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Bulletin Quotidien Europe N° 10002
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) pe/climat

Aider généreusement les pays en développement à combattre le réchauffement est un devoir pour l'UE et tous les pays riches, martèle le Parlement

Bruxelles, 20/10/2009 (Agence Europe) - Les pays les plus pauvres au monde sont les premières victimes du changement climatique sans en être les responsables historiques. La phrase était sur toutes les lèvres, mardi 20 octobre, dans l'hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, à l'occasion d'un échange de vues sur le changement climatique et les pays en développement, dans la perspective de la conférence climatique mondiale de Copenhague (COP 15, 7-18 décembre).

Pendant trois heures de débat, les eurodéputés ont appelé l'UE à se montrer généreuse envers les pays en développement pour remédier comme il convient - en espèces sonnantes et trébuchantes, via le transfert de technologies et la coopération dans la lutte contre la déforestation - à cette injustice criante. Cela, d'autant que ces pays vulnérables sont déjà accablés par la crise économique et financière dont ils ne sont pas davantage responsables. Derrière cet appel pressant et unanime, un clivage s'est toutefois dessiné entre les eurodéputés de gauche (S&D, Verts/ALE, GUE) et de l'ADLE, qui avancent un montant chiffré, additionnel à l'aide publique au développement (APD), et les eurodéputés du centre droit (PPE) qui s'abstiennent de chiffrer l'aide requise, préférant insister sur la nécessité d'un partage équitable de la charge financière entre tous les pays.

« À 48 jours de Copenhague (..), nous utiliserons au mieux le temps qu'il nous reste pour faire pression sur les autres parties », a assuré Andreas Carlgren, le président en exercice du Conseil Environnement. « Les questions de développement doivent être l'un des points nodaux à Copenhague. Le Conseil est conscient de l'ampleur du financement requis », a-t-il déclaré en citant l'évaluation de la Commission chiffrant les besoins des pays en développement à 100 milliards d'euros par an à l'horizon 2020. « Et l'UE est également prête à fournir un financement rapide jusqu'à 2012 ».

Karel De Gucht, commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire, a remercié le Parlement de son soutien. « Nous n'aurons pas d'accord ambitieux à Copenhague si nous ne prenons pas dûment en compte les besoins des pays en développement - surtout les plus pauvres et les plus vulnérables dont l'UE est déjà le premier bailleur de fonds », a-t-il rappelé. Et de plaider pour « une alliance politique avec les pays en développement, notamment les pays ACP ». Estimant qu' « un accord sur le financement sera crucial pour un accord global », le commissaire a rappelé que « L'UE est prête à assumer la part de son fardeau conformément aux critères prévus. Nous espérons que nos propositions seront reprises dans le mandat pour Copenhague », a-t-il dit. « Mais l'UE ne peut agir seule: les autres pays développés doivent faire un effort comparable ». Quant aux pays en développement, ils doivent intégrer leur politique d'adaptation dans leur stratégie de développement visant une économie à faible teneur en carbone, et veiller à ce que leur politique d'atténuation soit compatible avec leur politique de développement, a-t-il souligné. M. De Gucht a également plaidé pour la mise en place de mécanismes pour éviter la déforestation tropicale, et pour des investissements plus équitables dans toutes les mesures d'adaptation. « La Commission n'est pas favorable à la création de nouveaux fonds. Elle souhaite que les fonds existants soient mieux canalisés et mieux ciblés », a-t-il précisé. Au nom du groupe PPE, l'eurodéputé allemand Karl-Heinz Florenz a lancé, à l'adresse du Commissaire: « Emmenez dans votre sillage les Indiens et les Américains et la moitié du chemin sera fait ! ». S'il est clair qu'une contribution financière des pays industrialisés en faveur des pays les plus pauvres est indispensable, « cet appui doit être ciblé et bénéficier à l'économie des pays destinataires ». Et d'ajouter: « Les uns disent: il faut 15 milliards par an à partir de 2020, d'autres, 30 milliards par an. Établissons d'abord des critères solides, ensuite l'UE pourra apporter une contribution importante, par exemple en vendant aux Chinois des machines énergétiquement plus efficaces. Au nom du groupe S&D, l'élue belge Véronique de Keyser a rappelé que sur plus de 300 000 décès imputables au changement climatique chaque année, plus de 90% ont lieu dans les pays en développement. Partant, elle appelle à « un nouveau Kyoto, plus ambitieux », à une augmentation de l'APD pour qu'elle atteigne 0,7% du RNB en 2015, à une protection juridique des nouveaux réfugiés environnementaux et à une planification décente des flux migratoires environnementaux. Au nom de l'ADLE, la Française Corinne Lepage a invoqué la double responsabilité de l'UE - par rapport aux attentes de ses peuples et par rapport aux pays du sud - pour appeler à « un engagement financier clair », à savoir: une aide publique au développement de 0,7% du RNB, une aide additionnelle de 35 milliards d'euros par an à l'horizon 2020 pour l'appui aux efforts d'adaptation et d'atténuation des pays en développement, et entre 5 et 7 milliards d'euros d'aide urgente entre 2010 et 2012. Elle plaide aussi pour « une taxe verte de type taxe Tobin » et pour un objectif « zéro déforestation brute à l'horizon 2020 » (remplacer la forêt primaire par des peupliers n'est pas la solution, a-t-elle précisé). « L'avenir du monde se jouera à Copenhague, mais avant cela, c'est la crédibilité de l'UE qui se jouera à Bruxelles, au Conseil européen d'octobre », a averti l'élue française Eva Joly, au nom des Verts/ALE. Estimant que « la position actuelle de l'UE n'est pas digne d'un leader de la diplomatie environnementale », elle estime que « l'UE ne peut pas promettre moins de 35 milliards d'euros de fonds publics par an, additionnels à l'APD ».

L'eurodéputée irlandaise Bairbre de Brun (GUE/NGL) a plaidé pour que « s'exprime une solidarité authentique et concrète ».

Certains élus contestent la nécessité d'une action pour combattre le changement climatique. C'est une
« euro-folie », s'est écrié l'Italien Oreste Rossi (Lega nord) qui invite à ne pas venir en aide à des pays comme la Chine, l'Inde ou le Brésil - concurrents « dangereux et déloyaux » pour l'Europe. Pour le non inscrit britannique Nick Griffin, ce débat ne fait que souligner le clivage entre les élites politiques et l'homme de la rue, « qui paiera la facture ». Sur la même ligne, son compatriote Godfrey Bloom (EFD) remet en cause la réalité du réchauffement en ironisant sur « la saison de ski qui vient de s'ouvrir » dans certains pays européens. Cette opinion n'est pas partagée par la majorité de l'assemblée, ni par la majorité des citoyens, réplique la travailliste britannique Linda McAvan, en citant le verdict des sondages: 10% seulement des personnes interrogées considèrent qu'il ne s'agit pas d'un problème sérieux. Pour Marielle de Sarnez (ADLE), payer la « dette accumulée depuis longtemps avec l'Afrique ne sera pas indolore pour nous », mais c'est un devoir. Sa compatriote Françoise Grossetête est d'accord, mais elle invite à distinguer entre les « vrais » pays en voie de développement et ceux qui, comme la Chine, l'Inde ou le Brésil, sont parmi les plus grands émetteurs de carbone. Les pays en voie de développement « doivent avoir les moyens de nous suivre », souligne la Française Rachida Dati (PPE). Mais si Copenhague devait échouer, elle ne voit qu'une solution à court terme, l'imposition d'une taxe carbone aux frontières de l'Union. Le Luxembourgeois Charles Goerens (ADLE) est parmi ceux qui insistent sur le fait que les moyens financiers doivent être additionnels. L'innovation et la technologie ont aussi un grand rôle à jouer: l'Irlandais Pat Gallagher (ADLE) et la Néerlandaise Corien Wortmann-Kool (PPE) ont plaidé pour des investissements verts et des emplois verts. Certains eurodéputés, notamment les sociaux-démocrates allemands Jo Leinen et Matthias Groote ont demandé que le trafic aérien, qui contribue de façon toujours croissante au changement climatique, soit impliqué dans toute mesure qui sera adoptée. (A.N./L.G.)

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