'Afrique du Sud et l'Inde, a refusé d'avance tout nouveau projet de texte, redoutant qu'il sorte du chapeau de la Présidence danoise et ne reflète pas les négociations. « Soyons clair: l'UE est venue ici pour sceller l'accord. Le sommet de Copenhague doit être plus que simplement un nouveau point de contrôle sur la route. La percée doit avoir lieu ici et maintenant. Il est temps de déployer nos engagements. Il est temps de faire preuve du courage de réussir. L'accord de Copenhague doit être ambitieux et nous permettre de rester bien en-deçà des 2 degrés Celsius », a dit Andreas Carlgren, président du Conseil Environnement de l'UE. À la presse qui l'invitait à commenter la situation, Stavros Dimas, commissaire à l'Environnement, a confié: « La situation est fragile car c'est la fin des négociations. Le temps manque pour résoudre les questions entre parenthèses qui ont retardé les négociations. Nous devons nous concentrer et trouver des solutions sur deux ou trois questions. Nous pouvons trouver des solutions au niveau ministériel cette nuit sinon il sera impossible aux chefs d'État de traiter tant de détails ». Mais le Commissaire reste confiant dans un accord car « les citoyens veulent tous un accord. Le bon sens prévaudra ».

Au nom de l'Afrique, le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi a proposé, pour l'aide à mise en œuvre rapide, la création d'un fonds fiduciaire de 10 milliards de dollars par an entre 2010 et 2012 placé sous l'autorité de la COP, qui serait lancé à la mi-2010 pour financer « l'adaptation urgente, y compris les activités forestières » et pour préparer des programmes d'atténuation. Le fonds serait administré par un nombre égal de pays donateurs et de récipiendaires. 40% des ressources seraient destinées à l'Afrique et gérées par la Banque africaine de développement. Quant au financement à long terme, il devrait débuter dès 2013 pour atteindre 50 milliards de dollars par an en 2015 et 100 milliards par an à l'horizon 2020. Et pas moins de 50% de ces ressources seraient destinées à l'adaptation des régions les plus vulnérables d'Afrique et des petits États insulaires. M. Zenawi a invité la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques à mandater des experts pour passer en revue tous les mécanismes de financement possibles et à faire rapport dans six mois. Le président sénégalais Abdoulaye Wade, pour sa part, a ironisé sur « la stratégie des promesses qui consiste à en faire toujours de nouvelles pour faire oublier les anciennes ». Les sommes promises aux derniers G8 sont de 200 milliards de dollars, a-t-il rappelé.

Les pays du groupe Umbrella (États-Unis, Japon, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande) ont dit être prêts à mettre sur la table « des objectifs qui réduiront substantiellement leur émissions et à soumettre ces actions à un système solide de mesures, de 'reporting', de révision et de vérification ». C'est là un autre point de blocage majeur entre les États-Unis et la Chine, cette dernière refusant que toute vérification de ses objectifs interfère dans ses affaires intérieures. (A.N.)

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