Strasbourg, 20/10/2009 (Agence Europe) - S'exprimant le plus généralement en anglais, le président de la Commission européenne a répondu avec aisance (il a rappelé qu'il avait participé à ce type de débat au parlement portugais) aux questions des députés européens, dont la plupart ont exprimé leurs inquiétudes concernant l'emploi et la situation sociale en Europe. Ce débat, qui a déçu certains observateurs par son manque de relief, était en quelque sorte un galop d'essai, l'heure des questions au président devant être reconduite chaque mois désormais.
En réponse à une première question sur l'emploi posée par le travailliste britannique Stephen Hughes, José Manuel Barroso a réaffirmé son engagement en faveur de l'emploi. « J'ai voulu un sommet sur l'emploi », a-t-il rappelé, non sans regretter que certains États membres aient voulu le revoir à la baisse. Et d'appeler à faire pression sur les États membres. Évoquant la pauvreté et l'exclusion, il n'a pas hésité à parler d' « urgence sociale dans certains États membres ». Au président du groupe GUE/NGL, l'Allemand Lothar Bisky, il a répondu qu'il fallait poursuivre la politique de relance jusqu'en 2011. La lutte contre le chômage et contre la pauvreté des jeunes sont des priorités très importantes, a répété à plusieurs reprises le président de la Commission, en rappelant que le chômage a atteint 9,1% dans l'Union et qu'il est du double chez les jeunes et chez les migrants. Parmi les mesures prises, il a notamment cité les 5,5 milliards consacrés à la relance, la proposition visant à supprimer l'obligation de cofinancement pour le fonds social (il a souhaité que les États membres qui bloquent cette proposition reviennent sur leur position, parce qu'il y a des États qui n'ont tout simplement pas les moyens d'assurer ce cofinancement), ou encore l'augmentation du seuil des aides d'État à 500 000 euros pour soutenir les PME. Soulignant l'importance de la formation, il a évoqué en particulier la proposition concernant les bourses d'apprentissage, affirmant au passage que "le commissaire Spidla a fait un excellent travail".
« Vendredi soir, Neelie Kroes a fait savoir qu'il y avait des indications significatives que l'aide allemande accordée à Opel était contraire aux règles européennes en matière d'aides d'État et de marché intérieur (…) Günter Verheugen par contre n'a aucun problème et a dit à la radio que 'le nouvel Opel' était sur la bonne route. Hier, un collègue CDU a même demandé de rappeler madame Kroes à l'ordre! Une commissaire qu'il a qualifiée de 'très controversée', de 'non objective', d''anti-allemande' ; une commissaire qui ne peut pas mettre l'Europe sens dessus dessous deux semaines avant la fin de son mandat. Mme Kroes fait de mon point de vue simplement son travail », a dit le libéral belge Guy Verhofstadt avant de demander au président Barroso s'il soutient ou non sa commissaire? « J'ai toujours soutenu mes commissaires. (…) La décision de Mme Kroes a été prise avec mon aval. (…) Nous avons demandé des précisions aux autorités allemandes et nous allons examiner les réponses sur la base de critères économiques », a répondu José Manuel Barroso.
Au Britannique Nigel Farage (UKIP) qui l'interrogeait sur « Tony Blair, favori des bookmakers pour le poste de président du Conseil européen », sur le passage en force en Irlande et sur la nature démocratique de l'UE qui n'existerait que pour fournir une retraite aux anciens Premiers ministres, le président Barroso a tout d'abord fait remarquer que l'Irlande a fait une « déclaration d'indépendance »: « Vous avez fait campagne et les électeurs irlandais vous ont dit non ! ». Quant au président du Conseil européen, ce doit être « un Européen engagé », a dit José Manuel Barroso, avant d'ajouter: « Je suis pour un président fort du Conseil européen ».
La socialiste française Pervenche Berès l'a interrogé sur l'organisation de la Commission et la répartition des portefeuilles: « La répartition des portefeuilles n'est pas de la compétence des chefs d'État ou de gouvernement. C'est la compétence du président de la Commission (…) Aujourd'hui même, j'ai envoyé une lettre à tous pour leur demander qu'ils m'envoient aussi des candidatures féminines. Parce que si je ne fais rien, les gouvernements ne m'enverront rien que des hommes », a-t-il répondu sans entrer dans la répartition des portefeuilles.
Le président Barroso a encore répondu à des questions concernant:
- la transition du Traité de Nice vers le Traité de Lisbonne: « Le Conseil européen a décidé que l'on ne peut pas procéder à la nomination des commissaires tant qu'il n'y a pas de clarté juridique (…) La Commission est en affaires courantes jusqu'au 1er novembre (…) Nous ne contrôlons pas le calendrier ».
- le risque d'échec de la conférence de Copenhague: « Je suis inquiet de la lenteur des progrès », a
reconnu le président Barroso en réponse à une question de la verte allemande Rebecca Harms. Et d'ajouter: « L'UE est le seul bloc qui jusqu'ici s'est engagé de façon contraignante (…) On se satisfait de l'annonce positive du Premier ministre japonais. Je salue cette annonce, mais ce n'est qu'une annonce ».
- la croissance durable: au libéral démocrate britannique Graham Watson qui l'interrogeait sur son engagement en faveur d'un mode de croissance qui ne soit pas orienté par la consommation, le président Barroso a répondu que « la croissance verte durable » et l'innovation devait être au cœur de toutes les stratégies de développement pour les années à venir.
- les handicapés: en réponse à une question de l'élu du PPE hongrois Adam Kosa, qui s'exprimait en langage des signes, M. Barroso a rappelé que la Commission a présenté une proposition de directive horizontale pour lutter contre les discriminations qui inclut aussi les handicapés, mais que ce problème ne peut pas être résolu sans des mesures adéquates prises par les systèmes sociaux nationaux. (O.J.)